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    Le bilan de François Hollande, « Chef de guerre »

    Le bilan de François Hollande, « Chef de guerre » (2/2)

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    Le gouvernement a promis 600 millions d’euros de rallonge budgétaire pour la défense en 2017. Malgré ce coup de pouce, de grands programmes de modernisation indispensables continuent à être reportés. Alors que Hollande soigne sa posture de chef de guerre, faisons le point sur l’état de l’armée française à la fin de son quinquennat.

    Rarement l'armée française aura été tant sollicitée par un président de la République. Opération Serval, Sangaris, Chammal, Barkhane, le déploiement de forces spéciales en Libye ou encore de troupes sur le territoire national dans le cadre de l'opération « Sentinelle », avec 34 000 militaires déployés en France comme à l'étranger, François Hollande semble bien — malgré son allure débonnaire — être le président le plus guerrier de la Ve République. Un aspect du Président souvent mis en avant dans les médias, qui soulignent le changement de cap initié sous son quinquennat en matière de rallonges budgétaires et de recrutement dans l'Armée.

    Un coup de pouce de 3,8 milliards d'euros sur la période 2015-2019, sur lequel a insisté Bernard Cazeneuve devant les militaires français de l'opération Barkhane, lors de sa visite mercredi 28 décembre dernier au Tchad. Des rallonges qui peuvent cependant apparaître bien maigres lorsqu'on observe les grands projets de rénovation nécessaires à la grande muette.

    La semaine dernière, nous évoquions la part croissante que le programme de modernisation de la force de dissuasion nucléaire risquait de prendre dans le budget de Ballard. Une estimation basse, évaluant ce seul programme à 50 milliards d'euros sur 20 ans, soit un minimum de 2,5 milliards annuels. Un programme parmi d'autres, incessamment reportés par les administrations successives, à l'instar de la rénovation à mi-vie du porte-avions Charles de Gaulle, qui devait débuter à l'automne dernier.

    Une révision indispensable, qui immobilisera pour 18 mois le navire amiral de la flotte française actuellement en opération en Méditerranée orientale. Si les avions du bâtiment peuvent être redéployés depuis les bases au sol, plus proches encore des théâtres d'opérations irakiens et syriens, le retrait du navire du dispositif de la lutte contre « Daech » représente tout un symbole. Une révision qui coûtera également la bagatelle de 1,3 milliard d'euros soit 60 % du coût de construction du navire.

    Des dépenses, qui pèseront sur le budget de la Défense française et que semblent difficilement compenser les 600 millions d'euros supplémentaires que touchera le ministère de la Défense en 2017. Un ministère qui plus est en grande difficulté financière : récemment l'économiste Jacques Sapir soulignait que Laurent Collet-Billon, Délégué général à l'Armement, avait lors de son audition à la Commission à la Défense de l'Assemblée nationale, révélé que le Ministère de la Défense se trouvait en état de cessation des paiements depuis le 12 octobre dernier.

    Est-ce que l'augmentation du budget de la défense à 2 % du PIB contre 1,77 % actuellement — soit 4,6 milliards d'euros supplémentaires — comme sollicité par le Général Pierre de Villiers, permettraient de faire face à ces dépenses supplémentaires, alors même que jamais le taux de disponibilité du matériel en OPEX n'aura été aussi bas ? Des programmes de rénovation, de remplacement de matériels surexploités, toujours repoussés, « une constante des gouvernements depuis quelques années » souligne le général (2 s) Dominique Trinquand:

    « Il s'agit très rapidement de faire un effort dans ce domaine-là, puisque non seulement les matériels sont usagés, mais ils sont extrêmement utilisés : un Véhicule de l'Avant Blindée, qui est fait pour durer en kilométrage quasiment un mois en métropole, dure moins d'une semaine lorsqu'il est en opération, donc il y a une accélération considérable de l'usure du matériel. Il faut réagir rapidement. »

    Une usure qui affecte l'ensemble des équipements :

    « Je parle aussi des équipements conventionnels : les ravitailleurs, les hélicoptères, les véhicules blindés… Nos véhicules blindés ont 40 ans actuellement en opérations, donc c'est l'accélération des crédits budgétaires sur les forces conventionnelles qui doit être une priorité pour le prochain président. »

    Mais pour autant, il n'est pas question pour lui de trancher dans le dispositif de dissuasion nucléaire du pays :

    « Les retombées en recherche-développement de la dissuasion sont absolument colossales, donc il n'y a pas de discussion là-dessus ! […] On ne discute pas l'effort à faire sur la dissuasion, le problème est celui de l'échéancier pour privilégier d'abord l'équipement conventionnel ! »

    Un outil militaire surexploité, avec un budget minimaliste. La France offrant un paradoxe : celui d'être un États dont le budget de la Défense n'est pas le premier poste de dépense — un fait rare dans le concert des nations — devancé en l'occurrence par celui de l'Éducation nationale… et depuis quelque temps par celui des intérêts de la dette, alors même que la France demeure après les États-Unis le pays le plus militairement actif en dehors de ses frontières et qui plus est membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU.

    « On agite souvent le volume de 2 % du PIB qui devrait être consacré à la Défense, c'est un chiffre qui est trompeur, la réalité c'est qu'aujourd'hui en France, 3 % de toute la dépense publique est consacrée à la Défense, c'est-à-dire trois fois rien ! »
    s'insurge Jean Claude Alard.

    Ne risque-t-on pas, à terme, de nous retrouver dans la situation rencontrée par le Royaume-Uni, qui pour reconstituer son outil militaire usé, avait dû tirer un trait sur ses OPEX pendant plusieurs années ? Une comparaison que juge « peu réaliste » le général Trinquand, qui souligne que l'armée britannique s'est épuisée en Afghanistan et en Irak, dans le cadre de « coalitions dirigées par d'autres », ce qui selon lui n'est pas le cadre des opérations menées par la France.

    « Nous n'en sommes pas là aujourd'hui, il y a un problème qu'il faut revoir rapidement qui est celui de l'État d'urgence qui épuise les soldats. »

    Au-delà de l'aspect purement matériel, Jean-Claude Allard semble en désaccord sur les recrutements annoncés. En matière de soutien aux forces armées, le bilan de François Hollande ne semble pour lui pas si différent de celui de Nicolas Sarkozy :

    « Sur le plan militaire, ce qu'on observe, c'est qu'après un quinquennat Sarkozy, qui avait assez sérieusement réduit les effectifs et les budgets des armées, le quinquennat de François Hollande a continué à réduire les effectifs. On a annoncé une petite stabilisation, mais on est en attente et en 2019 cela devrait reprendre. »

    Pour autant, comme le soulignait Jacques Sapir dans une tribune récente, le problème est peut-être tout simplement mal posé : au lieu de penser en termes de budget, il faudrait d'abord redéfinir les objectifs de la Défense et ensuite seulement mettre les moyens correspondants. Une approche qui permet déjà de se demander si la politique budgétaire française actuelle est en adéquation avec ses ambitions.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    défense, armée, Charles de Gaulle (porte-avions), opération Sentinelle, opération Chammal, opération Serval, opération Barkhane, Sangaris (opération militaire française), coalition anti-Daech, Etat islamique, Laurent Collet-Billon, Dominique Trinquand, Pierre de Villiers, Jean-Claude Allard, Jacques Sapir, Bernard Cazeneuve, François Hollande, Libye, France, Irak, États-Unis
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