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    Un partisan de l'opposition pour l'Union pour la Démocratie et le Progrès social (UDPS)

    RDC: sans sépulture 14 mois après sa mort, le leader de l’opposition hante Joseph Kabila

    © AFP 2018 Junior D. Kannah
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    Safwene Grira
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    Décédé il y a 14 mois, Etienne Tshisekedi, leader de l’opposition congolaise, n’est toujours pas enterré. L’opposition et le pouvoir se rejettent les responsabilités, sur fond de contexte politique explosif dans le pays. Le rapatriement de la dépouille du «sphinx» pourrait-il mettre le feu aux poudres?

    En République démocratique du Congo (RDC), le départ du président Joseph Kabila ne cesse d'être reporté. Les obsèques de son principal opposant, aussi. Décédé le 1er février 2017 à Bruxelles, Etienne Tshisekedi n'a toujours pas rejoint la terre de ses ancêtres, et c'est dans un funérarium de Bruxelles que sa dépouille «repose». Le corps a été embaumé de sorte qu'il puisse tenir pendant une quinzaine de jours. À l'époque, on pensait le rapatriement imminent.

    L'été dernier, pourtant, on annonçait qu'après moult tractations, les autorités congolaises et la famille politique et biologique du défunt étaient parvenues à régler leurs différends. La dépouille serait ainsi exposée au siège du Parlement. L'inhumation devrait suivre, dans une concession appartenant à la famille, située à Nsele, une commune dans l'Est de Kinshasa.

    Depuis, c'est «le silence radio» de la part des autorités, regrette dans une déclaration à Sputnik, Michee Mulumba de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), le parti d'Etienne Tshisekedi,

    «Nous sommes tributaires du pouvoir pour organiser l'enterrement. Il est impossible de procéder au rapatriement, en l'absence de l'accord donné par le gouvernement. On aura besoin de l'apport de l'État, ne serait-ce que pour contenir la foule qui viendra rendre hommage au défunt», a déclaré Michee Mulumba, assistant et attaché de presse de Felix Tshisekedi, fils d'Étienne et candidat à sa succession à la tête du parti.

    En juillet 2016, de retour à Kinshasa après un séjour médical de deux ans à Bruxelles, Etienne Tshisekedi avait eu droit à un accueil triomphal. Des dizaines milliers de Congolais bordaient la route qui séparait l'aéroport de son fief de Limete, dans la capitale Kinshasa. Pour un pouvoir en perte de légitimité, dans un contexte marqué par une grave crise politique et sécuritaire, autoriser le rapatriement de Tshisekedi, c'est prendre le risque d'un soulèvement populaire, estime Michee Mulumba. En outre,

    Le rapatriement de la dépouille de Tshisekedi peut constituer un élément fédérateur pour une opposition politique morcelée. Tant la stature, la symbolique que le rôle historique de Tshisekedi feront que l'opposition se regroupera contre (le Président Joseph) Kabila», souligne de son côté, Siaka Coulibaly, analyste politique burkinabè, spécialiste de l'Afrique subsaharienne, dans une déclaration à Sputnik.

    Une mission post-mortem, somme toute, pour celui qui se faisait appeler «Le Sphinx de Limete», dont on craint qu'il renaisse de ses cendres à l'occasion de son dernier voyage. Icône de la vie politique congolaise, Etienne Tshiskedi avait eu tout sauf un parcours linéaire.

    Tour à tour baron du régime Mobutu, puis opposant à celui-ci, avant de renouer avec le Léopard du Zaïre au début des années 90 et jusqu'à la fin de son règne, en occupant trois fois le poste de Premier ministre. Il sera, ensuite et jusqu'à sa mort, un farouche opposant des Kabila, père et fils, se proclamera «président élu», en 2011, après qu'un scrutin présidentiel contesté l'a placé en deuxième position derrière Kabila, Joseph de son prénom. Quelques jours avant sa mort, il était pressenti pour le poste de Premier ministre, qui serait dévolu à un membre de l'opposition conformément à un accord politique signé le 31 décembre 2016.

    Du côté du pouvoir, on décrie «l'instrumentalisation politique» de la mort du leader de l'opposition, tout en assurant que la décision de le rapatrier revient à ses proches. Pourtant, assure Michee Mulumba à Sputnik, des conditions politiques préalables au rapatriement de Tshisekedi ne sont plus à l'ordre du jour. Cela n'a pas toujours été le cas. Quelques jours après la disparition du leader de l'opposition, des cadres du parti exigeaient que son fils hérite du poste de Premier ministre pour lequel était pressenti son père. à la question de savoir si l'opposition assumait une partie de responsabilité en jouant la carte de la politisation, Siaka Coulibaly estime qu'

    «On peut voir les choses sous cet angle, certes. En même temps, il apparaît difficile de dépolitiser Tshisekedi même après sa mort, étant donné la stature dont il bénéficie. Il est difficile de ne pas considérer sa mort et son enterrement, comme politiques.»

    Le climat politique est extrêmement tendu en RDC depuis que le dernier mandat de Joseph Kabila est arrivé à son terme, en décembre 2016. Le pouvoir a argué d'obstacles techniques empêchant la tenue d'élections. L'Accord de la Saint-Sylvestre, signé le 31 décembre 2016, prévoyant des élections pour la fin de l'année 2017, n'a pu également être respecté, alimentant encore plus les tensions. L'opposition accuse le régime de recourir à des atermoiements pour maintenir Kabila à la tête du pays.

    «On peut craindre que tant que les élections n'auront pas eu lieu, il n'y aura pas de rapatriement de la dépouille de Tshisekedi, les deux évènements étant liés», conclut Coulibaly.

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    Tags:
    opposition, Joseph Kabila, République démocratique du Congo (RDC)
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