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    "Mince, encore un?" ou la vie quotidienne d’un réfugié dans un camp suisse

    © AFP 2018 Aris Messinis
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    Crise migratoire (785)
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    La Suisse fait partie des pays qui n'ont pas honte d'introduire des mesures sévères contre les migrants. Un journaliste allemand d'origine pakistanaise s’est fait passer pour un refugié et s’est infiltré dans un camp de réfugiés afin de dresser un portrait de la vie quotidienne des réfugiés dans un centre tenu loin des regards des journalistes.

    Grâce à ses origines, le journaliste allemand de la revue allemande Sonntags Zeitung Shams Ul-Haq n'a pas eu de mal à se faire passer pour un demandeur d'asile, d'après lui. Il a passé cinq jours à chercher le centre d'enregistrement de la petite ville suisse de Kreuzlingen.

    C’est finalement dans un journal qu’il a trouvé l'adresse du centre. La première phrase attendue de la part des gardes-frontières a été: "ah, merde, encore un!". La seconde ressemblait plutôt à une "blague": "Et si on lui offrait l’asile… A l'aéroport! On va vite le déporter!"

    Après l'arrivée au centre

    D'après le journaliste, quand un immigré arrive dans le centre, on commence par le déshabiller promptement. C'est ainsi, tout nu, les bras levés, qu'il doit passer l’examen médical.  Après cette procédure, on lui met un bandeau au poignet comportant un numéro à 11 chiffres. Certains employés plaisantent, lui signifiant que c'est un "souvenir". 

    Le journaliste a dû laisser son portable.  Il a été enregistré sous un faux nom et il est appelé depuis lors "eh, mister", quand on ne s’adresse pas à lui par un claquement de langue, comme on le ferait avec un chien errant. 

    Conditions de vie et horaires dans le camp

    Les bâtiments les plus confortables sont réservés à des familles et à des mineurs. Les autres se contentent de conditions plus rudes. M. Ul-Haq doit, comme les autres réfugiés, passer la nuit dans un bunker. D'après lui, aucun autre camp en Europe ne lui a accordé un accueil pareil. Il est interdit de manger dans le bunker avant le lendemain matin. Tous les soirs les réfugiés sont transportés par bus dans les bunkers. Ils se couchent et se lèvent ensemble, à heure fixe. Tout retard est accompagné par des cris de la part des gardiens. Tôt le matin, les réfugiés retournent dans le centre avec les mêmes bus.

    Le premier jour ouvrable, le journaliste est emmené pour faire des photos afin d’obtenir sa carte de refugié et pour qu’on lui prenne ses empreintes digitales. Pour mériter la confiance des employés du centre, il commence à leur parler allemand en expliquant qu’il l'avait appris dans un Institut Goethe à Islamabad. Il apprend alors qu’il devra passer un entretien et sera transporté dans un autre camp. Pourtant, personne ne sait quand. 

    Il est possible de quitter le centre 3 heures par jour si on est muni d’une carte de réfugié.  On a également la possibilité de passer le week-end en ville.

    Afin d’obtenir plus d’informations sur les conditions de logement dans les bâtiments plus "confortables" du centre, le journaliste feint d'être malade. Il fait la queue pendant des heures pour pouvoir consulter un médecin. Dans cette partie "moderne" du centre il fait la connaissance d’une refugiée qui lui confie que le centre regorge d’orphelins. Ils sont tous effrayés et certains sont venus avec leurs petits frères et sœurs. Ils ne bénéficient pas de l’aide psychologique nécessaire. Plusieurs enfants souffrent de la coqueluche et il existe un risque d’épidémie de tuberculose.

    Personnel du camp

    Après s'être rapproché d'un des gardiens, il a appris que ce dernier était indigné par le caractère inhumain des conditions de vie des réfugiés dans le centre. Bien conscient qu'il risque fort, le journaliste décide de jouer cartes sur table. Son nouveau confident lui donne de nouveaux détails. Ainsi, le journaliste apprend qu'en cas de désobéissance les gardiens sont sanctionnés par leurs supérieurs.

    Le faux refugié apprend ainsi que le chef de la garde bénéficie d'une protection policière et est couvert par les autorités locales, c'est pourquoi on ne fait pas attention aux coups assenés par les gardiens aux réfugiés.

    Un autre problème majeur du camp: le manque de véritables spécialistes. Seulement 20% du personnel sont des assistants sociaux, le reste étant de simples gardiens.

    De surcroît, le journaliste démasque un contrebandier qui suit les réfugiés qui n'ont pas payé leur dette pour le transfert en Europe. Cet homme promet également d'aider les familles des réfugiés à s'installer dans le centre même… pour la modique somme de… 2.000 euros. 

    Retour à la liberté

    Quelques jours après son arrivée, le journaliste apprend qu'on peut quitter le centre assez facilement: il suffit juste de dire aux gardiens qu'on veut partir (en Allemagne, par exemple) et on nous laisse partir. Le portable sera restitué avec l’accord du service migratoire. Et voilà qu'au cinquième jour, Shams Ul-Haq quitte le centre. Il garde en mémoire des souvenirs relativement agréables: une nourriture mangeable et des distractions accessibles aux réfugiés, dont le dessin, qui calme vraiment les nerfs.

    Le journaliste conclut que même si les gardiens sont généralement rudes, il y en a quelques-uns qui sont assez sympas. Malheureusement, tout les pousse à être rudes dans un milieu ou le devoir et l’ordre font force de loi. 


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    Crise migratoire (785)

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    Tags:
    camp, crise migratoire, réfugiés, Shams Ul-Haq, Kreuzlingen, Suisse, Allemagne
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