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    Montagnes vues depuis Téhéran

    Rupture Rabat-Téhéran: le Sahara occidental en toile de fond, les USA en filigrane

    © Sputnik . Vladimir Fedorenko
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    Safwene Grira
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    Les Marocains ont approuvé massivement la rupture des relations entre leur pays et l’Iran, confirmant que l’intransigeance gouvernementale sur la question sahraouie s’adossait bien à un sentiment populaire. Les Algériens, alliés des Sahraouis, se montrent plus sceptiques.

    Au Maroc, on ne badine pas avec la question du Sahara occidental. Quelques heures après l'annonce de la rupture des relations diplomatiques avec Téhéran, accusé de soutenir militairement les «séparatistes» du Front Polisario, les réactions d'approbation ont fusé de partout au Maroc, médias et réseaux sociaux confondus.

    «Un expert marocain révèle la preuve du lien entre le Hezbollah et le Polisario»

    Les Marocains ont approuvé massivement la rupture des relations avec l'Iran, confirmant que l'intransigeance gouvernementale sur la question sahraouie s'adossait bien à un sentiment populaire, celui de «la marocanité du Sahara», lequel revendique un référendum d'autodétermination, alors que Rabat n'est pas prêt à aller au-delà d'une autonomie.

    Enfin, le Maroc rompt ses relations avec l'Iran, ces traîtres. Non aux chiites parmi nous. Dieu préserve le Maroc, sa population et son Roi. Que Dieu préserve la stabilité, la sécurité et la paix (au Maroc). L'ambassadeur (iranien) a été expulsé aujourd'hui, bon débarras!

    «Le Maroc rompt ses relations avec l'Iran

    Le Sahara est marocain
    Dieu, la Patrie, le Roi»

    Le 1er mai, le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, a annoncé la rupture des relations avec Téhéran. Des «preuves irréfutables» et des «données très précises» démontrent, selon Rabat, le soutien miliaire dont aurait bénéficié le Front Polisario, à travers le Hezbollah, mouvement chiite libanais allié de Téhéran, et l'implication de l'ambassade de Téhéran à Alger pour livrer des armes de pointe, notamment des missiles Sam 9, Sam 11 et Strella.

    Pour les Algériens, alliés traditionnels des Sahraouis au nom du principe d'autodétermination des peuples, l'affaire est beaucoup moins évidente. Pour l'expert algérien en sécurité militaire, Akram Kharief, les preuves fournies par le chef de diplomatie marocaine sont «contestables» à plus d'un titre:

    «Le Hezbollah, pas plus que l'armée libanaise, ne disposent de missiles Sam 11. Par ailleurs, je trouve cela un peu curieux que le ministre marocain parle de missiles Sam 9 ET Strella puisque c'est… La même chose. Le Sam 9 c'est juste le châssis BRDM en plus», a précisé l'expert en sécurité militaire à Sputnik.

    Réagissant aux allégations du ministre Bourita sur le rôle logistique fourni par l'ambassade d'Iran en Algérie, celle-ci a dénoncé des «allégations mensongères». Akram Kharief estime, pour sa part, qu'il s'agit là aussi, d'une «thèse farfelue». Et pour cause,

    «Quiconque connaîtrait les locaux de l'ambassade d'Iran à Alger, saurait qu'il est pour le moins très compliqué d'y stocker des missiles! Du reste, une livraison de missiles en Algérie, c'est du n'importe quoi, tout est visible, tout est monitorable en Open source sur le net, tant pour les navires que les avions qui débarquent en Algérie», a précisé Kharief, qui dirige le site spécialisé Menadefense.

    Alger n'a pas encore réagi officiellement à ces accusations, les Unes des médias algériens semblaient bouder, mercredi, l'incident. «La plupart des journaux ont bouclé avant l'annonce marocaine. Mais le fait que les autorités n'ont pas encore réagi y est aussi pour quelque chose», confie à Sputnik une journaliste algérienne, en précisant que «souvent des médias publics algériens ne veulent pas tomber dans le jeu de la provocation. D'autant plus que côté marocain, les provocations sont légion!»

