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    L'oligarchie financière mondiale fait main basse sur la Grèce

    En Grèce, on rase gratis!

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    Situation économique en Grèce (112)
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    Le premier ministre grec Alexis Tsipras, arrivé au pouvoir sur une vague d'opposition au FMI et aux banques européennes, a finalement signé un accord encore plus léonin, quelques jours après un référendum où le pays avait clairement dit "non" aux conditions des créanciers internationaux. Estimant avoir été trahis, les Grecs sont dans la rue.

    La semaine dernière, Athènes était en feu. Tout brûlait: la forêt, les poubelles et le siège du premier ministre Alexis Tsipras. Des grenades assourdissantes explosaient sur la place Syntagma pendant que les députés déversaient leur colère contre le chef de Syriza en déchirant l'accord qu'il avait conclu avec les créanciers — humiliant pour la Grèce. Le premier ministre se justifiait de son mieux sur le ton "je suis avec vous, j'étais contre aussi". Mais pourquoi alors a-t-il accepté toutes les conditions imposées? Tsipras a renvoyé dans la foulée 9 ministres — ceux qui s'opposaient au nouvel accord.

    Les Grecs parlent d'argent et émettent leurs réserves. George Milevski, chef de port, dresse le tableau: avec son salaire de 1600 euros, il ne lui reste plus que 600 euros pour vivre après le paiement de toutes les taxes. "Tous les politiciens sont des traîtres, la Grèce a du pétrole, du gaz, de l'uranium, de l'or, le tourisme, l'agriculture, nous devrions vivre bien mieux! Alors qu'ils nous ont mis un pistolet sur la tempe et ne jouent pas à la roulette russe avec une seule balle — ils ont armé tout le chargeur et ont pressé sur la détente", fulmine-t-il.

    Les opérateurs touristiques critiquent eux aussi cette transaction. Premièrement, les privilèges pour les îles grecques seront annulés et, deuxièmement, la TVA passera de 13 à 23%. "En pleine saison nous sommes face à un choix: augmenter les tarifs ou travailler à perte. Nous essaierons de faire des économies, mais il existe aussi des mesures extrêmes — on pourrait demander aux touristes de se préparer eux-mêmes le petit déjeuner", explique Vladislav Papadopoulos, directeur d'une agence touristique.

    L'une des exigences des créanciers est que la Grèce vende des actifs publics pour 50 milliards d'euros. Les Grecs craignent que les îles privées ne soient pas les seules à être vendues — l'une d'elles vient d'être achetée par l'acteur Johnny Depp — mais aussi les îles publiques désertes — la Grèce en compte près de six mille. L'île Saint-Thomas a ainsi été achetée par le milliardaire américain Warren Buffet et le magnat italien Alessandro Proto.

    Les politiciens se préparent déjà aux élections anticipées en automne. "Il est impossible de rembourser une dette à hauteur de 200% du PIB et les nouvelles injections financières ne seront d'aucune aide", affirment les économistes.

    Syriza est divisé — les membres du parti tournent le dos à Tsipras, démissionnent et disent que même sa femme, opposée à cet accord, veut le quitter. La mère du premier ministre a déclaré que son fils vivait très mal la crise de son pays. Aristi Tsipras, 73 ans, a déclaré dans une interview accordée à la revue Protothema que son fils ne dormait plus et ne mangeait plus: "Mais il n'a pas le choix, c'est son devoir devant son peuple qui lui fait confiance".

    Le 13 juillet, Athènes et l'UE sont tombés d'accord sur un programme visant à faire sortir la Grèce de la crise de la dette. Le pays bénéficiera d'une aide de 86 milliards d'euros en échange d'une politique d'austérité. L'étude du projet de loi sur les réformes nécessaires pour conclure l'accord avec le Mécanisme européen de stabilité (MES) se déroulait en pleins affrontements entre des manifestants et la police. Malgré tout, le document a été adopté et les membres du cabinet opposés aux réformes ont été exclus du gouvernement.

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    Situation économique en Grèce (112)

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    Tags:
    Fonds monétaire international (FMI), Alexis Tsipras, Grèce
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