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Lors de sa visite de 12 jours en Asie, Donald Trump espère trouver des soutiens dans sa lutte contre le programme nucléaire de la Corée du Nord, notamment auprès de la Chine. Alors que lui-même souffle le chaud et le froid sur Pyongyang, sa quête d’appuis semble déjà compromise, explique à Sputnik Olivier Guillard, chercheur à l’IRIS.

La gestion de la crise nord-coréenne est au cœur de la tournée asiatique de Donald Trump. Il a entamé une visite officielle de douze jours en Asie, le plus long séjour officiel d'un Président américain dans la région depuis Georges Bush Senior en 1992, afin d'obtenir un soutien dans la lutte contre les ambitions nucléaires de la Corée du Nord. Lors de ses deux premiers discours, Donald Trump a soufflé le chaud et le froid sur le dossier nord-Coréen.

En effet, le Président américain a oscillé dans ses discours entre fermeté et ouverture. D'une part, en mettant en garde la «cruelle dictature» de Pyongyang, en déclarant qu'«aucun dictateur, aucun régime, aucun pays ne devrait jamais sous-estimer la détermination américaine». D'autre part, en laissant entrevoir une possibilité de négociation: «en dépit des crimes que vous avez commis contre Dieu et l'Homme, nous voulons ouvrir une voie vers un avenir meilleur». Comment expliquer les différentes volte-face du président des États-Unis?

Pour Olivier Guillard, spécialiste de l'Asie et chercheur associé à l'Institut des Relations internationales et stratégiques (IRIS), les différentes tonalités dans son discours témoignent de la dualité du personnage. «Il est toujours dur de se mettre à la place des propos et dans l'organisation de la pensée de Donald Trump, y compris pour ses plus proches collaborateurs.» Mais au-delà, de cette «pensée complexe», ce double-discours répond aux attentes de son auditoire comme nous l'explique Olivier Guillard:

«Donald Trump a essayé de marier à peu près tous les discours pour ses interlocuteurs et pour sa scène politique intérieure (…) Il a rappelé que l'Amérique ne pouvait être défiée, qu'elle était toujours aux côtés de ses partenaires stratégiques d'Asie, que la menace de la Corée du Nord ne serait pas tolérée et que sa nucléarisation n'était pas non plus souhaitable.»

Malgré cette démonstration de force du président américain, les États-Unis ne pourront à eux seuls convaincre Pyongyang de se dénucléariser et ils auront besoin de la Chine. Après avoir régulièrement tancé Pékin sur son inaction, notamment sur Twitter, Donald Trump peut-il la convaincre d'agir? Pour Olivier Guillard, il sera très difficile pour Pékin de peser sur la Corée du Nord, malgré les différents leviers dont elle dispose. La Chine est le «dernier partenaire ou parapluie diplomatique de Pyongyang, avec en sous-main la Russie». Par ailleurs, «elle est la première partenaire commerciale énergétique de la Corée du Nord.» Pourtant, selon le chercheur associé à l'IRIS, cela ne sera pas suffisant.

«Pékin a de moins en moins de prise et est de moins en moins écouté à Pyongyang. D'autant plus, depuis qu'est à la tête de cette dernière dictature d'Asie orientale, le trentenaire Kim Jong-un, qui fêtera sa sixième année au pouvoir le mois prochain. Il ne s'est d'ailleurs jamais rendu en Chine et ne fait pas montre d'une déférence particulière pour ce régime.»

Et d'ajouter,

«Il a réussi à faire avaler un certain nombre de couleuvres ces dernières années notamment avec 85 à 90 tirs de missiles différents et 6 essais nucléaires. Cela fait beaucoup pour Pékin qui est un peu lassé d'avoir si peu de prise sur le régime, là où la communauté internationale lui demande de faire bien davantage. Mais c'est un peu au-delà de ce qu'elle veut, mais aussi un peu au-delà de ce qu'elle peut aujourd'hui.»

Néanmoins, pourrait-on envisager une sortie de crise? Pour Olivier Guillard, la situation s'avère pour le moment inextricable. En effet, «la communauté internationale appelle à cesser son programme nucléaire et au contraire à se dénucléariser, ce que la Corée du Nord ne fera jamais (…) Elle y voit la survie de son régime et sa politique d'assurance à moyen terme.»

«Nous sommes quasiment dans une logique d'autisme réciproque, la Corée du Nord aspire à être réintégrée dans le concert des nations, mais pour cela elle s'y prend mal. Elle continue donc à menacer le Sud, les États-Unis et à s'enferrer dans une spirale d'essais nucléaires balistiques qui font peur à toute la région. D'un autre côté, on ne saurait accéder à ses demandes aussi longtemps qu'elle jouera à ce jeu dangereux de l'aventurisme militaire et de la provocation rhétorique», analyse le chercheur.

Pour espérer une sortie crise, il faudrait que «Pyongyang descende de cette politique de provocation extrême.»

«Et que la communauté internationale prenne malheureusement en compte le fait, qu'aujourd'hui, la Corée du Nord est un État nucléaire. Et que l'on ne discute pas avec un État nucléaire qui ne veut pas rendre les joyaux de sa couronne, comme on le fait avec un État que l'on espère vacillant. Ce qui n'est pas le cas de la Corée du Nord.»

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tournée, nucléaire coréen, visite, Donald Trump, Xi Jinping, Asie, Corée du Nord, Chine
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