Ecoutez Radio Sputnik
    Emmanuel Macron

    Macron, l’Europe, et l’épée de Damoclès frontiste

    © REUTERS / Thomas Samson
    International
    URL courte
    Par
    27436
    S'abonner

    Si l’Europe ne bouge pas, un Frexit ou un «nouveau Front national» arrivera, tôt ou tard, selon Emmanuel Macron. Qu’a-t-il voulu dire par là dans son interview à la BBC le 1er mai? Analyse.

    Le leader d'En Marche! est de loin le plus europhile des candidats à la présidentielle, mais il ne pense pas pour autant qu'elle soit parfaite. Dans une interview accordée à la BBC le 1er mai, Emmanuel Macron explique qu'au lendemain de son élection, il commencerait directement à réformer en profondeur l'Union européenne et le projet européen. Il évoque même la possibilité d'un Frexit, ce qui peut surprendre au regard de son discours habituel sur le sujet.

    S'il est en effet rare qu'il évoque le Frexit, faut-il y voir un moyen de « capitaliser » sur un électorat aussi déçu qu'indécis, comme semble le faire la BBC?

    « Il dit qu'effectivement il y aura le Frexit si l'on ne fait rien, mais il n'a jamais dit que lui-même ferait le Frexit ou qu'il poserait un referendum sur l'appartenance à l'Union européenne », commente Patrick Martin-Genier, spécialiste des questions européennes et internationales, enseignant à Sciences-Po Paris. C'est pour lui une méconnaissance de la vie politique française et de l'état d'esprit de M. Macron de la part de la BBC: « c'est une fausse vision des choses. Il ne veut pas capitaliser, c'est bien parce qu'il veut l'éviter à terme qu'il veut réformer en profondeur l'Union européenne et à mon avis la vision de la presse britannique est un peu erronée. »

    Comment le candidat entend-il répondre aux inquiétudes d'une partie des Français confrontés à une mondialisation galopante?

    « C'est compliqué, c'est vrai. La réforme des traités nécessite l'unanimité, donc que ce n'est pas la priorité. Mais on sait aussi que l'Europe, par exemple l'Europe sociale, il y a des possibilités dans les traités sur l'Union européenne, de même en matière d'Europe de la Défense, de même en matière de sécurité, il y a possibilité d'avoir des coopérations renforcées, ce qui veut dire que tous les 27 pays peuvent avancer. Mais si tous ne veulent pas avancer de la même façon, il y a la possibilité, comme dans la zone euro, d'avancer à quelques-uns à partir du moment où 9 pays au minimum sont d'accord pour avancer sur le chemin de la coopération renforcée », poursuit Patrick Martin-Genier.

    Dans le meilleur anglais d'un présidentiable de la Vème République, Emmanuel Macron explique que si l'Europe continuait de fonctionner de cette manière, ce serait une « trahison » pour les citoyens déçus.

    « C'est peut-être de bonne foi. Il est peut-être à la fois pro-européen par les idées et soucieux que cela fonctionne mieux », estime le chroniqueur et politologue associé à Sophiapol (Paris X) Marc Crapez. Il estime pourtant qu'il manque encore des modalités et un calendrier précis, s'ancrant ainsi dans une stratégie électorale, à l'instar de sa concurrente Marine Le Pen:

    « Il essaie de ratisser large et toucher à la fois les électeurs un peu urbains et bénéficiaires de la mondialisation et puis les gens plus en périphérie de la réussite dans la modernité, qui peuvent être éventuellement sceptiques face à la construction européenne telle qu'elle se présente. C'est intéressant, parce que cela fait au moins un point commun entre les deux candidats. Marine Le Pen est également en grand écart entre un certain électorat de droite et un certain électoral plus de gauche. »

    Le candidat d'En Marche! veut préserver l'espace Schengen, renforcer la coopération avec les pays qui laissent passer des migrants en Europe, créer un système de renseignement commun pour lutter contre le terrorisme. Il appelle également à une réforme de la directive européenne sur les travailleurs détachés, « afin qu'il n'y ait plus de concurrence déloyale en Europe ». Il est aussi un des rares candidats à défendre l'accord commercial de libre-échange limité entre l'UE et le Canada (CETA). « Si on veut être populaire en France, il est toujours tentant de taper sur l'Europe et sur l'Allemagne. Je ne l'ai jamais fait. Ceux qui veulent quitter l'Europe préparent la ruine de la France », déclarait le candidat d'En Marche! à Ouest-France.

    « Si on ne faisait rien, si on laissait les choses en l'état, effectivement le risque, à terme, serait le retour des idées du Front national, et l'éventuelle menace d'un Frexit », conclut Patrick Martin-Genier.

    Lire aussi:

    Asselineau, le «candidat du Frexit», lance sa campagne à Paris (VIDEO)
    Frexit: Marine Le Pen prête à organiser un référendum si elle est élue
    Un référendum en France? un "faux nez", selon Lagarde
    Les Français pour un référendum, mais contre une sortie de l'Europe
    Tags:
    Frexit, Emmanuel Macron, France
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik