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    Barrage sur l’Euphrate

    Accès à l'eau potable: un conflit entre Ankara et Téhéran est-il à craindre?

    © AFP 2019 Azhar Shallal
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    La pénurie d'eau potable ne cesse de provoquer des tensions entre la Turquie et l’Iran. Seyfi Kılıç, du Centre d’études stratégiques du Proche-Orient (ORSAM), commente la situation pour Sputnik.

    Le problème remonte en fait à l'ordre donné par Saddam Hussein d'assécher les marais autour de Bassora pour lutter contre une rébellion chiite après la première guerre du Golfe, a estimé l'expert turc Seyfi Kılıç dans un entretien avec Sputnik.

    «Il en a résulté la désertification de ces territoires et des tempêtes de sable. Comme cette désertification s'est produite sous le gouvernement irakien, il serait tout à fait injuste d'en accuser l'Iran et la Turquie», a déclaré l'interlocuteur de l'agence.

    Selon ce dernier, si la Turquie n'a jamais réduit le débit des cours d'eau, l'Iran le fait de temps en temps, notamment sur le Karoun à l'aide d'un barrage.

    «La dernière fois, Téhéran s'est servi pour cela du barrage sur le Petit Zab [une rivière prenant sa source en Iran et se jetant dans le Tigre en Irak, ndlr]. Les retenues d'eau ont été telles que l'eau avait totalement cessé de couler en aval vers le nord irakien», a rappelé l'expert.

    Et de souligner qu'il était toutefois possible de régler le problème sans accuser la Turquie et l'Iran, le Tigre et l'Euphrate ayant suffisamment d'eau, mais que la demande de la Syrie et de l'Irak était «irrationnelle».

    «Ces deux fleuves ont suffisamment d'eau pour répondre aux besoins de la Turquie, de l'Irak et de la Syrie à condition évidemment d'une consommation raisonnable», a souligné l'expert.

    Il a relevé que la répétition par Téhéran des accusations proférées par Bagdad à l'endroit d'Ankara ne contribuerait pas à la résolution du problème, la clé en étant le changement de la politique hydraulique de l'Iran.

    Selon l'analyste, il serait erroné de croire que l'accès à l'eau potable puisse se trouver à l'origine d'une guerre, car il y a dans le monde une multitude d'exemples d'une utilisation efficace des ressources hydrauliques et ce, à moindres frais.

    «Si on veut d'ailleurs déclencher une guerre, n'importe quel prétexte sera bon», a admis M.Kılıç, rappelant toutefois qu'une guerre entraînait inévitablement de grosses dépenses.

    En Syrie, l’eau est une arme
    © AP Photo / Wadi Barada

    Selon l'interlocuteur de Sputnik, en moyenne 70% de l'eau dans le monde servent à irriguer les champs agricoles, mais les canaux non bétonnés sont à l'origine de grandes pertes d'eau.

    «Seuls 10 à 20% atteignent notamment les champs irakiens, le reste étant perdu en chemin», a-t-il expliqué, signalant que la crise de l'eau pourrait être désamorcée grâce à une diminution de la demande.

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    consommation, demande, pénuries, eau potable, ORSAM, Sputnik, Seyfi Kılıç, Syrie, Proche-Orient, Tigre, Euphrate, Bagdad, Irak, Téhéran, Iran, Ankara, Turquie
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