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    Sommet OTAN: face à la Russie, «une tête gigantesque avec des pieds fragiles»

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    Louis Doutrebente
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    Contribution au budget, augmentation du personnel, développement des structures, nouvelles missions... Les réformes annoncées lors de ce sommet de l’Otan devraient être nombreuses et les discussions pourraient être tendues entre Donald Trump et ses homologues. Mais une caractéristique ne devrait pas évoluer: la fixette russe. À moins que...

    Nouveau sommet de l'Otan ces 11 et 12 juillet 2018 à Bruxelles. Après le rejet de l'accord sur le nucléaire iranien et les taxes supplémentaires sur les produits importés qui avaient entrainé une rocambolesque réunion du G7 au Canada, les diplomaties européennes redoutent de nouvelles difficultés de la part de Donald Trump lors du prochain sommet de l'Otan. Voulant radicalement transformer les relations économiques de son pays avec ses partenaires, le Président des États-Unis risque d'utiliser l'argument de la trop faible contribution des pays membres de l'Otan à son budget pour parvenir à ses fins:

    ​En effet, depuis qu'il a qualifié l'Organisation «d'obsolète» durant sa campagne présidentielle, Donald Trump ne cesse de critiquer le faible investissement budgétaire des pays européens au fonctionnement de l'Otan. Pour rappel, les États-Unis y contribuent à près de 70% du montant total.

    C'est pourquoi le locataire de la Maison Blanche demande à ses partenaires européens d'augmenter leurs dépenses militaires à 2% de leur PIB, tout en mélangeant parfois «dépense militaire nationale» et «contribution au budget de l'OTAN». Quoiqu'il en soit, Donald Trump sera bien le centre de toutes les attentions durant ces deux jours.

    Si ce sommet des chefs d'État devrait réformer l'Organisation, qu'en est-il de sa principale mission? En 2018, plus de 25 ans après la chute de l'URSS, l'Otan justifie encore son existence dans la protection des pays européens face au «démon» russe. Et là encore, le Président américain jouera peut-être un rôle décisif puisqu'il rencontrera Vladimir Poutine dans la foulée, le 16 juillet prochain.
    Donald Trump a d'ores et déjà annoncé la couleur avant de s'envoler pour sa tournée européenne:

    «Il y a l'Otan, le Royaume-Uni […] et il y a Poutine. Franchement, Poutine pourrait être le plus facile de tous. Qui l'aurait pensé…»

    Ayant travaillé à l'Onu et à l'Otan par le passé, le Général (2S) Dominique Trinquand nous livre son analyse à la veille de ce sommet.

    Sputnik France: Alors que Donald Trump n'a cessé de critiquer l'Otan, comment justifier encore son existence en 2018? Ce sommet va-t-il parvenir à redessiner les véritables missions de l'Organisation?

    Dominique Trinquand: «Le premier point est que l'Otan est absolument essentiel pour les pays anciennement membres du Pacte de Varsovie, les pays de l'Est de l'Europe, qui s'accrochent d'abord à l'Otan avant de s'accrocher à l'UE. Notamment parce qu'ils ont assez mal vécu l'occupation soviétique avant les années 90. Ce sont eux qui insistent beaucoup pour cette défense. D'ailleurs ce sont eux qui sont les premiers à faire les efforts. La Pologne est un des rares pays à atteindre les 2% du PIB des forces de défense.

    Ce qui est intéressant dans la perspective du sommet qui va se passer, c'est que, très peu de temps après, il y a un sommet entre les Présidents Trump et Poutine. Et c'est dans cette perspective qu'il faut revoir la relation avec la Russie.

    Je rappelle qu'il y avait un partenariat qui avait été établi entre la Russie et l'Otan et c'est ceci qu'il faut voir plus que la mise en place d'une confrontation avec la Russie et l'Otan, la mise en place d'un partenariat, qui serait vraiment une nouveauté.»

    Sputnik France: Le total des budgets de défense des pays de l'Otan s'élève à 954 milliards de dollars. Celui de la Russie à 66 milliards. Peut-on croire encore que la Russie menace les pays de l'Otan?

    Dominique Trinquand: «En effet, il existe une disproportion entre les moyens consacrés par la Russie à sa défense et les moyens de l'Otan. Mais ces derniers sont une addition des moyens de défense des pays et non pas une utilisation au profit de l'Otan.

    On peut penser que la Russie est une menace pour les pays de l'Otan, dans la mesure où les dernières actions de la Russie, en particulier en Ukraine — qui est, je le rappelle, sur le territoire de l'Europe mais pas dans l'Otan — marque un rapprochement belliqueux vis-à-vis des pays qui sont un peu plus à l'Est comme la Pologne par exemple.»

