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    Emmanuel Macron

    La réforme du travail détaché, une « mesure coloniale » ?

    © AFP 2017 Damien MEYER
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    Gaëlle Nicolle
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    Jour 2 du déplacement d’Emmanuel Macron en Autriche, Roumanie et Bulgarie, au cours duquel il devra calmer la grogne des politiques et des travailleurs. Souhaitant imposer une réforme du statut des travailleurs détachés à ses partenaires européens, la France est à la manœuvre.

    « Le leader français Emmanuel Macron essaie de mettre en œuvre ce qu'il a promis lors de sa campagne électorale et il n'y a rien de nouveau dans ses déclarations », soupire Viorel Pană, ancien vice-président du Sénat roumain au micro de Sputnik Moldavie. Pendant sa campagne, le candidat Macron avait pris la défense de la directive européenne du statut de travailleur détaché, mais en critiquait l'application. Réformer ce texte, accusé en France de créer du « dumping social », était est un des axes forts de la campagne électorale et le président Macron entend s'y tenir. Reste à faire face aux pays d'Europe centrale et orientale d'où sont originaires un grand nombre de travailleurs détachés au sein de l'Union européenne.

    Pour Viorel Pană, aujourd'hui professeur, la réforme de l'Union européenne ne devrait pas reposer sur les questions relatives à la main-d'œuvre. "Nous sommes conscients que, conformément à cette directive, la main-d'œuvre doit se déplacer librement, c'est-à-dire que ce n'est pas à partir de cela que nous devrions construire la réforme de l'UE", craignant par-là que la main d'œuvre qualifiée ne reste dans les pays ‘de l'Ouest', où les salaires sont plus attractifs.

    « La France exporte aussi des travailleurs détachés, il ne faut pas croire non plus qu'il n'y a que des travailleurs détachés qui viennent travailler en France. Ça marche dans l'autre sens », rectifie Me Thierry Vallat, avocat spécialisé en droit du travail. Et c'est bien cet « avantage mutuel » qu'il faut préserver et respecter, selon l'économiste roumain Ilie Şerbănescu, « Sinon, c'est une mesure coloniale sans aucune nuance, nous devons arrêter la démagogie et mettre une barrière et fermer l'accès. Ou bien nous sommes un marché mondial, ou bien nous ne le sommes pas ".

    « On a cassé l'idée qu'il y aurait une opposition entre l'Est et l'Ouest », s'est félicité le président français lors de sa première visite en Europe centrale et orientale, avant de se rendre en Roumanie et en Bulgarie. Mais éviter de se confronter aux redoutables opposants que sont la Pologne et la Hongrie, n'était peut-être pas très judicieux, dans ce dossier houleux:

    « On peut d'ailleurs s'étonner qu'il n'ait pas ajouté la Pologne à son parcours, cela aurait été intéressant de déminer un peu chez les Polonais, qui sont les leaders de la contestation. Le fait de les laisser un peu sur le côté alors qu'il est dans la région n'est peut-être pas de très bonne augure pour ce pays, qui risque de faire encore plus d'obstruction lorsque des discussions vont arriver ».

    La Bulgarie sera peut-être également un adversaire qu'il faudra convaincre, d'autant plus qu'elle prendra pour la première fois la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne (du 1er juillet au 31 décembre 2018). Occupant actuellement cette fonction, « l'Estonie fait partie des pays bloquants, et le président Macron va se rendre à Talinn donc ce sera l'occasion d'en parler le premier ministre ».

    L'enjeu est double pour Emmanuel Macron, mais aussi pour l'Europe. Un échec des négociations alimenterait le climat eurosceptique ambiant, selon Me Vallat:

    « Clairement, ça serait un bien mauvais signal pour l'UE. Donc je reste convaincu qu'on va arriver à un accord c'est trop important pour la cohésion européenne. Mais c'est un accord qui risque de se passer dans la douleur. Et peut-être avec des contreparties autres, ce qui est certainement un des enjeux de la visite d'Emmanuel Macron dans les pays de l'Est ». 

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    Tags:
    travailleurs détachés, Union européenne (UE), Emmanuel Macron, France
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