    Sur les sites d'informations, en revanche, la position marocaine est amplement discréditée, ses véritables motivations interrogées. «Le Maroc a voulu, comme d'habitude, impliquer l'Algérie», titre Echoroukonline. Le premier journal francophone algérien, TSA, relève pour sa part une «coïncidence troublante».

    «Au lendemain d'une intervention du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou affirmant qu'Israël disposait de "preuves concluantes" d'un programme secret iranien pour se doter de l'arme nucléaire, le ministre marocain des Affaires étrangères utilisait le même langage pour mettre en cause Téhéran dans une autre affaire (…)», écrit Lounes Guémache, par ailleurs responsable de la rédaction, en accusant le Maroc de jouer le jeu des États-Unis en s'attirant ses faveurs à 6 mois d'un nouvel examen de la question sahraouie par le Conseil de sécurité des Nations unies.

    Une thèse qui rejoint celle du Hezbollah, évoquant dans son démenti, des pressions américaines israéliennes et saoudiennes. Quelques Marocains, non moins attachés à la «marocanité du Sahara», adhèrent aussi à la thèse.

    ​Sans se résoudre à y voir une «conséquence d'un alignement forcé sur les positions des États-Unis et d'Israël sur le dossier du nucléaire iranien», le journaliste marocain Ali Amar, tempère dans le journal indépendant Le Desk.

    «En réalité, c'est davantage pour le Maroc une manière de ne pas s'aliéner l'administration Trump sur la question devenue brûlante du Sahara occidental en assimilant le Polisario au mouvement chiite libanais, catalogué par Washington de terroriste»

    Une décision «strictement marocaine», se défend pourtant, sur sa page Facebook, le Premier ministre marocain, Saad Dine El Otmani.

    La décision prise aujourd'hui par le Maroc de rompre ses relations avec l'Iran est une décision «strictement marocaine», après que des preuves ont établi qu'il soutient militairement les séparatistes, que ce soit directement ou via le Hezbollah.

    Toutefois, et sans préjudice de ses motivations «strictement marocaines», la rupture des relations avec Téhéran a bien dépassé, par ses conséquences, le cadre bilatéral, à en croire les réactions régionales.

    Peu après l'annonce de Nasser Bourita, des messages de soutien ont fusé en provenance des pays du Golfe, hostiles à l'Iran. Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Bahreïn et même le petit Émirat du Qatar, pourtant le moins «iranophobe» parmi les pétromonarchies du Golfe, tous ont salué la décision marocaine et exprimé leur refus de toute ingérence dans ses affaires internes.

    ​«Je suis Marocain et je salue la position du Qatar qui a exprimé sa solidarité avec nous. Ce qui atteste de l'intelligence de ses dirigeants et de la modération de sa politique étrangère», dit cet internaute.

    Par ailleurs, l'annonce du 1er mai confirme une certaine coïncidence entre les courbes des relations Maroc-Iran et Etats-Unis-Iran.

    Rabat
    © Sputnik . Natalia Seliverstova
    Après la dernière rupture 2009, intervenue à une époque où l'Iran était cloué au pilori international, le dégel des relations s'opéra à partir de 2015, avec la nomination d'un ambassadeur iranien à Rabat, suivi quelques mois plus tard, de la nomination d'un ambassadeur marocain à Téhéran. Une reprise concomitante du retour de l'Iran sur la scène internationale, après la signature d'un accord sur le nucléaire en 2015. La nouvelle rupture des relations intervient alors que le ton monte, contre «le régime des Mollahs», du côté de la nouvelle administration américaine, qui entend remettre en cause l'accord sur le nucléaire iranien.

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    Tags:
    crise, Téhéran, Rabat
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