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    Comment Israël enterre la solution à deux États… et la démocratie?

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    Louis Doutrebente
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    Israël, «État-nation du peuple juif»! L’adoption de cette nouvelle loi concerne directement les Arabes d’Israël, mais elle pourrait définitivement celer la solution à deux États, en considérant que le développement des colonies juives est une «valeur nationale». Pour le plus grand bonheur des sionistes et au grand désespoir de leurs opposants.

    La Knesset, le Parlement de l'État d'Israël, a adopté ce jeudi 19 juillet une loi qui définit Israël comme «État-nation du peuple juif». Cette nouvelle législation a été approuvée par 62 parlementaires contre 55, dont 13 députés arabes. Après des heures de débats houleux, le Premier ministre, Benjamin Netanyahu a alors déclaré:

    «C'est un moment décisif dans l'histoire de l'État d'Israël qui inscrit dans le marbre notre langue, notre hymne et notre drapeau.»

    Cette loi est en effet historique! Elle inscrit dans les Lois Fondamentales du pays — qui rappelons-le, n'a pas de Constitution- le drapeau étoilé, la Hatikvah en tant qu'hymne officiel, et fixe l'hébreu comme seule langue officielle, déclassant de fait, l'arabe, qui n'aura plus qu'un vague «statut spécial», alors que les deux langues avaient jusqu'à présent un statut identique. Précisions de plus que le calendrier juif obtient aussi un caractère officiel.

    Si depuis sa création, Israël a toujours eu le même drapeau et le même hymne, ils ont parfois été contestés par les citoyens arabes. Ainsi, en 2007, un ministre du gouvernement, Ghaleb Majadleh, avait refusé de chanter Hatikvah. À l'époque, Bradley Burston, un journaliste d'Haaretz, avait expliqué ce geste en considérant qu'«Israël a besoin d'un nouvel hymne, un hymne que les Arabes puissent chanter.» Ce n'est désormais plus possible.

    Les 1,8 million d'Arabes israéliens, représentés notamment par 13 parlementaires, ne peuvent donc plus se reconnaître dans les symboles de l'État. Et le peuvent-ils encore dans «l'État-nation du peuple juif»?

    Israël regroupait deux peuples: les israélites et les Arabes. Le gouvernement de Netanyahu ne crée pas seulement une distinction entre ces deux populations, il en ignore une. C'est en tout cas la vision de l'opposition. Youssef Jabareen, député arabe de la Knesset, considère que cette loi encourage «non seulement la discrimination, mais aussi le racisme, elle va perpétuer le statut d'infériorité des Arabes en Israël.» Ayman Odeh, collègue de Jabaree, a lui tout simplement brandi un drapeau noir à la tribune de l'hémicycle pour dénoncer la «mort de la démocratie» et appeler tous les «démocrates, Juifs et Arabes, à se rassembler contre le racisme. En ce jour où Nelson Mandela aurait eu 100 ans, un nouvel apartheid verrait donc le jour en Israël.» En effet, les principes de base de la loi sont:

    «La terre d'Israël est la patrie historique du peuple juif, dans lequel l'État d'Israël a été établi. L'État d'Israël est le foyer national du peuple juif, dans lequel il exerce son droit naturel, culturel, religieux et historique à l'autodétermination. Le droit d'exercer l'autodétermination nationale dans l'État d'Israël est propre au peuple juif.»

    Mais si le sort des Arabes d'Israël est en question, celui des Palestiniens des territoires occupés l'est tout autant. Outre les éléments énoncés précédemment, cette nouvelle Loi Fondamentale adopte de nouveaux changements. Ainsi, après le «Jérusalem, capitale d'Israël», la nouvelle législation stipule que Jérusalem est «complète et unie», détruisant la possibilité que Jérusalem-Est devienne la capitale d'un futur État palestinien.

    Mais au-delà de la capitale, c'est l'ensemble du territoire qui est concerné:

    «L'État considère le développement de la colonie juive comme une valeur nationale et agira pour encourager et promouvoir son établissement et sa consolidation.»

    Si en 2009, Benjamin Netanyahu ne souhaitait pas «faire construire de nouvelles colonies ou confisquer de terres au profit d'implantations existantes», il n'a cessé de permettre leur développement en légalisant des colonies «sauvages».

    Si l'Élysée n'a toujours pas réagi, comme la majorité des autorités nationales des grandes puissances, la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a prononcé une déclaration fracassante:

    «Nous sommes préoccupés et nous avons fait part de notre inquiétude aux autorités d'Israël.»

    Si le sort des populations arabes «préoccupe» donc l'UE, c'est aussi parce que la solution qu'elle prône pour établir la paix entre Palestine et Israël se meurt définitivement. Si la solution à deux États n'existe plus depuis bien longtemps par le morcellement du territoire palestinien par les colonies juives, cette nouvelle Loi Fondamentale d'Israël, «seul pays démocratique du Moyen-Orient», selon ses supporters, l'enterre bel et bien.

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    Tags:
    langue arabe, Juifs, Benjamin Netanyahu, Jérusalem, Israël
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