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    Algérie-Maroc: la guerre du couscous n’aura pas lieu

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    Safwene Grira
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    Couscous algérien ou marocain? Derrière la banalité d’une préférence culinaire, se tisse en toile de fond la rivalité régionale entre les deux pays. Un débat observé de loin par les Tunisiens, qui ont leur argument «anthropologique» à avancer pour clore définitivement la polémique.

    A ce jour, vendredi 19 janvier 2018,

    «le couscous n'est pas inscrit sur la liste du patrimoine immatériel (de l'Unesco). L'Algérie n'a présenté aucune demande en ce sens», a déclaré à Sputnik Monia Adjiwanou, du département de l'Information publique de l'Unesco.

    Pourtant, c'était avec beaucoup d'emphase que les Algériens annonçaient, dès l'été 2016, leur intention de faire accéder ce repère de l'identité nationale à la reconnaissance mondiale, au même titre que le «washoku» japonais, ou «le repas gastronomique des Français».

    À l'appui de cette annonce, un argument «archéologique» de taille, alors avancé par le Centre Algérien de Recherches Anthropologiques, Préhistoriques et Ethnographiques (C.A.R.A.P.E): à l'occasion de la première édition du Forum socio culturel de la Radio Tizi-Ouzou, son directeur, Slimane Hachi, a révélé que de récentes fouilles effectuées dans une grotte du côté d'Akbou (en Kabylie) avaient permis de retrouver des graines de blé datées à plus de 4.200 ans.

    L'intention de proposer l'inscription du couscous dans le cadre d'un «dossier maghrébin», puisque ce plat, comme il l'a rappelé, est partagé par les pays d'Afrique du Nord, «était une façon de ménager les Marocains. Ce sont justement des difficultés liées à une procédure commune qui a fait que les choses sont restées au point mort», a expliqué laconiquement une source algérienne bien informée.

    L'argument «archéologique» a provoqué l'hilarité des Marocains, qui sur les réseaux sociaux et sites Internet, n'y sont pas allés avec le dos de la cuillère.

    À l'origine de la bataille des graines de semoule, les graines « de sable ». Les deux régimes entretiennent des relations exécrables depuis des décennies, sur fond de conflit militaire, «la guerre des Sables», qui les a opposés en 1963, et de la question du Sahara occidental, plus que jamais d'actualité. Preuve qu'on est loin de faire tout un plat autour d'une question banalement culinaire, des sites pro-sahraoui s'en mêlent:

    Une rivalité sur le sol, qui s'exporte accessoirement dans l'espace. Même si, le plus souvent, faute de pouvoir rivaliser sur le plus grand bouton nucléaire, à la façon de Trump et de Kim Jung II, c'est sur «le plus grand couscous» que l'on se rabat.

    Et jusqu'aux festivals culinaires internationaux, où les records sont enregistrés et battus en permanence. Dans un article remontant à septembre 2005, le site émirati Albayan, se faisait écho d'une compétition internationale qui s'était déroulée à San Vito Le Capo, en Sicile, à l'occasion de laquelle le couscous algérien avait emporté l'adhésion du jury international avec le «meilleur couscous». Les Algériens avaient battu l'année précédente (2004) le record du «plus grand couscous jamais réalisé», rappelle le site.

    Entre-temps, Algériens et Marocains continuent de rivaliser, par réseaux sociaux interposés, sur les mérites respectifs de leurs versions de la célèbre spécialité.

    «Vous (les Marocains) avez tout volé, le thé chinois, le couscous algérien, l'habit algérien, le raï algérien, le Sahara occidental…»

    Il n'y a pas de couscous marocain, il n'y a que le couscous algérien. Les Marocains sont en train de se l'approprier.

    C'est la dernière! Même le couscous tfaya [variante marocaine du couscous, ndlr] est devenu algérien! Non au vol du patrimoine marocain!

    Plaidant pour une approche dépassionnée, certains sont pour une légitimité partagée par tous les pays d'Afrique du Nord de ce plat d'origine amazigh, la population nord-africaine autochtone.

    Il n'y a pas de différence entre le couscous algérien et le couscous marocain. Ceci est simplement de la cuisine maghrébine.

    Dans son article «le couscous, ou l'histoire ancestrale d'un grain magique», qui revient sur les origines historiques du couscous, le journaliste Farid Mokdad rappelle que l'invention du couscous en Afrique du Nord remonte à la fin de la période romaine.

    «Les Amazighs furent les premiers à faire cuire à la vapeur les semoules de blé et d'orge. Ils amélioraient ainsi le traitement des graines, jusque là utilisées seulement pour la confection de bouillie et de pain. Le couscous, dont l'invention remonte vraisemblablement à la fin de la période romaine, n'est mentionné que vers la fin du VIIIe siècle par les auteurs musulmans, qui firent l'éloge de ses qualités nutritives et médicales. Il parvient à sortir des frontières et à être prisé selon Rabelais dès le XVIe siècle sous le nom de Coscoton à la Moresque.»

    Seulement voilà, un couscous peut en cacher un autre. Et en Tunisie, on avance une solution pratique pour mettre fin à cette vieille rivalité algéro-marocaine: soustraire la paternité du mets historique aux deux voisins pour remettre le trophée à… la Tunisie! Et c'est sans lien avec la «Couscous connection», affaire de trafic international de stupéfiants et de blanchiment d'argent dans les années 1980, impliquant plus de 20 Tunisiens, dont le frère aîné du Président Ben Ali.

    «Il existe une uniformité relative des couscous en Algérie et au Maroc, qui se présentent presque toujours comme un plat de semoules d'un côté, un plat de ragoût de l'autre côté, que l'on mélange ensuite. Alors qu'en Tunisie, c'est un plat complet et chaque village a son propre couscous. Il y a autant de couscous que d'agglomérations ou de villages, même quand ceux-ci ne sont distants que de quelques kilomètres. La diversité du couscous tunisien prouve, anthropologiquement, qu'il a pris naissance en Tunisie, avant d'être exporté en Libye, ou dans les autres pays du Maghreb», a déclaré à Sputnik Youssef Seddik, anthropologue tunisien.

    ​Pour clore le débat et asseoir davantage la légitimité tunisienne en la matière, la dernière édition du festival sicilien de San Vito le Capo a été remportée par la Tunisie, deux ans après qu'elle a battu le record du monde du plus grand couscoussier jamais réalisé. Inutile de dire à quel point ce record a été pris au sérieux par les Tunisiens…

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    Tags:
    réseaux sociaux, Algérie, Maroc
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