    Sputnik France: Cette «pacification» entre l'Otan et la Russie peut-elle intervenir par l'action de Donald Trump, qui rencontrera Vladimir Poutine le 16 juillet prochain?

    Dominique Trinquand: «Cela serait une bonne nouvelle s'il le faisait. Je rappelle aussi que c'est ce que les Européens veulent faire. C'est pour cela que les Allemands et les Français sont les premiers à dialoguer avec le Président Poutine à propos de l'Ukraine avec les accords de Minsk.»

    Sputnik France: N'y a-t-il pas une opposition actuellement quant à la stratégie à adopter face à la Russie entre les pays de l'Est, comme la Pologne mais aussi les pays Baltes, et les pays de l'Ouest de l'Europe?

    Dominique Trinquand: «En effet, il y a des positions très différentes. Les pays de l'Est sont plutôt dans une physionomie de confrontation alors que les pays de l'Ouest sont plutôt dans une configuration de rapprochement et de dialogue. Ceci tient essentiellement à nos histoires respectives. On peut dire, d'une certaine façon que, dans les années 90, la chute du mur de Berlin a été une victoire, à l'époque de la course aux étoiles et de l'Otan. Donc aujourd'hui on devrait pouvoir récupérer les dividendes de cette victoire alors que les pays de l'Est ont été bénéficiaires de la chute du Pacte de Varsovie mais ils ne s'en sont pas libérés par eux-mêmes. Donc ils sont dans une situation très différente.»

    Sputnik France: Est-ce que la France à un rôle particulier à jouer lors de ce sommet?

    Dominique Trinquand: «Oui, la France a un rôle particulier à jouer parce que, et elle l'a déjà montré par les rapprochements que le Président Macron a fait aussi bien avec Monsieur Trump qu'avec Monsieur Poutine, qu'elle a une position très gaullienne qui est que la France est entre la Russie et les États-Unis. L'alliance transatlantique est très importante pour la France mais le rapprochement avec la Russie est aussi important. Donc elle a un rôle particulier à jouer et à essayer de rattraper toutes ces occasions perdues depuis les 25 dernières années.»

    Sputnik France: Ce sommet est annoncé comme décisif parce qu'il devrait entériner des grandes réformes structurelles: 1.200 hommes supplémentaires et la création d'un état-major à Ulm. Selon vous, ces réformes sont-elles d'envergures et répondent-elles aux enjeux de ces prochaines années?

    Dominique Trinquand: «Ces réformes sont d'envergures. Elles répondent au changement de stratégie et à la réaffirmation d'une confrontation entre l'Est et l'Ouest. Mais pour moi, elles me paraissent complétement disproportionnées. Il y a déjà des milliers d'hommes dans les états-majors de l'Otan pour aucune opération effective de l'organisation.

    Donc cela serait plus une réorganisation qu'une augmentation des volumes qui paraîtrait nécessaire.

    Il faudrait s'en passer parce que l'Otan c'est une tête gigantesque avec des pieds fragiles. Il y a trop peu de forces disponibles pour les opérations et trop d'états-majors.»

    Sputnik France: L'Otan souhaiterait œuvrer au Moyen-Orient et en Irak notamment. Qu'en pensez-vous?

    Dominique Trinquand: «L'Otan souhaite œuvrer en tant que formation et non en tant que force. C'est-à-dire pour effectuer de la formation. Je me répète mais il n'y a aucune opération réelle de l'Otan. Il y tout juste un ersatz en Afghanistan et donc aujourd'hui, qu'est-ce que l'on fait de cette énorme machine qu'est l'Otan avec de grandes capacités? Utilisons les capacités dont elle dispose et ayons des équipes de formateurs par exemple. Je pense que c'est l'approche qu'a l'Otan aujourd'hui pour avoir une activité réelle et non pas n'avoir que des états-majors de planification sans activité réelle.»

    Sputnik France: Le cas de la Turquie dans l'Otan a posé quelques problèmes ces derniers mois. Cette question va-t-elle être abordée durant ce sommet?

    Dominique Trinquand: «Je ne pense pas que cela soit abordé pendant le sommet. Je pense que le rapport essentiel va être avec la Russie même s'il y a un vrai sujet avec la Turquie aussi bien dans la gestion de la crise syrienne et plus globalement au Moyen-Orient, que dans la tournure que prend le gouvernement de Monsieur Erdogan et qui complexifie assez les choses au Moyen-Orient.»

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    Tags:
    OTAN, Donald Trump, Russie
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