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    Comment les USA «dépersonnalisent» les coupables de la mort de civils en Irak et en Syrie

    © AFP 2019 Abd Doumany
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    Par leurs frappes aériennes, les partenaires de la coalition menée par les États-Unis contre l’État islamique ( organisation terroriste interdite en Russie ) sont responsables de la mort de nombreux civils en Irak et en Syrie. Depuis 2014, personne n'a admis être à l'origine de 80 d'entre elles.

    Aucun des 12 alliés des USA ne devra pourtant plus en assumer publiquement la responsabilité individuelle car désormais, toutes les victimes civiles seront « inscrites sur le compte commun » — c'est-à-dire sans préciser quel État a admis leur mort — informe la revue Foreign Policy.

    « Les douze partenaires des USA ont lancé près de 4 000 frappes aériennes depuis le début de leur opération, majoritairement le Royaume-Uni, la France, l'Australie, la Belgique et les Pays-Bas. Jusqu'à présent, ils affirmaient détenir le record en termes d'évitement de pertes civiles », écrit le journal.

    Cependant l'enquête de cette revue, menée conjointement avec le site Airwars qui évalue quotidiennement les pertes civiles en Irak, en Syrie et en Libye suite aux frappes de la coalition internationale, a déjà démenti cette affirmation.

    « C'est pas moi! »

    Le rapport du commandement central US (CENTCOM) paru le 30 avril stipule qu'à ce jour, la mort de 80 civils tués depuis août 2014 — date à laquelle la coalition a lancé des attaques contre l'EI en Irak et en Syrie — n'a pas été officiellement annoncée. La raison de cette non-prise en compte est qu'aucun État n'en assumait la responsabilité. Le document insinue indirectement qu'elle incombe aux alliés des américains.

    Foreign Policy cite les déclarations de plusieurs représentants du CENTCOM confirmant que ces 80 civils ont été tués par les bombardements des partenaires américains. A ce jour les États-Unis ont reconnu leur culpabilité dans la mort de 377 civils, dont 105 tués à Mossoul en mars dernier.

    Le membre le plus actif de la coalition est le Royaume-Uni, qui a lancé plus de 1 300 attaques en Irak et en Syrie depuis octobre 2014. Rien qu'en 2016, Airwars a répertorié 120 frappes de l'aviation britannique ayant conduit à la mort de civils. Pratiquement tous ces incidents ont fait l'objet d'une enquête et les responsables ont été sanctionnés. Onze cas sont considérés comme « contestables » par le ministère britannique de la Défense. En ce qui concerne la part de responsabilité britannique dans la mort des 80 victimes qui n'ont pas été prises en compte, Londres nie formellement son implication.

    Les autorités néerlandaises ont répondu aux journalistes qu'une enquête était en cours sur deux « accidents » ayant entraîné la mort de civils au Moyen-Orient sans entrer dans les détails. Les militaires belges ont tout simplement refusé de partager des informations.

    C'est ainsi que se comportent tous les partenaires des USA de la coalition au Moyen-Orient — aucun d'eux n'assume la responsabilité de la mort de ces 80 civils.

    Se cacher derrière les autres

    Depuis le début de l'opération et jusqu'au 22 mai 2017, les forces de la coalition sans la participation de l'aviation américaine ont mené 4 011 frappes aériennes en Irak et 404 en Syrie. Plus de la moitié ont été réalisées par la France et le Royaume-Uni, les autres essentiellement par les Pays-Bas, le Danemark, la Belgique et l'Australie. Par exemple, l'Allemagne assure la reconnaissance aérienne mais ne participe pas aux frappes aériennes.

    Les partenaires régionaux — la Jordanie, les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite, Bahreïn et la Turquie — ont réalisé au total près de 150 frappes, soit moins de 1 % du nombre total. « Aucun de ces pays n'a répondu aux questions sur la mort de civils dans 80 cas confirmés », écrit Foreign Policy.

    Le CENTCOM a annoncé aux journalistes que désormais, dans les rapports officiels, les statistiques des victimes parmi la population civile seraient globales et dépersonnalisées — sans mentionner le pays responsable. Au lieu d'indiquer l'État il sera simplement écrit « coalition ».

    De toute évidence le commandement estime que cela sera plus pratique pour tout le monde. Surtout pour les 12 partenaires de l'Amérique qui refusent obstinément d'avouer l'assassinat d'innocents. Et pour les USA, sur la conscience desquels pèse la majeure partie des pertes, qui pourront désormais être également cachées dans le chaudron commun de l'omerta.

    La pointe de l'iceberg

    En moins de trois ans, les pays de la coalition (sauf les USA) ont reconnu être responsables de la mort de 352 civils, dont les 80 victimes « dépersonnalisées ». L'investigation de Foreign Policy et d'Airwars s'appuyant sur un suivi permanent indique que ce n'est que la pointe de l'iceberg, et que les pertes civiles sont en réalité largement supérieures — selon les estimations les plus basses, les bombardements auraient fait au moins 3 500 morts.

    Ces derniers mois, selon les auteurs de l'enquête, ont marqué un record en matière de victimes parmi les civils en Irak et en Syrie. Rien qu'en avril, selon leurs calculs, entre 283 et 366 civils ont été tués. Toutefois, pratiquement aucun d'eux n'a été inscrit dans le rapport officiel, bien que les combats sanglants se poursuivent à Mossoul et à Raqqa.

    L'agence de presse syrienne SANA, se référant à une source de la population civile, vient d'annoncer qu'une frappe aérienne de la coalition internationale conduite par les États-Unis à Raqqa avait fait 20 morts parmi les civils. Selon la source de l'agence, dans la soirée du samedi 27 mai l'aviation a tiré sur un véhicule transportant des habitants de Raqqa. La coalition internationale n'a pas encore réagi à ce communiqué.

    « Il ne fait aucun doute qu'un grand nombre de civils meurt dans les combats contre les islamistes de l'EI qui ont lieu dans les dernières rues encore contrôlées par les terroristes. Cependant, les familles qui ont perdu des proches n'ont désormais aucune possibilité d'apprendre un jour quel pays les a bombardés et qui en assumera la responsabilité », conclut Foreign Policy.

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    Tags:
    civils, frappe aérienne, États-Unis
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