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    Bombardier: «la plainte de Boeing est complètement injustifiée»

    Bombardier: «la plainte de Boeing est complètement injustifiée»

    © REUTERS / Regis Duvignau
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    Airbus vole au secours de Bombardier, en proie à des turbulences avec les États-Unis, qui ont imposé des mesures antidumping sur ses avions C Series. Une belle alliance contre des sanctions injustifiées, explique Simon Letendre, Conseiller principal Relations avec les médias et affaires publiques de Bombardier, interrogé en exclusivité par Sputnik.

    Coup de tonnerre dans le ciel déjà agité de l'industrie aéronautique, Airbus et Bombardier s'allient autour de la gamme de moyens-porteurs du constructeur canadien! Celui-ci voyait les portes du marché américain fermées par une surtaxe de 300% imposée à ses moyen-courriers C Series. Un coup de maître pour les deux avionneurs, dont se félicite Simon Letendre, Conseiller principal du Département des relations avec les médias et affaires publiques de Bombardier:

    «Par ce partenariat, le programme C Series bénéficiera de l'expertise d'Airbus en matière de gestion de chaînes d'approvisionnement complexes et de son réseau mondial de ventes, de marketing et de services à la clientèle —ce que Bombardier voit comme des atouts considérables pour le programme.»

    Pour Airbus, l'affaire est également juteuse, le constructeur européen complétant ainsi sa gamme par un segment d'où il est quasiment absent:

    «Notre partenariat avec Airbus découle du fait que nous avons des gammes d'avions très complémentaires. […] Les avions C Series de Bombardier sont conçus spécifiquement pour le segment de 100 à 150 places, tandis qu'Airbus est le leader dans le marché des avions de 150 à 240 places», explique à Sputnik Simon Letendre.

    Cerise sur le gâteau, dès la signature de l'accord avec Bombardier, Airbus a déclaré qu'il allait produire les C Series destinés au marché américain en agrandissant son usine de Mobile, en Alabama. Le représentant de Bombardier refuse d'y voir une sorte de cheval de Troie qui pourrait, une fois de plus, irriter les autorités américaines et les pousser à prendre les mesures supplémentaires contre, cette fois-ci, le duo de constructeurs:

    «Au contraire, l'ouverture envisagée d'une seconde ligne de production d'avions C Series en Alabama pour répondre à la demande américaine est une nouvelle preuve de l'engagement des deux constructeurs envers les États-Unis. Il est important de rappeler que plus de 50% des composants des avions C Series sont produits aux États-Unis.»

    Simon Letendre développe son propos en expliquant que «le programme devrait soutenir plus de 22.000 emplois dans ce pays, et générer 30 milliards de dollars d'activité pour les entreprises américaines pendant la durée de vie du programme. C'est d'ailleurs une des nombreuses raisons qui expliquent pourquoi nous croyons que la plainte de Boeing est complètement injustifiée et devrait être rejetée.»

    C'est cette plainte pour aides étatiques qui a conduit le gouvernement américain à surtaxer les C Series de Bombardier. Une pratique répandue dans ce milieu, puisqu'Airbus et Boeing s'écharpent aussi devant l'Organisation Mondiale de Commerce, s'accusant mutuellement d'avoir bénéficié du soutien de leurs gouvernements respectifs. L'alliance Airbus-Bombardier risque encore d'exacerber ces tensions et Simon Letendre invite Sputnik à questionner les responsables politiques sur les conséquences de l'alliance euro-québécoise.

    «Pour notre part, nous avons toujours été en faveur de l'innovation et de la concurrence, précise à Sputnik Simon Letendre. C'est pourquoi nous croyons que le gouvernement américain devrait rejeter la plainte injustifiée de Boeing, qui vise apparemment à détourner certaines lois commerciales américaines à son propre avantage, et permettre aux compagnies aériennes américaines d'avoir accès à la gamme d'avions C Series, qui peut créer beaucoup de valeurs pour les compagnies aériennes et les voyageurs américains.»

    Mais les bénéfices de cette alliance qui a pris tous les spécialistes de court, c'est qu'elle devrait permettre aux deux avionneurs d'encercler encore un peu plus la gamme de monocouloirs de Boeing, tout en évitant une immission sur le marché d'un acteur chinois comme l'avionneur Comac. Pour autant, Bombardier n'envisage pas, même après l'accord avec Airbus, de fermer les portes à une collaboration avec des constructeurs chinois: «En ce qui concerne la Chine, il est important de préciser que Bombardier a également tissé d'importants partenariats dans le domaine aéronautique avec des compagnies chinoises, notamment avec la société Shenyang Aircraft Corporation, une filiale d'AVIC, qui produit des sections du fuselage des C Series et l'ensemble du fuselage de nos avions Q400», détaille Simon Letendre, avant de conclure:

    Ainsi, le partenariat annoncé plus tôt cette semaine ne change rien à cette relation gagnant-gagnant avec la Chine et Shenyang Aircraft Corporation devrait même tirer profit de l'accélération anticipée des ventes de C Series.»

    Bien entendu, Boeing a réagi du tac au tac à l'annonce de l'opération entre Airbus et Bombardier, évoquant «un accord contestable entre deux concurrents subventionnés par l'État» comment expliquer une réaction aussi violente du constructeur américain? «Sans commentaire,»- glisse Simon Letendre.

    Mais comme nous le rappelait récemment Marc German, spécialiste en intelligence compétitive et en diplomatie d'entreprise:

    «Dans la guerre économique qui est enclenchée depuis les décennies entre les États-Unis qui veut un monde unipolaire et le reste du monde, il y a des résistances».

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    Tags:
    Bombardier, Airbus Group
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