Ecoutez Radio Sputnik
    Onu

    Quand l'Onu souffle le froid et le chaud sur l'Arabie saoudite

    © REUTERS/ Mike Segar
    International
    URL courte
    Elena Semionova
    5164

    L’Arabie saoudite tantôt innocente, tantôt coupable – Dans l’examen de nombreux dossiers, dont celui des actions de la coalition arabe emmenée par le royaume saoudien, l’Onu fait étonnamment souvent volte-face. Une inconstance qui ne peut que susciter l’inquiétude.

    «La pire crise humanitaire», c’est ainsi que l’Onu a récemment qualifié la situation au Yémen, pays qui est dévasté par une guerre civile depuis près de trois ans et où 11 millions d’enfants ont besoin de toute urgence d’une assistance humanitaire. Après avoir tardivement établi ce constat dramatique et choquant, les Nations unies ont exhorté la coalition dirigée par l’Arabie saoudite à lever le blocus imposé au Yémen. L’appel de cette institution de protection de la paix et de la sécurité internationale sera-t-il entendu? Ou l’Onu prêche-t-elle une fois encore dans le désert?

    Une mise-en-scène pour le public?

    Ces derniers temps, il peut sembler que l’Onu hausse le ton vis-à-vis de l’Arabie saoudite. Pour rappel, début octobre, le nom de cette monarchie du Golfe et de la coalition qu’elle dirige ont été inscrits pour la première fois sur la «liste noire» onusienne des pays et des entités ayant commis des meurtres ou des mutilations de mineurs. L’organisation leur imputait alors la responsabilité de la mort de 683 enfants lors de bombardements d’écoles et d’hôpitaux.

    Cette démarche est, à première vue, parfaitement louable. Sauf pour des ONG qui n’ont pas tardé à dénoncer le fait que l’Onu minimisait les crimes commis envers les enfants et qui estiment que la communauté internationale avait une fois de plus cédé à la pression politique.

    «Nous déplorons que l'Onu ait cédé sous la pression et l'ait ajoutée [l’Arabie saoudite — ndrl]  à une nouvelle catégorie spécialement conçue pour atténuer la condamnation de la coalition», a alors déclaré Amnesty International.

    Il convient par ailleurs de rappeler, ce que les ONG n’ont pas raté l'occasion de faire, que la coalition arabe avait déjà été mentionnée dans un rapport de l’Onu en 2015. Toutefois, son Secrétaire général de l’époque, Ban Ki-moon, avait ensuite décidé de l’en retirer, provoquant l’ire des organisations de défense des droits de l’Homme. Riyad ayant menacé de couper le financement de plusieurs agences et programmes de l’Onu, le calcul avait alors été vite fait – «les Nations unies ont cédé aux pressions financières», en avait-on alors déduit.

    Logique sélective

    Il est de plus en plus difficile de pouvoir juger de l’équité de l’Onu et de sa dévotion à ses objectifs et aux valeurs universelles qu’elle s’est engagée à défendre il y a moins d’un siècle. Qui plus est, il est parfois malaisé de comprendre la logique que suit cette organisation qui a, par exemple, au printemps dernier, admis l’Arabie saoudite, pays qui maintient les femmes dans un statut de mineur, au sein de la Commission de la condition de la femme de l’Onu pour un mandat de quatre ans.

    Dans un communiqué publié le samedi 22 mars, le président de l'ONG UN Watch, Hillel Neuer, avait ainsi résumé la situation: «C'est aussi absurde et moralement répréhensible que de désigner un pyromane comme chef des pompiers de la ville».

    Les pays qui insistent sur la nécessité de réformer l’Onu semblent donc ne pas avoir tort. Sauf à supposer que les Nations unies viennent à prouver de nouveau leur fidélité à leurs principes initiaux, adoptent un comportement conséquent, dicté par leur charte, et fassent constamment la démonstration de leur impartialité. C’est seulement alors que les appels urgents lancés par l’Onu pourront enfin retrouver de leur puissance d’antan.

    Lire aussi:

    Les dommages causés par la coalition en Syrie comparables à ceux de Daech
    Rome double ses livraisons d’armes à Riyad malgré les appels de l’UE à l’embargo
    Obus au phosphore à Raqqa: Damas dénonce une violation flagrante du droit international
    Tags:
    droits des femmes, femmes, coalition arabe, ONU, Amnesty International, Arabie Saoudite, Yémen, États-Unis
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik