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    Sept millions de migrants aux portes de l'UE

    Sept millions de migrants aux portes de l'UE

    © REUTERS/ Ciro De Luca
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    Selon le journal allemand Bild, sept millions de migrants potentiels se sont concentrés à proximité immédiate de l'Union européenne et attendent de pouvoir entrer sur son territoire.

    Le journal a pris connaissance d'un rapport des renseignements allemands témoignant de l'augmentation du nombre de réfugiés potentiels, dont la majorité est originaire d'Afrique tropicale. Selon ces informations, en janvier 2017 le nombre de migrants potentiels était encore estimé à 5,9 millions. Les processus migratoires sous-jacents en Libye, en Algérie, en Tunisie, au Maroc et au Moyen-Orient ont poussé à revoir cette estimation à la hausse de 12%. L'enquête de Bild a été partagée par Die Welt et le britannique Daily Mail. Pendant ce temps, des groupuscules d'extrême-droite ont l'intention de patrouiller en Méditerranée à bord de leurs propres navires pour attraper des clandestins et les ramener dans leur pays.

    Ciel dégagé en Sicile

    Les dirigeants du G7, dont le sommet s'est déroulé en Sicile du 26 au 27 mai, n'ont remarqué aucun bateau de migrants près de l'île. Comme le rapporte le journal Corierre della Sera, les autorités italiennes avaient interdit le débarquement de migrants pendant le déroulement de cette rencontre. En réalité, cette île italienne au sud de l'Europe se trouve sur l'itinéraire du plus puissant flux migratoire vers l'UE. Selon les informations officielles, le nombre de réfugiés arrivés en Italie par la mer a augmenté cette année de 45% par rapport à 2016.

    D'après Bild, plus de 2,5 millions de migrants potentiels sont concentrés en Afrique du Nord, dont la grande majorité opte précisément pour la route maritime qui mène en Italie. Près d'un million de réfugiés ont trouvé un asile provisoire en Libye, pays qui traverse une longue période d'instabilité politique. Les autorités italiennes veulent s'entendre directement avec Tripoli pour retenir les migrants africains. Cette politique nécessite d'importantes dépenses et l'Italie est prête à payer, mais les autorités libyennes qui ne contrôlent qu'une partie de la côte n'arrivent pas à faire barrage à tous les migrants.

    Les accords entre l'Europe et les autorités des pays d'Afrique du Nord ont entraîné une conséquence inattendue: les migrants venus des profondeurs du continent et les Arabes autochtones sont désormais des deux côtés des barricades. Selon les militants des droits de l'homme, en Libye les garde-frontières tirent en l'air pour intimider les migrants voulant se rendre en Europe. Au parlement marocain, le député Mohamed Adal a déclaré que les villes de son pays étaient "polluées par les migrants de l'autre côté du Sahara". Sur les réseaux sociaux du royaume on entend de plus en plus de menaces des Arabes envers les ressortissants d'Afrique équatoriale. La tension entre les migrants et les habitants locaux se fait sentir désormais de l'autre côté de la frontière de l'UE.

    Sauver l'Europe en Méditerranée

    D'après le programme de campagne de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) d'Angela Merkel, la priorité de l'Allemagne devrait être de renvoyer les migrants clandestins en Afrique, d'où ils viennent. La chancelière allemande espère conclure des accords avec plusieurs pays d'Afrique, similaires à celui que Berlin a passé avec la Turquie. D'après cet accord de 2016, Ankara accepte d'accueillir sur son territoire des réfugiés en échange d'une aide financière et de la perspective d'une levée du régime de visas avec l'UE. Berlin espère qu'il sera possible de "sauver" les migrants au milieu de la Méditerranée pour les renvoyer en Afrique du Nord.

    Les organisations internationales s'opposent à cette décision. Selon l'Onu, les camps d'accueil de réfugiés créés en Libye proposent des conditions de vie effroyables. De plus, l'aspect juridique a de l'importance: conformément à la convention de Dublin, le retour des réfugiés n'est possible que si leur pays d'origine est "stable". Ce qui n'est pas le cas de certains pays au sud de la Méditerranée.

    Sur ce fond, les nationalistes européens ont créé l'ONG Defend Europe pour intercepter les navires de migrants en Méditerranée et renvoyer "poliment" les migrants illégaux. "Nous préparons une grande opération de sauvetage en Méditerranée, une opération de sauvetage de l'Europe", indique la page du mouvement, qui pourrait devenir un projet nationaliste paneuropéen. Les combattants contre les migrants sont convaincus que le sauvetage des migrants "ne peut pas être confié aux ONG car elles seraient de mèche avec les naufragés". Le site nationaliste rapporte des histoires sur des naufrages organisés en mer — à proximité de l'endroit où les sauveteurs avaient préalablement envoyé un bateau.

    L'Europe dans la confusion

    La crainte des autorités européennes face à l'ampleur de la vague migratoire est illustrée par une curieuse conversation qui a eu lieu, d'après la revue suisse Les Observateurs, entre le commissaire européen Dimitris Avramopoulos et le représentant chinois Guo Shengkun. L'Européen chargé de surveiller la migration a exigé du fonctionnaire chinois qu'il cesse la vente par le site Alibaba de bateaux gonflables utilisés par les migrants clandestins. Cette marchandise chinoise se vend effectivement très bien — elle est même devenue célèbre sous le surnom "bateau gonflable pour les réfugiés". La réaction de la partie chinoise à une telle ingérence de la politique dans l'économie reste inconnue.

    Pendant ce temps, le président du Parlement européen Antonio Tajani effraie les Européens en évoquant de nouvelles vagues de migration dans un avenir très proche. "Si nous n'arrivons pas à régler les problèmes fondamentaux des pays d'Afrique, d'ici 10 ans nous aurons 10, 20 et même 30 millions de migrants d'Afrique", déclare Tajani.

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    Tags:
    migrants, Bild, Union européenne (UE), Proche-Orient, Méditerranée, Sicile
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