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    Emmanuel Macron et Benjamin Netanyahu

    Face à un Netanyahu offensif, la trouble posture de Macron sur l’Iran

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    Louis Doutrebente
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    Que va répondre «Emmanuel» aux intransigeances de «Bibi» sur l’Iran? Si le motif officiel de la visite du Premier ministre israélien est culturel, les tensions moyen-orientales seront au cœur des échanges étatiques ce mardi 5 juin. Et ce n’est pas Gaza qui devrait en être le point d’orgue, mais bien l’Iran et sa puissance «hégémonique». Analyse.

    Le lancement de la Saison France-Israël 2018 a lieu officiellement ce mardi 5 juin. Au-delà de l'inauguration d'une exposition présentant l'innovation israélienne au Grand Palais, la France et Israël souhaitent la rencontre de leurs deux modèles respectifs, la «French Tech» et la «Start up nation». Si cette saison 2018 aborde de nombreux thèmes comme l'économie et l'éducation, les sciences, le design ou encore le théâtre et le cinéma, elle ne peut se résumer à de simples considérations économiques et culturelles.

    En effet, l'enjeu entre la France et Israël, entre Macron et Netanyahu est ailleurs et les échanges devraient être avant tout politiques et géopolitiques. En effet, le Premier ministre israélien rencontre ce 5 juin Emmanuel Macron pour aborder deux sujets, bien résumés par «Bibi»: «l'Iran et l'Iran».

    Surfant sur le soutien inconditionnel de son allié américain, les autorités israéliennes s'efforcent cette semaine de faire infléchir la position européenne sur l'Iran. Nonobstant la non-participation d'Israël dans l'accord sur le nucléaire iranien, Benjamin Netanyahu n'a cessé de clamer son aversion au deal passé entre l'Iran et les 5 +1. La nomination de Donald Trump à la Maison-Blanche et sa décision de retirer les États-Unis de cet accord «horrible» le 8 mai dernier ont permis au Premier ministre israélien de remporter une première bataille dans sa guerre —au moins d'influence- contre l'Iran.

    Au lendemain de l'annonce américaine, Benjamin Netanyahu a débuté la seconde phase de son opération contre Téhéran en se rendant à Moscou pour s'entretenir avec Vladimir Poutine; cependant, rien n'a encore filtré de cette rencontre. Cette phase de «containment» diplomatique de l'Iran se poursuit donc cette semaine en Europe. En effet, devant le refus européen de se plier aux injonctions et aux menaces américaines et de dénoncer à leur tour l'accord de Vienne, le rendant totalement caduc, «Bibi» a échangé ce lundi 4 juin avec Angela Merkel. Dénonçant la puissance militaire iranienne au Moyen et au Proche-Orient, et tout particulièrement en Syrie, Benjamin Netanyahu a actionné un premier levier pour tenter d'infléchir la position de la chancelière allemande:

    «L'Iran ne doit pas être autorisé à être militairement présent en Syrie. L'Iran devrait quitter la Syrie, toute la Syrie. […] Cela va déclarer une nouvelle guerre religieuse et cette fois, cela se passera à l'intérieur de la Syrie. En conséquence il y aura beaucoup, beaucoup plus de réfugiés et vous savez où ils se rendront.»

    «Bibi» instrumentalise de manière menaçante la crise des réfugiés de 2015-2016 qui avait considérablement touché l'Allemagne et directement affaibli le crédit politique d'Angela Merkel. En plus de cet avertissement à peine voilé, ajoutons que depuis l'annonce de la réimposition des sanctions, l'Allemagne, 1er partenaire européen de l'Iran, risque de payer un lourd tribut économique, par l'intermédiaire de ses entreprises. Conscient que les derniers évènements jouent en sa faveur, Benjamin Netanyahu s'est même permis une entrevue avec l'ambassadeur américain en Allemagne, qui avait déclaré de manière très diplomatique:

    ​Le Premier ministre israélien débarque donc à Paris sûr de sa force. Si les menaces ne seront peut-être pas de mises face à Emmanuel Macron, son ami qu'il l'appelle «cher Bibi», Benjamin Netanyahu usera d'un autre levier: la position très bancale du «en même temps» macronien.

