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    Hikmet Cetinkaya et Ceyda Karan

    Deux journalistes turcs en prison pour avoir publié des caricatures de Charlie Hebdo

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    Fusillade au siège de Charlie Hebdo à Paris (79)
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    La justice turque a condamné ce jeudi à deux ans de prison deux journalistes du quotidien d'opposition Cumhuriyet, Ceyda Karan et Hikmet Cetinkaya, pour avoir reproduit en 2015 la caricature de Mahomet parue en Une de Charlie Hebdo.

    C'est par solidarité avec l'hebdomadaire satirique français qui a subi une attaque terroriste le 7 janvier 2015 que Cumhuriyet avait reproduit quatre pages du numéro faisant suite à l'attentat. Or, le journal avait évité de publier la Une de la parution contenant la caricature du prophète Mahomet.

    Toutefois, les journalistes Ceyda Karan et Hikmet Cetinkaya ont accompagné leurs publications d'un petit visuel de la caricature ayant provoqué un tollé au sein de la communauté musulmane.

    Les poursuites contre ces représentants de la presse ont été engagées suite à une plainte déposée par 1.280 personnes physiques, dont un fils, les deux filles et le gendre du président turc Recep Tayyip Erdogan. Lourd de 38 pages, l'acte d'accusation présenté par le parquet de la ville d'Istanbul requérait pour les deux journalistes une peine de prison allant d'un an et demi à quatre ans et demi de détention pour "blasphème" et " incitation à la haine". Le tribunal ayant examiné l'affaire a reconnu ce jeudi 28 avril Ceyda Karan et Hikmet Cetinkaya coupables.

    "Que cette réclusion de deux ans soit notre cadeau aux fachos libéraux", a écrit Ceyda sur son compte Twitter tout de suite après l'énonciation du verdict.

    ​Entre temps, l'avocat des journalistes Bülent Urku a annoncé son intention de faire appel de la décision du tribunal.

    "En conformité avec l'Article 11 de la loi sur les médias de masse, la responsabilité sur les publications repose sur l'auteur de l'œuvre, soit la personne ayant écrit l'article ou dessiné la caricature. Mes clients ne peuvent pas assumer la responsabilité des publications ou des visuels parus dans le quotidien outre leurs éditoriaux personnels. Nous envisageons de faire appel en justice", a-t-il clarifié.

    La décision de la cour est directement liée au débat sur la laïcité qui continue de secouer l'espace politique et social turque, estime Mme Karan dans un entretien accordé à Sputnik.

    "Cette décision politique montre clairement ce que veut dire le gouvernement, en parlant du +sécularisme libre+", souligne la journaliste.

    Pour elle, l'attentat contre le journal Charlie Hebdo devait être désapprouvé, parce qu'une telle réaction relevait d'un besoin personnel et professionnel. En publiant la caricature dans son article, Mme Karan était attachée à sa vision de l'honnêteté, de la solidarité et des valeurs humaines.

    Dans son discours prononcé devant le tribunal, M.Cetinkaya a pour sa part expliqué qu'il avait une longue histoire d'activités destinées à défendre les valeurs démocratiques et les libertés de pensée et d'expression. Il a dit n'avoir pas peur de se battre pour la vérité. M.Cetinkaya estime que le terrorisme, qui représente un crime contre l'humanité, n'a pas d'appartenance religieuse ou ethnique. C'est la volonté de lutter contre ce mal qui explique ses activités en tant que journaliste.

    Dossier:
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    Je suis Charlie, prison, attentat, liberté de la presse, justice, Charlie Hebdo, Cumhuriyet (La République), Turquie
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