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    Boris Johnson et Theresa May

    Face aux critiques sur l’affaire Skripal, May s’incline, Johnson fulmine

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    Elliot Lelievre
    Affaire Skripal (109)
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    Au Royaume-Uni, l’unité nationale autour de l’affaire Skripal s’étiole. À l’instar des instances internationales, le chef du Labour, Jeremy Corbyn, demande des preuves avant de s’en prendre à Moscou. Réaction de Londres : lâcher du lest dans l’arène internationale tout en maintenant sa rhétorique agressive dans les médias.

    La réponse de l'Union européenne à l'affaire Skripal s'organise. Berlin et Varsovie rejoignaient le 19 mars Londres sur le besoin d'apporter une réponse ferme à l'empoisonnement de l'ex-agent double au service du MI6.

    Pourtant, les doutes se font grandissants quant à la culpabilité russe dans cette affaire, y compris en Angleterre, à l'image de Jeremy Corbyn, chef de l'opposition, qui estimait dans The Guardian que «des comptes doivent être demandés aux autorités russes sur la base de preuves». à sa manière, le leader de l'opposition britannique a, condamné l'usage de la menace en estimant que

    «se précipiter sans attendre les preuves réunies par la police dans une atmosphère parlementaire enfiévrée ne sert ni la justice ni notre intérêt national.»

    Et si même au sein du Labour la position de Jeremy Corbyn fait l'objet de critiques, l'unité nationale commence à se fissurer du fait de l'absence de preuves apportées par Theresa May contre la Russie, couplée à un discours très agressif vis-à-vis de Moscou. Dès le début de l'enquête et bien avant d'avoir la certitude de la culpabilité de Moscou, le gouvernement britannique avait en effet blâmé la Russie pour l'attaque contre M. Skripal, dans des termes extrêmement véhéments et peu conformes au langage diplomatique.

    Mais il semblerait qu'au fil du développement de l'affaire, le gouvernement britannique adopte deux positions bien distinctes. D'une part, les déclarations incendiaires à l'égard de Moscou se poursuivent, comme celles de Boris Johnson qui affirmait le 18 mars que la Russie s'était procuré des armes chimiques «très probablement dans le but de commettre des assassinats» ou du ministre de la Défense qui invitait la Russie à «partir et à la fermer».

    D'autre part, le Royaume-Uni semble avoir changé de stratégie dans les grandes instances internationales. Fini le langage incendiaire et les accusations. Face au manque de preuves présentées, le Royaume-Uni est embarrassé. Et il y a de quoi, puisque Londres a dans un premier temps usé des ultimatums plutôt que de respecter les procédures prévues, ce que Vassili Nebenzia, le délégué de la Russie au Conseil de sécurité des Nations Unies a qualifié de «menace contre un État souverain».

    Lors de la réunion du Conseil de sécurité pour traiter de ce sujet le 14 mars dernier, M. Nebenzia rappelait que la Fédération de Russie avait envoyé une note demandant «des échantillons [de l'agent toxique] ainsi qu'une enquête conjointe» et que ce n'était «pas une option, mais une obligation» selon la Convention de l'Organisation pour l'Interdiction des armes chimiques (OIAC).

    Au final, Londres s'est pliée à son obligation de coopérer avec l'OIAC, mais refuse toujours toute perspective d'enquête conjointe avec Moscou: les échantillons supposés incriminer la Russie sont donc transmis à l'instance internationale, mais pas à aux autorités russes… qui finiront tout de même par les examiner sous la férule de l'OIAC. Elles disposent d'ailleurs, selon le droit international, de 10 jours pour apporter des clarifications aux accusations portées contre elles.

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    OIAC, Union européenne (UE), Sergueï Skripal, Jeremy Corbyn, Royaume-Uni, Pologne, Allemagne, Russie
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