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    Barack Obama

    Barack Obama, l’intouchable de la presse française

    © AFP 2019 Martin BUREAU
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    Ce week-end, la presse française n’a pas tari d’éloges à l’égard de Barack Obama, venu en France dans le cadre d’une très onéreuse conférence. Une béatitude qui n’a d’égale que le déferlement de critiques qu’avait essuyé en son temps Nicolas Sarkozy pour le même type de conférences.

    Rencontre avec Anne Hidalgo le matin, déjeuner à l'Élysée avec Emmanuel Macron, avant de s'entretenir une heure- dans l'hôtel où il séjourne- avec François Hollande pour finalement donner une conférence dans l'auditorium de la Maison de la Radio, devant un parterre de chefs d'entreprise et de politiques, dont les socialistes Ségolène Royal, Fleur Pellerin, Jack Lang et Najat Vallaud-Belkacem. L'emploi du temps de Barack Obama samedi 2 décembre à Paris n'aurait rien à envier à celui de l'actuel locataire de la Maison-Blanche. Car si aux États-Unis, il n'est plus Président, en France l'Obamania n'est pas retombée.

    «À Paris, Barack Obama a donné au monde une leçon d'optimisme», titrait dimanche BFMTV, pendant ce temps, le JDD en faisait sa Une hebdomadaire. Sur France 2, tandis que le site publie un article «Barack Obama tient une conférence à Paris et envoûte son public», Laurent Delahousse, dans son émission 19 h le dimanche, accordait une plage importante à cet ex-président qui faisait l'actualité française, sobrement intitulée «la nostalgie Obama», le reportage revient sur le 44e Président américain… et donne le ton «Barack Obama c'est la figure positive par excellence.»

    Le lendemain, la presse rivalise de qualificatifs, de superlatifs, tous plus élogieux les uns des autres. Barack Obama, acclamé comme une «rock-star»- dont les «fans» s'«amassent»-, attendu comme un «demi-dieu», pour n'en reprendre que les exemples les plus marquants, voire les plus récurrents. L'image de l'ancien Président américain ayant pris «une part active dans les accords de Paris» et présenté comme l'antithèse d'un Donald Trump, lui-même unanimement critiqué dans les médias français lors de la campagne présidentielle américaine, relègue ainsi au rang du détail le tarif de sa prestation. Barack Obama, dont la vie «est celle d'un conférencier» depuis la fin de son mandat.

    Comme il est dit dans le documentaire de France2 «et tant pis si sa parole se négocie contre des centaines de milliers de dollars, les Français ont tellement envie de croire qu'il a encore une influence sur le monde».

    Une avalanches de louanges, à quelques exceptions près, comme Marianne qui revient sur une intervention d'un Barack Obama qui «n'a pas vraiment été impérial» ou encore comme Libération qui — plus lucide- évoque ce «Tout-Paris se presse pour voir Obama faire du Obama» ou encore ce «Mini Davos à l'heure du goûter», pour reprendre les mots lâchés par un participant, mettant ainsi l'accent sur le public restreint et privilégié auquel Barack Obama- cet enfant du «South Side» (le Chicago noir), ce Président de la couverture sociale- s'adresse finalement.

    Une (quasi) unanimité de la classe médiatique qui interpelle, car si la presse française n'est visiblement aucunement choquée des tarifs appliqués par cet ex-Président «conférencier» en déplacement professionnel en France (l'argent des Français ayant participé ira enrichir le fisc américain) ces mêmes prestations ont été vivement reprochées à un autre président en son temps, et celui-là bien français: Nicolas Sarkozy.

    Souvenez-vous, plus de deux ans après la fin de son mandat, L'Express révélait que Nicolas Sarkozy aurait donné une conférence grassement payée lors du forum économique Forbes, à Brazzaville au Congo. Une conférence en Afrique subsaharienne «discrète», qui fait «jaser». Qu'ils s'agissent de ses proximités avec l'organisateur du forum, la présence d'«autocrates» dans l'assistance (en la personne du président congolais Denis Sassou Nguesso), le sujet (les défis de la bancarisation), mais surtout sa rémunération: 100.000 €, tout est alors sujet à critique. Dans la presse nationale, c'est l'indignation générale.

    Pourtant, si la rémunération de Nicolas Sarkozy était au centre des critiques, à l'époque celle-ci est de cinq à deux fois moins élevées que celle de son ex-homologue américain. La presse n'hésitant pas à entretenir une aura de mystère autour des conférences effectuées par Nicolas Sarkozy. Parmi les conférences les plus critiquées. Celle d'Abou Dhabi, où certains médias fustigent l'«appétit connu pour l'argent» de Nicolas Sarkozy, ainsi que son «indécence», alors même que l'UMP essuyait une défaite… aux législatives partielles du Doubs.

    On notera que près de trois ans plus tard, la future conférence de François Hollande à une centaine de kilomètres de là, à Dubaï, est —nous explique-t-on- tout à fait normale pour un ancien Président. François Hollande, qui rejoint ainsi son prédécesseur et son ancien homologue américain au tableau des conférenciers «de luxe» du Washington Speakers Bureau.

    En pole position des journaux les plus acerbes, on retrouve l'hebdomadaire l'Express, qui le 2 décembre, saluait «l'exploit» d'avoir fait venir en France Barack Obama, le «Président le plus swag des États-Unis». Un news-magazine dont le directeur de rédaction, Christophe Barbier, cache mal ses inimitiés pour le mari de son amie Carla Bruni: «Avec sa conférence, Sarkozy refait-il le "coup du Fouquet's"?», titrait ainsi l'hebdomadaire en février 2015, n'hésitant pas à fustiger «l'entourage de Nicolas Sarkozy», qui «continue de banaliser» les conférences de l'ex-président français, pointant du doigt un «rapport à l'argent qui pourrait être "son talon d'Achille".» Et pas celui de Barack Obama et sa conférence à 350.000 euros, donc…

    Une obamania qui empêche donc la plupart de nos confrères de remettre en cause le prix Nobel de la paix qui fut remis à Barack Obama «pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples»… lui dont le mandat verra l'interventionnisme militaire américain atteindre des niveaux inégalés.

    Tags:
    Nicolas Sarkozy, Barack Obama, France, États-Unis
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