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    Affaire Skripal: l’occasion de distiller un peu de poison dans la Coupe russe?

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    Elliot Lelievre
    Affaire Skripal (120)
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    L’affaire Skripal, cet ex-espion russe empoisonné, pourrait déclencher une crise diplomatique majeure. La Grande-Bretagne et les USA accusent Moscou d’assassinat, laquelle nie toute implication et demande des preuves… qui n’arrivent pas. La France et l’UE s’en mêlent et le sceptre de nouvelles sanctions plane sur l’affaire.

    Bientôt de nouvelles sanctions européennes contre la Russie? Cette fois-ci, l'Ukraine, la Crimée ou la Syrie ne sont pas en cause. À l'approche de l'élection présidentielle russe et de la Coupe du monde de football, c'est l'affaire Skripal, du nom de l'ancien agent double au service du MI6, Sergueï Skripal, empoisonné le 4 mars 2018 avec sa fille à Salisbury, dans le sud de l'Angleterre, qui met le feu aux poudres.

    Le gouvernement britannique a rapidement lancé une enquête à grande échelle, qui aurait permis, selon lui, de retrouver quelque 240 témoins et 200 éléments de preuve grâce à un dispositif important incluant 180 militaires venus en renfort.
    Malgré l'ampleur de l'enquête, le 10 mars —soit près d'une semaine plus tard-, la ministre britannique de l'Intérieur, Amber Rudd, estimait qu'il était encore prématuré de désigner un coupable. Chose que ne s'était pourtant pas privé de faire Boris Johnson, le ministre des Affaires étrangères, qui avait pointé du doigt la Russie dès le 6, quatre jours plus tôt.

    ​La réponse russe ne s'est pas fait attendre. Constantin Kosachev, le chef de la Commission des Affaires étrangères du Conseil de la Fédération (équivalent du sénat russe) a déclaré à Gazeta:

    «Les propos de Boris Johnson sont inacceptables dans la situation actuelle, où même la police britannique ne considère pas encore l'incident comme une attaque terroriste.»

    L'ambassade de Russie à Londres a regretté des accusations sans fondement, puisque proférées avant les conclusions de l'enquête. La représentation diplomatique sur le sol britannique a d'ailleurs déclaré:

    «Nous regrettons qu'au lieu d'une explication officielle sur cette question, le ministre des Affaires étrangères ait décidé de menacer la Russie de représailles. Il semble que le scénario d'une campagne antirusse ait déjà été écrit.»

    L'Administration présidentielle russe a quant à elle estimé qu'il s'agissait d'un problème intérieur britannique, puisque la victime était un agent «ayant travaillé pour les services spéciaux britanniques», que l'accident avait eu lieu au Royaume-Uni et que cela ne concernait par conséquent ni son gouvernement ni son pays.

    «Tirez les choses au clair de votre côté et nous en parlerons ensuite», a répondu le Président de la Fédération Russie, interrogé par la BBC.

    La porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, Maria Zakharova, a pour sa part dénoncé une campagne antirusse, alimentée non seulement par la menace de boycotter la Coupe du Monde de football 2018 brandie par M. Johnson, mais également par l'allocution de Theresa May devant les parlementaires britanniques. Une allocution qu'elle a d'ailleurs qualifiée de «campagne politique basée sur la provocation» et de «numéro de cirque».

    La Première ministre britannique s'est en effet exprimée devant le parlement britannique le 12 mars. Dans son allocution, elle a estimé «très probable que la Russie soit responsable» de l'empoisonnement de M. Skripal, fustigeant une «attaque aveugle et imprudente» contre le Royaume-Uni. Elle a expliqué que cela était dû à l'agent toxique utilisé et a avancé qu'il s'agissait d'un «agent innervant de qualité militaire d'un type produit par la Russie».

    ​À Londres, qui compte une importante communauté russe, l'annonce de Mme May n'a pas tardé à faire réagir et l'ambassade russe a rapidement publié un communiqué dans lequel elle s'est inquiétée de la politique menée, ainsi que des conséquences sur les relations diplomatiques entre le Royaume-Uni et la Fédération de Russie.

    «La politique actuelle menée par le gouvernement britannique envers la Russie constitue un jeu très dangereux avec l'opinion publique britannique», a expliqué le porte-parole de la représentation diplomatique.

    Aux accusations de Mme May, le président de la Commission des Affaires étrangères de la Douma, Léonid Sloutski, a répondu qu'il «n'y a pas de preuves, mais il est commode d'accuser la Russie de tout».

    Le ministère s'est quant à lui interrogé, avec une pointe de fatalisme, sur le timing de cette affaire, en rappelant que le gouvernement russe avait anticipé des campagnes occidentales visant à discréditer Moscou avant la tenue de la Coupe du Monde de football.

    Il a ainsi rappelé à l'AFP que

    «Nous avons averti à plusieurs reprises qu'avant le début de la Coupe du Monde de la FIFA en Russie, les médias occidentaux allaient lancer une campagne de grande ampleur dans le but de discréditer la Russie et miner la confiance dans le pays hôte de cet événement sportif.»

    Un timing d'autant plus suspect que les élections présidentielles russes auront lieu le 18 mars, deux semaines après l'irruption et la médiatisation de l'affaire.

    Cette «coïncidence» n'a pas empêché le gouvernement américain d'apporter un soutien sans faille à son allié britannique. Le Secrétaire d'État américain n'a pas tardé à réaffirmer que les États-Unis avaient «toute confiance dans l'enquête britannique selon laquelle la Russie est probablement responsable.» Et M. Tillerson de poursuivre:

    «Nous sommes d'accord sur le fait que tous les responsables —à la fois ceux qui ont commis le crime et ceux qui l'ont ordonné- doivent en subir les sérieuses conséquences appropriées. […] Les États-Unis restent solidaires de leurs alliés au Royaume-Uni et nous continuerons à coordonner étroitement nos réactions.»

    Des réactions qui, selon Boris Johnson, cité par le Times, prendraient les formes de «représailles coordonnées» économiques, diplomatiques et militaires. La France a quant à elle condamné «une attaque totalement inacceptable», mais s'est gardée de pointer un coupable au moment où Emmanuel Macron tente un rapprochement diplomatique avec Moscou.

    Ce scandale fait craindre l'adoption de nouvelles sanctions de l'UE. Des voix s'élèvent au Parlement européen pour demander des «contre-mesures» pour répondre à Moscou, à l'image de l'ancien Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, alors que la Russie nie toute implication. Lors d'une conférence de presse, Sergueï Lavrov a déclaré que:

    «La Russie est innocente et est prête à coopérer si la Grande-Bretagne remplit ses obligations internationales.»

    Concernant l'accusation selon laquelle l'agent toxique serait un gaz innervant de fabrication militaire russe, le ministre des Affaires étrangères répond qu'il est impossible de le savoir, puisque la demande de son gouvernement pour analyser la substance incriminée n'a pas reçu de réponse de la part des services britanniques.

    ​La porte-parole du ministère, visiblement agacée par les accusations de Theresa May, a observé:

    «Plutôt que d'inventer de nouveaux contes de fées, peut-être que quelqu'un dans le Royaume pourrait m'expliquer comment les précédents se sont terminés —Litvinenko, Berezovsky, Perepilitchni et de nombreux autres qui sont morts mystérieusement sur le sol britannique.»

    Dossier:
    Affaire Skripal (120)

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    Tags:
    espionnage, Boris Johnson, Russie
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