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    Mike Pompeo

    Trump nomme Pompeo: «le Département d’État sous la coupe de la CIA et du FBI»?

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    Louis Doutrebente
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    Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson est remplacé par Mike Pompeo, tandis que Gina Haspel hérite du poste de directeur de la CIA laissé vacant par Pompeo. Donald Trump continue de bouleverser son équipe dirigeante. En ligne de mire: les dossiers complexes avec l’Iran et la Corée du Nord. Analyse de deux spécialistes des États-Unis.

    ​Donald Trump… une fois n'est pas coutume, fait ses annonces à travers le célèbre réseau social. Cependant, l'information est de taille: le secrétaire d'État Rex Tillerson est remplacé par le directeur de la CIA Mike Pompeo, lui-même remplacé par son adjointe à la CIA, Gina Haspel.

    «La nomination de Mike Pompeo à la tête du Département d'État est une promotion, une forme de récompense. Et donc lorsqu'on promeut un directeur de la CIA à la tête du Département d'État, ce n'est certainement pas pour le remplacer par quelqu'un [Gina Haspel, ndlr] qui va revenir sur les grands principes de son action. Il va y avoir une unification du message, une unification des pratiques, parce qu'il y a une vision du monde qui est partagée.»

    Vincent Michelot, professeur à Science Po et spécialiste de l'histoire politique des États-Unis, estime que le remplacement de Rex Tillerson par Mike Pompeo permettra à la politique internationale américaine de trouver une unité entre ses principaux acteurs. En effet, il considère que Trump a nommé Mike Pompeo et Gina Haspel, respectivement à la tête de la diplomatie américaine et de la célèbre agence de renseignement parce qu'ils partagent tous la même conception du monde, contrairement à Rex Tillerson. Donald Trump l'a expliqué brièvement, ce mardi 13 mars, en prenant en exemple le cas iranien:

    «Nous nous entendions bien, mais nous avions des désaccords. Quand vous regardez l'accord sur le nucléaire iranien: je pensais qu'il était horrible, il pensait qu'il était OK.»

    Si Donald Trump n'explique pas le changement du n° 1 de la diplomatie américaine par hasard en désignant le deal iranien passé en 2015, il convient de se pencher sur la personnalité de Mike Pompeo. Outre l'inimitié qu'il entretenait avec Rex Tillerson, Donald Trump a nommé Mike Pompeo comme Secrétaire d'État parce que, pour Anne Kraatz, historienne spécialiste de la politique étrangère des États-Unis, «Mike Pompeo est un homme fort». Rappelant que c'est un ancien député, membre du Tea Party, Anne Kraatz établit une comparaison entre Tillerson et Pompeo:

    «Tillerson était un homme du monde, il avait voyageait dans le monde entier et connaissait très bien la Russie et les Russes. Il était considéré comme un modéré. Pompeo peut être considéré comme un néoconservateur, mais il ne fait pas tout à fait partie de ce camp-là. Il va à la fois être peut-être plus dur, ce qui paraît un peu paradoxal et plus pragmatique. […] Il est certain que M. Pompeo est un dur.»

    Donald Trump a donc nommé un homme à poigne. Prônant durant sa campagne présidentielle un non-interventionnisme américain et donc un retour à la pensée isolationniste, Donald Trump se distinguait des politiques des néoconservateurs Américains. Pour autant, sa ligne politique sur l'Iran comme celle de son nouveau chef de la diplomatie s'apparente facilement à la vision que G.W.Bush avait mise en place au Moyen et au Proche-Orient après 2001. En effet, en novembre 2016, Mike Pompeo s'exprimait ainsi sur le deal nucléaire iranien:

    «J'ai hâte de revenir sur cet accord désastreux avec le plus grand sponsor d'État du terrorisme au monde.»

    Cependant, pour Vincent Michelot, «il faut oublier, en 2018, les vocables tels que conservateur et néoconservateur» et le professeur préfère définir ainsi le nouveau Secrétaire d'État Mike Pompeo:

    «Mike Pompeo est une forme de mélange entre un pragmatisme hyper-sceptique et conservateur vis-à-vis à la fois de l'Iran, de la Corée du Nord, mais aussi de la Russie et puis une forme de messianisme conservateur autour du slogan favori de Donald Trump: "Make America Great Again".»

