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Le premier procès autour de possibles effets cancérigènes du Round-up, l’herbicide de Monsanto contenant du glyphosate, s’est ouvert cette semaine aux États-Unis... «J’imagine mal Bayer se laisser faire», estime au micro de Sputnik Paul François, l’agriculteur français qui a réussi à faire condamner Monsanto.

C'est le premier Américain accusant Monsanto d'être responsable de son cancer à pouvoir témoigner lors d'un procès. DeWayne Johnson, 46 ans, atteint d'un cancer en phase terminale, travaillait comme jardinier dans des établissements scolaires et utilisait du Roundup pour désherber, vingt à trente fois par an.

«Au départ mon procès était le seul, j'espérais bien que derrière, ça puisse ouvrir d'autres possibilités», commente Paul François, premier agriculteur français à qui la justice a donné raison face Monsanto.

«C'est une bonne surprise», au vu de la difficulté d'entamer ce genre de procédure, se réjouit l'agriculteur. Deux molécules, deux affaires, mais une même bête noire: Monsanto, récemment racheté par Bayer. Intoxiqué par un produit de la firme américaine, le Lasso, le céréalier charentais mène un long combat judiciaire depuis plus de dix ans. En 2002, Monsanto a été condamné à l'indemniser entièrement, mais a fait appel puis s'est pourvu en cassation… L'année dernière, revirement de situation:

«La Cour de cassation a estimé que le fondement "défaut d'information sur l'étiquette" n'est pas le bon. Le bon serait "produit défectueux". La Cour de cassation nous a renvoyé en cour d'appel et demande à statuer sur ce fondement-là», rallongeant encore la procédure. En attendant, celle qui s'est ouverte cette semaine aux États-Unis pourrait avoir des conséquences sur des centaines, voire des milliers, de procédures judiciaires en cours:

«Si le procès est remporté, ça fera bien évidemment une jurisprudence au niveau international. Si c'est dangereux aux États-Unis, ça le sera dans d'autres pays du monde», estime Paul François, qui attend ses plaidoiries début 2019.

L'avocat du plaignant américain, Timothy Litzenburg, représente des centaines de personnes s'estimant également victimes du glyphosate «Oser cibler un seul produit, c'est osé. Ça voudrait dire que ce cabinet d'avocat a des informations que l'on pas?» s'interroge l'agriculteur français. «Je vois les gens se réjouir, mais ce n'est que le début d'une procédure. Vu l'enjeu économique, j'imagine mal Bayer se laisser faire »

«Je vois la stratégie que va avoir Monsanto […] En France, j'ai bien eu la preuve que c'est bien tel produit qui m'a intoxiqué. […] Pour les gens atteints de la maladie de Parkinson, ou d'un lymphome, on leur dit que c'est une multi exposition, et pas un seul produit».

La principale matière active du Round Up, le glyphosate, fait l'objet de vives controverses scientifiques. Le Centre international de recherche sur le cancer, un organe de l'OMS, l'a classé «cancérogène probable» en 2015, contrairement aux agences européennes, l'Efsa (sécurité des aliments) et l'Echa (produits chimiques).

«Au niveau européen, jusqu'à preuve du contraire, ils ne se basent que sur les informations données par les firmes, en l'occurrence Monsanto. Donc on imagine mal que la firme va donner des informations indiquant que leur produit est dangereux», déplore Paul François.

Malgré les risques, l'usage de pesticide est en augmentation. L'Observatoire national de la biodiversité a publié lundi 18 juin, son rapport annuel. Il fait état d'une hausse de 18% de l'usage de pesticides dans l'agriculture française entre 2009 et 2011, ainsi qu'entre 2013 et 2015. Parallèlement, «l'augmentation des maladies chez les utilisateurs elle est grandissante», constate l'agriculteur.

«On a entend du dire Agnès Byzun, à tribune du Sénat, qu'aujourd'hui il n'y a pas de preuve scientifique entre l'utilisation des pesticides et les pathologies. C'est un déni scientifique très grave», fustige-t-il.

«J'ai pris mes responsabilités, et j'ai attaqué Monsanto. Je suis un simple citoyen. J'attends que le prochain Président de la République prenne les siennes aussi» Le Président Macron «ne les a pas prises très longtemps», estime-t-il.

«Il s'est plié devant les industriels et la FNSEA sur le glyphosate et sur le fond d'indemnisation […] Je suis extrêmement déçu.»

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Tags:
glyphosate, procès, Monsanto
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