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    Damas

    Qui empoisonne l’eau des habitants de Damas ?

    © REUTERS / Bassam Khabieh
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    Gaëlle Nicolle
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    Les 5.5 millions d’habitants de la ville de Damas font face à d’importante pénurie d’eau, dû aux combats dans la zone rebelle de Wadi Barada. L’ONU parle de « crime de guerre » et veut une enquête : mais qui mène la guerre de l’eau aux Damascène?

    La guerre par la soif. Moins bruyante et sanglante que les tirs de snipers et les bombardements, la guerre par l'eau peut aussi être redoutable. Actuellement, les 5.5 millions d'habitants de Damas et des alentours pâtissent de la pénurie d'eau.

    Malgré la trêve qui est entrée en vigueur le 29 décembre dernier, les combats ont continué près de Damas, dans la région-clé de Wadi Barada. C'est dans ce secteur que se trouvent les principales sources d'approvisionnement en eau potable pour Damas et ses environs: contrôler l'eau, en temps de guerre, est une arme.

    Ceux qui ont pris le contrôle des sources d'approvisionnement l'ont bien compris: depuis deux semaines, les coupures d'eau sont régulières. Pire, l'eau aurait été contaminée au diesel. Dans n'importe quel hôpital, il y a au moins 20 à 30 cas d'intoxication tous les jours, explique Docteur Elias Lahham, chef du service de chirurgie à l'hôpital français de Damas:

    « Ca fait à peu près 15 jours que Damas est privé d'eau potable. Vous avez de l'eau courante pendant deux heures, tous les quatre à cinq jours, dans chaque quartier. Il y a une véritable pénurie, très sévère. Ce n'est pas une question de déshydratation, mais d'intoxication. Heureusement que ce n'est pas l'été. Le problème, c'est que l'eau que l'on trouve peut-être très polluée. Alors nous avons beaucoup de cas d'intoxication alimentaire ou d'eau potable qui n'est pas pure, qui n'est pas valable pour l'utilisation humaine. »

    En Syrie, l’eau est une arme
    © AP Photo / Wadi Barada
    Les autorités, avec le soutien de l'ONU et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), ont réhabilité des puits à Damas et distribuent de l'eau potable par camion. « Les gens ont commencé à chercher des sources d'eau un peu partout, un peu n'importe comment » en se rabattant parfois sur des camions privés, où le prix comme la qualité ne sont pas réglementés.

    Chaque camp se renvoie la responsabilité. Le 23 décembre, Damas accusait les rebelles d'avoir répandu du diesel dans l'eau, les forçant à couper ces sources d'approvisionnement. Les rebelles eux, affirment que ce sont les bombardements de Damas qui ont détruit l'infrastructure qui abrite la source d'Al Fijeh.

    L'ONU confirme que « les sources ont clairement été visées », sans pouvoir affirmer qui est derrière cet acte. A Genève, Jan Egeland, chef du groupe de travail de l'ONU sur l'aide humanitaire en Syrie, appelle à une enquête. Il juge toutefois difficile de savoir quel camp est responsable de cette situation et n'exclut pas, en plus des bombardements, la possibilité d'un «sabotage». Mais en l'absence de couverture à Wadi Barada, comment savoir? Pour le Docteur Elias Lahham, cela ne fait aucun doute:

    Ceux qui possèdent la main forte sur la source principale, c'est Al-Nosra. C'est le front Al-Nosra qui contrôle la source principale de Damas. D'ailleurs, ils l'ont annoncé: ils ont sorti un communiqué, comme quoi ce sont eux qui contrôlent la source principale. »

    Damas affirme que le groupe djihadiste Fatah al-Cham (ex-Al Nosra, ex-branche d'Al-Qaïda en Syrie), exclu de la trêve, est présent à Wadi Barada, ce que nient les rebelles. Mais d'après l'OSDH, des membres du groupe djihadiste sont non seulement présents dans la région mais combattent aux côtés des rebelles. En excluant la présence de l'ex-front al Nora, ne se rendent-ils pas coupables du sabotage, de cet acte criminel, condamné par l'ONU?

    Wadi Barada est encerclée par les forces d'Assad et son allié le Hezbollah depuis mi-2015. L'étau se resserre autour des rebelles, depuis fin décembre: l'eau est littéralement prise en otage.

    Selon le quotidien Le Temps, « un rebelle sur place indiquait que les insurgés avaient miné les tunnels acheminant l'eau vers Damas. Il menaçait de les faire sauter au cas où l'enclave serait sur le point de tomber ». Rien n'indique que ce plan ait été mis en œuvre.

    Mais qui est vraiment présent à Wadi Barada? Le 2 janvier, des organisations civiles, ont publié un communiqué. Elles garantissent aux équipes de la Croix-Rouge et de l'ONU un accès à la source d'Al Fijeh pour rétablir un approvisionnement en eau… cette même source qui serait probablement tenue par Al-Nosra. Les organisations citoyennes listent néanmoins une série de conditions: l'arrêt des bombardements, la fin du siège et le déploiement d'observateurs internationaux pour s'assurer du bon déroulement des opérations. Parmi les organisations signataires du communiqué et capables de faire lever le blocus de l'eau, on retrouve les Casques Blancs, financés notamment par Londres et Washington. Si ces organisations « civiles » ont le pouvoir d'arrêter le blocus de l'eau, ne sont-elles pas alors complices ou de mèches avec ceux qui l'organise?

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    Wadi Barada, eau, guerre, ONU, Damas, Syrie
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