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    Le crash de Boufarik

    Le crash de Boufarik dû à la vétusté des avions militaires algériens, vraiment?

    © AP Photo / Anis Belghoul
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    Safwene Grira
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    La plus grande catastrophe aérienne qu’a connue l’Algérie est vécue avec beaucoup d’émotion et de colère chez des Algériens, qui pointent la vétusté de leur flotte militaire. Akram Kharief, expert algérien en sécurité et défense, fait le point sur cette question.

    257 morts. Tel est le terrible bilan de la pire catastrophe aérienne qu'ait connue l'Algérie. Après le crash de Boufarik, une commune située à quelque 35 kilomètres d'Alger, le président Abdelaziz Bouteflika a décrété trois jours de deuil.

    Les condoléances ont fusé de partout, y compris du Royaume chérifien, après que les médias marocains eurent été intrigués par la présence d'une trentaine de Sahraouis à bord de l'avion. Devant l'ampleur de la catastrophe, les journaux marocains se sont toutefois gardés de corréler, comme en 2017, les crashs à la vétusté présumée des équipements militaires en Algérie.

    ​Avions de transport militaires, hélicoptères, avions de chasse… des crashs, il y en a eu une vingtaine au cours des dix dernières années en Algérie. Les Algériens eux-mêmes sont de plus en plus sensibles à la thèse selon laquelle leur flotte aérienne n'est pas au point. La pire catastrophe aérienne de l'histoire de l'Algérie jette bien sûr de l'huile sur le feu.

    «De vieux avions algériens (…) Probablement qu'ils ne sont pas adaptés au vol»

    «De vieux avions, un vieux régime, de vieux généraux, un président invalide…»

    Pour Akram Kharief, consultant algérien spécialiste des questions de défense et de sécurité, corréler l'ensemble des crashs à la vétusté des appareils relève du raccourci. Il explique, à cet effet, que

    «l'Algérie étant un vaste pays, exposé au danger du terrorisme, il s'en suit une surutilisation des engins, aussi bien pour transporter des troupes que pour patrouiller. Or, plus d'heures de vol impliquent, forcément, plus de risques», a analysé Kharief pour Sputnik.

    Dans une étude qu'il avait menée en 2017 et publié sur son site Mena Défense, Akram Kharief a relevé que près de 40% des accidents aériens provenaient, en effet, d'erreurs humaines.

    Par ailleurs,

    «Les pannes techniques et les problèmes de maintenance ont causé 35% des accidents. Elles concernent essentiellement les accidents de 4 Mig 29 et d'hélicoptères», disait-il alors dans ce rapport.

    La majorité des crashs au cours de la décennie noire de l'aviation algérienne a été, en effet, le fait d'avions de chasse et d'hélicoptères.

    «Dans les années 2000, il y a eu des crash de plusieurs avions de chasse qui étaient achetés en seconde main, donc assez vieux. Les hélicoptères qui sont pour les experts une aberration aérodynamique, sont plus susceptibles de crasher que les avions. Sachant que les hélicoptères sont eux-mêmes exposés à la surutilisation comme à la vieillesse, quoiqu'ils aient été renouvelés d'ailleurs», a poursuivi Kharief.

    Il en va autrement des avions de transport. «C'est la flotte qui a été le moins renouvelée», contrairement aux avions de chasse, les hélicoptères et même aux avions d'entraînement.

    Toutefois, du haut de leur trente ans, et quoique très utilisés, la quinzaine d'Iliouchine dont dispose l'armée algérienne ne sont pas, pour autant, hors d'état de voler.

    «Ces avions demeurent robustes et très bien entretenus, avec une maintenance irréprochable, que ce soit en Algérie ou en Russie. Ce sont les vraies bêtes de somme de l'armée algérienne. Ils volent tous les jours depuis trente ans. C'est l'équivalent de vrais avions de ligne. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard, si les accidents de la flotte de transport ont concerné davantage les engins occidentaux que russes», compare l'expert algérien.

    Aucun résultat n'a été communiqué, pour l'heure sur les causes de cet accident. Les informations font état d'un moteur qui a pris feu peu après le décollage de cet appareil, de type Iliouchine IL-76. La thèse de la surcharge de l'avion, un temps avancée par certains médias se référant à une capacité maximale de 225 passagers, est exclue par Kharief, qui précise que

    «Cette limite de 225 passagers est valable pour sa configuration en mode avion de ligne, pas en mode transporteur militaire! Là, avec des banquettes métalliques, sa capacité dépasse les 300 personnes! C'est carrément un avion qui a une capacité de 47 tonnes. C'est-à-dire qu'il peut, théoriquement, transporter 470 personnes de 100 kilos chacune», a conclu le consultant algérien.

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    Tags:
    crash d'avion, Algérie
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