    En effet, depuis les premières semaines de son bail à l'Élysée, le chef de l'État entretient un discours peu jupitérien. Sa trouble posture est nette: conserver et faire appliquer l'accord de 2015, tout en complétant cet accord par de nouvelles négociations avec l'Iran afin de signer un nouveau pacte. À l'instar d'Angela Merkel, Emmanuel Macron dénonce le risque «hégémonique» de la République islamique dans une région en guerre et où se confrontent quatre candidats au leadership: la Turquie, l'Arabie saoudite, Israël et donc l'Iran. Trois d'entre eux sont soutenus par les États-Unis et leurs alliés européens, le dernier par la Russie. Cet affrontement des puissances régionales et —par leur intermédiaire- des grandes puissances, se joue depuis maintenant de nombreuses années sur le territoire syrien et s'illustre dernièrement par des tirs de missiles échangés entre l'Iran et Israël.

    En dénonçant le programme balistique de Téhéran et sa possible suprématie régionale, le Président Macron, s'il reprend les critiques formulées par Merkel et May fait surtout le jeu des États-Unis et d'Israël. De plus, Emmanuel Macron affaiblit davantage, par son discours ambigu, la position des 4 +1 sur le deal iranien, renforçant parallèlement celle d'Israël. En effet, à l'inverse des déclarations chinoises, russes et donc européennes, la France ne sépare pas clairement l'accord sur le nucléaire iranien des autres sujets de négociation avec Téhéran qu'elle souhaite mettre sur la table.

    Benjamin Netanyahu va donc s'engouffrer une nouvelle fois dans cette brèche à Paris, d'autant plus que les dernières déclarations de l'ayatollah Khamenei ne poussent pas à l'apaisement. En effet, ce dernier ne cesse de rappeler à ses partenaires européens leurs engagements sur l'accord de 2015 en indiquant que si la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni trahissaient leur parole, son pays reprendrait l'enrichissement d'uranium pour son programme nucléaire. De plus, le Guide suprême a repris sa diatribe préférée envers son ennemi ce lundi 4 juin:

    «Notre position contre Israël est la même que celle que nous avons toujours prise. Israël est une tumeur cancéreuse maligne dans la région de l'Asie de l'Ouest qui doit être enlevée et éradiquée: c'est possible et ça arrivera.»

    Bien que cette rhétorique belliqueuse ne soit pas nouvelle, elle risque de jouer diplomatiquement en faveur de Benjamin Netanyahu lors de son court séjour à Paris. «Bibi» apparaît donc bien plus en position de force que notre Jupiter touquettois. Et ce ne sont pas les nombreuses enquêtes de corruption, de fraude ou d'abus de confiance, que subit le Premier ministre israélien dans son pays qui affaibliront ce dernier face à son hôte.

    Mais alors existe-t-il un levier que pourrait utiliser Emmanuel Macron? Le statut de Jérusalem ou la résolution du conflit israélo-palestinien? Sur ce plan, la France, comme le reste de la communauté internationale, ne peut que constater l'action d'Israël et répéter une position qui semble de plus en plus illusoire. En effet, si Paris est en désaccord avec Tel-Aviv sur ces points, son influence réelle est si faible que les sermons présidentiels n'atteignent même plus les oreilles de ce «cher Bibi».

    Quant aux violations, de la part du gouvernement israélien, des Droits de l'Homme ou des résolutions onusiennes, concernant notamment l'augmentation des colonies en territoire palestinien, le sujet va sûrement être évité pour ne pas fâcher l'invité.

    Mais alors, que faire de l'épisode de Gaza? Dire que les deux hommes vont s'entretenir à ce sujet est probable. Mais annoncer que cet échange va apporter un quelconque changement de stratégie ou de méthode de la part des Israéliens serait pour le moins hasardeux. En effet, en réaction aux évènements sanglants du 14 mai dernier, où des dizaines de Palestiniens avaient trouvé la mort à Gaza, Emmanuel Macron avait, certes condamné «les violences des forces armées israéliennes», tout en noyant sa dénonciation dans un verbiage diplomatique.

    Cependant, la presse, qui s'était fait majoritairement l'écho du «drame» palestinien sans évoquer l'implication du Hamas dans le massacre la veille de la Nekba, pourrait presser Emmanuel Macron d'ajouter aux discussions bilatérales la situation de Gaza. Mais de là à offrir à Macron un argument de poids face à Netanyahu? La réalité du terrain ne peut que donner un nouvel avantage au Premier ministre israélien: Jérusalem est de facto la capitale d'Israël, enterrant de fait la «solution à deux États» prônée par la communauté internationale.

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    Benjamin Netanyahu, Emmanuel Macron, Iran, France
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