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    Loi Asile et immigration: Fronde ou frondinette chez les députés LREM?

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    Elliot Lelievre
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    L'Assemblée nationale a voté le projet de loi Asile et immigration le 22 avril dernier. Débattu et controversé, le texte a fait apparaître les premières fissures au sein de la majorité. 15 députés LREM se sont abstenus ou ont voté contre. Frédéric Saint Clair, écrivain et ancien conseiller de Dominique de Villepin, a livré ses réactions à Sputnik.

    La fronde contre Emmanuel Macron sur la loi Asile et immigration est dans tous les médias depuis que le député Jean-Michel Clément a annoncé quitter le groupe parlementaire de La République en marche le 22 avril dernier.

    Un mauvais présage pour Emmanuel Macron selon Frédéric Saint Clair, écrivain et ancien conseille de Dominique de Villepin, qui déclarait au micro de Sputnik:

    «Quand vous avez une fissure dans le mur, vous ne savez jamais jusqu'où elle va aller mais elle peut couper le mur en deux. Aujourd'hui, l'exécutif n'a pas envie de voir le mur tomber et on se demande comment on peut resserrer les rangs.»

    Pourtant, à y regarder de plus près, la fronde en question est restée extrêmement circonscrite. Au sein du parti gouvernemental, seuls 14 députés ont fait le choix de l'abstention et aucun n'a emboité le pas à M.Clément sur un total de 312 élus que compte le groupe parlementaire. Ce sont donc moins de 5% des députés de la majorité qui ont signifié leur désaccord par un vote.

    Un chiffre que Frédéric Saint Clair reconnaît comme étant «anecdotique» mais qui montre tout de même des réticences à suivre le leader d'En Marche, un an après son élection.

    ​Chez les alliés du gouvernement, le projet de loi Asile et immigration est plus contesté mais même dans le parti de François Bayroux, la fronde ne représente qu'à peine 20% des voix. 8 élus du Modem ont choisi de s'abstenir tandis qu'une députée a fait le choix de voter contre. Il s'agit de Nadia Essayan, députée du Cher, elle-même réfugiée, qui dénonçait à l'Assemblée l'oubli de la «détresse humanitaire» des migrants.

    ​Peut-on réellement parler de fronde si seulement deux élus de la majorité ont fait le choix de s'opposer frontalement au gouvernement? Oui, répond Frédéric Saint Clair.

    «Il y a quelque part le début d'un désaccord assez profond d'une partie de sa majorité. Ce qui va être intéressant va être de suivre la forme que prendra cette fronde […] si elle va rejoindre ce qu'on a vu sous Hollande, ce qui est la hantise d'Emmanuel Macron, ou si elle va prendre d'autres formes car il y a plusieurs façon de faire capoter des projets.»

    Après tout, beaucoup de députés qui s'étaient prononcés publiquement contre le projet de loi sur l'asile et l'immigration ont soit fait volte-face, soit se sont abstenus. Sans compter que certains, à l'image du député Matthieu Orphelin, ont fait part de leur opposition à ce texte tout en réaffirmant leur engagement au sein de la majorité.

    La recherche de compromis du gouvernement, qui a organisé des rencontres entre les élus mécontents et le ministère de l'Intérieur, ainsi que la fermeté montrée par Richard Ferrand, président du groupe LREM à l'Assemblée Nationale, semblent avoir permis de faire rentrer dans le rang les réfractaires.

    ​Dans la semaine précédant le vote, M. Ferrand avait en effet fait plusieurs sorties médiatiques pour faire pression sur ses députés. Le 10 avril, lors d'une réunion interne, il avait expliqué que «s'il faut casser des œufs, [il] le ferait». Le président du groupe LREM s'était montré plus explicite, comme le rappelait Le Parisien:

    «Si s'abstenir était un pêché véniel, voter contre un texte était un pêché mortel qui méritait l'exclusion», avait également déclaré Richard Ferrand.

    ​Chez La République en marche, l'opposition à la loi est restée cantonnée à l'aile gauche du parti. Sur les 14 députés abstentionnistes, plusieurs sont issus de la gauche et de l'écologie politique. C'est par exemple le cas de Delphine Bagarry et de Stella Dupont, qui avaient ainsi été investies par le PS aux législatives avant de se rallier à Emmanuel Macron. Matthieu Orphelin, François-Michel Lambert et Albane Gaillot étaient quant à eux proches des écologistes. Cela n'étonne en rien l'ancien conseiller de Dominique de Villepin qui expliquait:

    «Je pense réellement que cette position qu'Emmanuel Macron a pris d'un Président ni de droite, ni de gauche, n'est pas tenable, cette obsession du nouveau monde n'est pas tenable […] L'absence d'ancrage politique profond peut créer des incertitudes face à certaines problématiques qui n'ont jamais été pensées à l'avance.»

    On compte également parmi l'opposition à la loi Asile et immigration plusieurs personnalités issues de la société civile et qui ont fait carrière dans le domaine de la santé. C'est le cas de Martine Wonner, Delphine Bagarry, Marie Tamarelle-Verhaeghe et d'Annie Vidal. Parmi ces femmes, trois doctoresses en médecine et une cadre du CHU de Rouen.

    ​Se sentant probablement plus concernés par les problématiques liées à l'asile et à l'immigration, plusieurs députés issus de l'immigration ont également fait part de leurs objections au projet de loi du gouvernement et se sont abstenus malgré les consignes données par M.Ferrand.

    C'est le cas de Sonia Krimi, d'origine tunisienne, qui s'était illustrée en déclarant face au ministre de l'Intérieur que «Tous les étrangers de France ne sont pas des terroristes» lors d'un échange tendu à l'occasion des questions au gouvernement, mais également d'Annie Vidal et d'Aina Kuric aux origines italo-polonaises et malgache respectivement.

    ​Malgré tout, ces députés sont pour l'instant restés dans ce que l'on pourrait appeler une opposition constructive. Comme l'expliquait Delphine Bagarry, il n'y avait de volonté d'enliser les débats de leur part mais plutôt «de faire s'interroger le groupe [parlementaire]».

    Mais, de l'avis de M.Saint Clair, le temps pourrait ne pas jouer en la faveur d'Emmanuel Macron:

    «Au fil du temps, ces désaccords [entre l'exécutif et les députés de la majorité] croissent. Nous sommes quand même dans une dynamique de clivage. Et comme cette majorité n'a pas d'enracinement partisan profond comme pouvaient l'avoir les partis traditionnels de droite et de gauche, on vise l'éclatement de la majorité.»

    Ainsi, lorsque les discussions se sont éternisées pour débattre des 1000 amendements déposés, le groupe LREM a demandé à ses élus de réduire le nombre d'orateurs et la majorité des députés ayant déposé un amendement ont renoncé à leur temps de parole, à l'image de Delphine Bagarry qui déclarait qu'ils avaient «joué le jeu, mais ça fait partie des frustrations».

    ​Des frondeurs light pour une frondinette donc?

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    Tags:
    loi, immigration, Assemblée nationale française, Emmanuel Macron
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