    S'il refuse les «vocables» convenus, Vincent Michelot les exprime pourtant d'une façon assez proche et laisse transparaître un changement d'envergure dans la politique internationale des États-Unis. Cependant, Vincent Michelot se veut extrêmement prudent:

    «Je crois qu'il faut s'abstenir totalement, a fortiori dans le cadre de l'administration Trump, de faire toute forme de projection sur ce que pourrait être la politique de l'administration Trump vis-à-vis de la Russie, mais vis-à-vis aussi de l'Iran ou de la Corée du Nord, de l'Arabie saoudite ou du Qatar.»

    Contrairement au professeur de Science Po, l'historienne Anne Kraatz envisage la future politique américaine, notamment sur le dossier iranien qu'elle considère comme l'explication première du remplacement de Rex Tillerson par Mike Pompeo:

    «Je crois que la préoccupation de M. Pompeo, qui rejoint celle de M. Trump, c'est avec l'Iran. Il faut un homme à poigne pour convaincre les signataires d'exercer une pression beaucoup plus forte sur l'Iran qu'auparavant. Et on a vu déjà cela se dessiner par les propos de Trump lui-même. Pour le reste, j'ai l'impression que Monsieur Pompeo se révélera, peut-être, être assez pragmatique.»

    Rappelant qu'il a été choisi par Trump avant tout parce qu'il imposera une diplomatie forte, Anne Kraatz pense que si la première cible sera l'Iran, les premiers concernés seront les alliés des États-Unis qui ne partagent pas la vision de Trump sur ce dossier, donc l'Allemagne et surtout la France. Mais outre les répercussions pour les partenaires des États-Unis, les changements opérés par Donald Trump vont impacter en premier lieu le Département d'État, d'après Anne Kraatz:

    «Sous la direction de Monsieur Pompeo, il est possible que le Département d'État reprenne des couleurs, qu'il avait beaucoup perdu avec les coupes sombres que Tillerson avait faites dans le personnel. Et en même temps, il est aussi possible que le Département d'État devienne une institution très diminuée et plus ou moins sous la coupe de la communauté du renseignement (CIA et FBI).»

    S'il faudra scruter les premières décisions et annonces de Mike Pompeo à la tête du Département d'État américain afin de savoir si ce service va ressurgir ou perdre en influence, Vincent Michelot s'inquiète que ces démissions et ces nominations permettent une unité de pensée sérieuse entre le Président, le Secrétaire d'État et la nouvelle directrice de la CIA:

    «Ce qu'on peut dire très clairement c'est que le Président Trump, aujourd'hui, est en train d'évacuer ou d'expulser de la Maison-Blanche et de son équipe de conseillers proches tous ceux qui présentaient des désaccords avec sa vision du monde […], des désaccords de stratégie et de fond sur la politique des États-Unis.»

    Et d'ajouter:

    «S'il y a une forme d'unanimisme, a fortiori, autour d'un Président qui est lui-même imprévisible et qui a peu de valeurs ou de hiérarchie et qui est totalement déterminé par des priorités qui sont plutôt personnelles que politiques, stratégiques, idéologiques ou conceptuelles, on arrive finalement à un exercice du pouvoir qui devient quasiment autocratique.»

    Si Vincent Michelot préfère ne pas s'exprimer sur Gina Haspel, Anne Kraatz livre son opinion personnelle sur la directrice de la CIA désignée par Donald Trump, très controversée:

    «À titre personnel, la nomination de Gina Haspel comme directrice de la CIA n'est pas très glorieux pour les États-Unis d'avoir nommé cette personne. Une personne qui a participé, ou été présente à des scènes de tortures, ce n'est pas très glorieux. J'espère, comme beaucoup d'Américains, qu'il n'y aura pas de raison d'avoir une guerre qui permette à des officiels américains de torturer qui que ce soit.»

    Rappelons pour conclure que si Donald Trump a nommé Mike pompeo à la tête de la diplomatie américaine et Gina Haspel comme nouvelle directrice de la CIA, ces deux fidèles devront tout d'abord être auditionnés par le Sénat. Et c'est ce dernier qui entérinera —ou pas- la décision du Président des États-Unis.

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    Tags:
    Rex Tillerson, Mike Pompeo, États-Unis
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