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    Plusieurs versions de Wikipédia hors-ligne: l’internet libre et ouvert est-il en danger?

    © AFP 2018 LIONEL BONAVENTURE
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    Mercredi 4 juillet, à la veille de l’examen au Parlement européen de la directive sur le droit d'auteur, la version espagnole de Wikipédia a rendu son site inaccessible, ce qui a surpris des millions d’hispanophones à travers le monde. Giselle Bordoy, chargée des communications à Wikimedia Argentina, a commenté la situation pour Sputnik.

    Cette mesure a été nécessaire pour attirer l'attention des utilisateurs sur les implications que pourrait avoir ladite directive européenne, en cas d'adoption, pour la liberté d'expression, ce qui inquiète beaucoup les défenseurs d'un internet libre, a déclaré à Sputnik Giselle Bordoy.

    «Jusqu'à tout récemment, l'internet a été relativement libre et formé par les gens, mais à présent des compagnies privées veulent contrôler cette liberté pour pouvoir étouffer certaines informations», a expliqué l'interlocutrice de l'agence.

    Et d'ajouter que deux dispositions de cette directive suscitaient une inquiétude particulière.

    Selon Mme Bordoy, c'est en premier lieu l'article 11, qui vise à créer un «droit voisin» pour les éditeurs de presse afin de leur permettre d'être rémunérés pour la reprise de leurs contenus, même partielle. C'est aussi l'article 13, qui prévoit d'obliger les plateformes à filtrer automatiquement les contenus mis en ligne.

    Elle a souligné que ces deux dispositions risquaient de compliquer la tâche des internautes souhaitant mettre à jour les pages de Wikipédia.

    «En théorie, c'est positif, car les médias pourront être rétribués pour toute mention d'eux, mais ce sera aussi des "link tax" [sommes que les plateformes doivent verser aux auteurs pour des reprises partielles de leurs contenus, ndlr]. Il existe toutefois une multitude de médias qui ne pourraient tout simplement pas utiliser cette information», a poursuivi Giselle Bordoy.

    Elle a rappelé que cette initiative avait rencontré la forte désapprobation notamment de 169 enseignants universitaires d'Europe qui ont signalé dans une lettre que la nouvelle directive pourrait limiter un libre échange d'information et n'avantagerait que de gros acteurs dans ce domaine, tout en étouffant les points de vue indépendants. Ils dénoncent les barrières qu'elle instaure à l'accès à internet «en imposant de nouveaux obstacles».

    L'encyclopédie collaborative n'était donc pas disponible dans plusieurs pays européens mercredi 4 juillet pour protester contre la directive européenne sur le droit d'auteur qui pourrait compliquer l'accès et le partage du savoir en ligne. Les partisans d'un internet libre préviennent que, si la directive venait à être approuvée, il pourrait devenir «impossible de partager un article de journal sur les réseaux sociaux ou de le trouver sur un moteur de recherche», et que «Wikipédia elle-même risquerait de fermer».

    On apprend toutefois que les eurodéputés ont rejeté jeudi le projet de réforme du droit d'auteur en Europe, pourtant validé au niveau de la commission parlementaire mi-juin. Après le vote négatif des eurodéputés, le texte sera de nouveau examiné sur le fond lors d'une séance plénière au mois de septembre.

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    Tags:
    examen, vote, députés, droit d'auteur, utilisateurs, médias, liberté, Internet, Wikipedia, Wikimedia, Sputnik, Parlement européen, Giselle Bordoy, Argentine, Europe
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