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    "La Turquie envoie des migrants syriens en Europe"

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    La Turquie envoie délibérément des migrants syriens en Europe, déclare l'ancien diplomate français Roland Hureaux dans une interview accordée au site d'information Atlantico.

    Depuis le début des négociations sur la crise migratoire, la Turquie est en position de force et essaie d'en tirer profit, estime Atlantico. Cependant, Roland Hureaux ne partage pas ce point de vue, tout en soulignant que l'hypothèse que la Turquie puisse entrer dans l'Union européenne "n'a aucun intérêt", le projet étant irréalisable pour le moment.

    "Si tel était le cas, la Turquie serait autre chose que ce qu'elle est et l'Union européenne aussi. La Turquie aurait évacué Chypre, elle serait un vrai état démocratique, vraiment laïque où les femmes et les minorités religieuses seraient respectées. Dans ce cas, je pense qu'elle ne ferait pas la guerre à ses voisins, Syrie et Irak, par djihadistes interposés et, puisqu' il n'y aurait pas de guerre, le problème des réfugiés ne se poserait pas. La Turquie ne penserait pas non plus à islamiser l'Europe en nous envoyant des +migrants+", explique-t-il.

    "Les migrants, qui vivent dans une grande misère et qui n'ont pas les moyens de payer les passeurs, la Turquie les garde, poursuit Roland Hureaux. Ceux qui transitent sont des gens que l'on va chercher dans tout le Proche-Orient et en particulier à Damas. Ils transitent par le Liban puis prennent l'avion vers la côte ouest de la Turquie, puis le bateau. Cela leur coûte entre 5.000 et 10.000 euros, ce qui veut dire qu'ils les ont. Tout cela est organisé par la mafia turque, en complicité quasi-certaine avec les services secrets turcs et donc le gouvernement d'Erdogan".

    L'ancien diplomate français n'hésite pas à fustiger les hauts fonctionnaires de l'Union européenne: "La seule force d'Erdogan est la lâcheté des Européens qui, soit ont peur de troubles dans les banlieues qui pourraient être déclenchés par Erdogan (il en aurait menacé Hollande), soit sont subjugués par la puissance du lobby turc en Europe occidentale qui corrompt autant qu'il le peut nos classes dirigeantes".

    Puis de poursuivre: "Il faut prendre en compte aussi que des gens, à Berlin ou à Bruxelles, veulent que ces migrants viennent chez nous par un calcul démographique absurde qui conduit à vouloir assurer l'équilibre des régimes de retraites en remplaçant les enfants européens qui ne naissent pas par des immigrés. Cette philosophie règne au plus haut niveau: au sommet de Davos, le FMI, l'OCDE se sont fendus de rapports tendant à démontrer que cette vague de migrants était une grande chance économique pour l'Europe".

    D'après M.Hureaux, si la Turquie avait été admise dans l'Union européenne — et l'espace Schengen — elle ne serait pas allée chercher des migrants au Proche-Orient pour "les emmener en Europe".

    "Quant au projet de libre circulation, il semble qu'il vole en éclats par lui-même, sous les coups de boutoir de la vague migratoire organisée par Ankara, mais aussi par la résistance d'un certain nombre de pays qui ne sont pas dans les mêmes dispositions accueillantes que Merkel: Pologne, Hongrie, Slovénie, Croatie, Autriche et maintenaient Grèce", ajoute-t-il.

    Avant de conclure: "En tous cas, même sans la guerre au Proche-Orient, la possibilité d'une émigration massive turque aurait à elle seule posé des problèmes au cas où la Turquie aurait été dans l'espace Schengen, ce qui n'a d'ailleurs jamais été envisagé sérieusement".

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    Tags:
    crise migratoire, migrants, Roland Hureaux, Recep Tayyip Erdogan, Turquie, Europe
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