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    Pourquoi l’affaire Skripal ferait bien l’affaire… de la Tunisie

    Pourquoi l’affaire Skripal ferait bien l’affaire… de la Tunisie

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    Safwene Grira
    Affaire Skripal (126)
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    Le torchon brûle entre la Russie et la Grande-Bretagne? Tant mieux, jugent de nombreux citoyens tunisiens, qui espèrent que le ping-pong d’invectives ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Un enjeu de sécurité nationale tunisienne en cause? Presque…

    Alors que les ambassades tunisiennes à Londres comme à Moscou se contentent de faire du «reporting» à leur hiérarchie sur la dégradation des relations entre la Russie et la Grande-Bretagne, des Tunisiens spéculent, non sans une pointe d'humour, sur des contrastes qui éclateraient au grand jour. Un calcul qui est loin d'être complètement désintéressé.

    «Jamais, si ce n'est pendant la guerre de Crimée, à laquelle ils ont pris part, les Tunisiens ne s'étaient sentis autant impliqués par un rebondissement géopolitique majeur engageant la Russie et la Grande-Bretagne», ironise Kais Helal, professeur d'histoire, à Sputnik.

    Quand l'affaire Skripal éclata au grand jour, début mars, peu de journaux et sites d'information locaux s'en firent l'écho. On retint bien, toutefois, dans les rubriques «International», l'histoire de cet agent double russe exilé au Royaume-Uni, Sergueï Skripal, retrouvé inconscient avec sa fille sur un banc public de Salisbury. Les accusations des Britanniques à l'endroit des Russes puis la contre-attaque de ceux-ci… autant de «détails» passant à la trappe de l'actualité dans ce pays paisible qui cultive son potager depuis Bandung.

    Un détail, cependant, en fait sortir quelques-uns de cette torpeur. L'annonce par Londres que la famille royale ainsi que les officiels britanniques boycotteront la Coupe du Monde, qui se tient l'été prochain en Russie.

    Du côté des Tunisiens, qui partagent le même groupe avec les Anglais, c'est un enjeu de sécurité nationale… ou presque. Pour des internautes qui scrutent, avec la plus minutieuse des espiègleries, ces rebondissements, il faut absolument que les Anglais franchissent le Rubicon en s'abstenant de franchir la mer Baltique.

    Un cas inédit lequel s'il se produisait, renforcerait grandement les chances de la sélection nationale tunisienne. En Tunisie, certains en sont déjà au recomptage des points qui les séparent du second tour.

    «Une simple victoire sur le Panama suffirait pour qu'on se qualifie pour le second tour», espère Hedi Oueslati, professeur d'espagnol à la retraite.

    Le blogueur égyptien Mostafa Ragheb, abonde dans le même sens, non sans quelque amertume. En effet, son pays pourrait plus difficilement compter sur une sortie fracassante de la Russie, tête du groupe A.

    Il faut regarder la moitié pleine du verre: si l'Angleterre boycotte effectivement la Coupe du Monde, alors la Tunisie est assurée de monter au second tour, puisqu'elle se retrouvera avec la Belgique et le Panama uniquement.

    Sur les ondes de la radio privée Shems FM, l'équipe de la matinale, particulièrement suivie, s'en était donnée à cœur joie. Et pourquoi pas souffler sur les braises, suggérait, avec humour, l'animateur.

    -Cette querelle russo-britannique, moi je voudrais bien que ça prenne encore plus d'ampleur
    — Tu veux t'assurer de la qualification au second tour, c'est cela?
    — On va appeler dans les prochains jours l'ambassade de Russie en Tunisie, en leur disant que la conduite des Anglais à votre égard est inacceptable, et qu'il faudrait les empêcher de prendre part à la coupe du Monde.
    — Autant, dans ce cas, prévoir un sit-in devant l'Ambassade de Russie en Tunisie. On leur mettra de la pression.

    Un scénario inespéré, somme toute, pour les supporters tunisiens, qui n'en sont pas aux premières supputations surnaturelles.

    ​Qualifiée, non sans difficulté, à l'édition 2018 de la Coupe du Monde, la Tunisie s'est trouvée coincée entre les Diables rouges belges et les Trois Lions anglais, qui font office de grands favoris de ce groupe G. Les poulains de Nabil Maaloul cultivent néanmoins l'espoir de se qualifier, pour la première fois de l'histoire du football tunisien, au second tour. Après une première participation, en 1978 en Argentine, où la sélection tunisienne a manqué de peu cet exploit, il fallut attendre 20 ans avant de retrouver la Coupe du Monde. Bien qu'ils se démenèrent courageusement, le baptême vira au bizutage, avec un 2: 0 infligé par… les Anglais.

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    Tags:
    Sergueï Skripal, Tunisie, Russie
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