Ecoutez Radio Sputnik
    Destruction d'armes chimiques

    Washington: plus grand militant contre les armes chimiques ou utilisateur actif?

    © AFP 2018 Philipp Guelland
    International
    URL courte
    Kirill Latypov
    91022

    Cette semaine, Paris a accueilli une réunion d’une trentaine de pays, dont les États-Unis, concernant un nouveau mécanisme de lutte contre l’emploi des armes chimiques. Au milieu de cet évènement, rappelons des cas d’utilisation par Washington.

    Le 23 janvier, les États-Unis et une trentaine d'autres pays se sont réunis à Paris pour parler d'un mécanisme de lutte contre l'emploi des armes chimiques. Un des plus actifs participants de cet évènement, Washington, a une longue expérience de leur utilisation.

    Vietnam

    En 1961, au milieu de l'incapacité des troupes américaines et sud-vietnamiennes à contrer les miliciens Viet Cong, le Président américain John Kennedy a autorisé l'utilisation de substances chimiques, défoliants et herbicides, y compris l'agent orange, au Vietnam du Sud pour éliminer des jungles, abris des partisans et des sources de nourriture. Après plusieurs missions de tests, Washington a lancé l'opération de grande envergure Ranch Hand qui a touché non seulement le territoire vietnamien, mais aussi ceux du Laos et du Cambodge. Elle a duré jusqu'en 1971. Pendant cette décennie, l'armée américaine a dispersé plus de 80 millions de litres de substances toxiques au Vietnam.

    La guerre du Vietnam
    © AP Photo /
    La guerre du Vietnam

    Malgré le fait qu'elles n'aient pas été directement utilisées contre des êtres humains, les conséquences sont effrayantes. Près de quatre millions de Vietnamiens, Laotiens et Cambodgiens ont été exposés aux herbicides lors de la guerre. La majorité de ces gens et leurs enfants, nés après 1971, souffrent de maladies génétiques graves. Le personnel militaire et civil américain, soit 2,8 millions de personnes, a aussi fait face à des conséquences similaires.

    La nature et l'agriculture de cette région d'Asie du Sud-Est a aussi sévèrement souffert des opérations chimiques américaines. Des dizaines de millions d'hectares de forêts et de terres agricoles touchées par l'agent orange ont été irréversiblement dégradées, le monde animal a désespérément perdu sa richesse.

    Guerre Iran-Irak

    Une participation indirecte à un conflit peut aussi entraîner une responsabilité pour ses moments sombres.

    Lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988), Bagdad a effectué une série d'attaques chimiques, y compris en utilisant du gaz moutarde, contre les Iraniens et des Kurdes soupçonnés de sympathies pour Téhéran. Ces actions irakiennes ont coûté la vie et blessé près de 100.000 personnes. Mais sans intérêt américain dans ce conflit, les victimes auraient pu être moins nombreuses.

    Les echos de la guerre Iran-Irak
    © AP Photo / Vahid Salemi
    Les echos de la guerre Iran-Irak

    Les arsenaux chimiques irakiens ont été formés avec l'aide d'entreprises de plusieurs pays occidentaux, notamment l'Allemagne de l'Ouest, le Royaume-Uni, la France et les États-Unis. Ces derniers ont continué à soutenir Bagdad pendant la guerre, dans différents domaines, tout d'abord, en effectuant des livraisons de biens et technologies à double usage en Irak. De plus, des renseignements fournis par la partie américaine ont été utilisés par les militaires irakiens lors d'attaques chimiques contre les Iraniens.

    L'administration de Ronald Reagan n'a pas cessé de soutenir son protégé du Moyen-Orient, même après son utilisation de substances toxiques contre la population civile kurde.

    En dehors des activités sécrètes, Washington a soutenu Bagdad avec des moyens diplomatiques. En 1986, les États-Unis ont été le seul membre du Conseil de sécurité de l'Onu à opposer son veto à la résolution onusienne accusant l'utilisation d'armes chimiques par Bagdad.

    Deuxième bataille de Falloujah

    Paradoxalement se sont ces mêmes arsenaux chimiques et biologiques qui ont provoqué l'invasion américaine de l'Irak en 2003, dont les conséquences étaient liées au cas le plus récent d'utilisation directe d'armes chimiques par les États-Unis.

    En 2004, lors de la deuxième bataille de Falloujah, les troupes américaines ont utilisé du phosphore blanc contre des combattants de groupes armés luttant contre les nouvelles autorités irakiennes formées après le renversement de Saddam Hussein.

    Falloujah
    © AFP 2018 HAIDAR MOHAMMED ALI
    Falloujah

    D'abord, le commandement américain a nié l'attaque chimique et s'est justifié par une utilisation incorrecte de munitions d'éclairage. Toutefois, sous la pression médiatique et de nombreux témoignages, le Pentagone a dû reconnaître l'utilisation du phosphore blanc à des fins militaires. Néanmoins, il a souligné que cette substance toxique n'avait pas été utilisée contre des civils et que Washington avait le droit de l'utiliser.

    Selon la Convention sur l'interdiction des armes chimiques (CIAC), le phosphore blanc peut être utilisé comme un moyen pour illuminer un champ de bataille ou produire de la fumée, mais son utilisation militaire est interdite. En plus, la Convention sur certaines armes classiques (CCAC) proscrit l'emploi d'armes incendiaires dans des lieux de concentration de population civile. Mais Washington ne l'a ratifiée qu'en 2009.

    Lire aussi:

    Derniers arsenaux chimiques: quels pays n'y ont pas encore renoncés?
    Damas accuse Londres et Washington de livrer des substances toxiques aux terroristes
    Moscou: les USA gardent opérationnelles près de 10% de leurs armes chimiques
    Tags:
    conflit, matières toxiques, armes chimiques, Conseil de sécurité de l'Onu, ONU, Ronald Reagan, John Kennedy, Saddam Hussein, Cambodge, Laos, Falloujah, Téhéran, Vietnam, Bagdad, Washington, Iran, Paris, Irak, États-Unis
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik