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    Justin Trudeau et Trump

    ALENA: «le Canada se tire dans le pied, il veut imposer ses valeurs aux Américains»

    © AFP 2018 Saul Loeb
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    Jérôme Blanchet-Gravel
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    Tout porte à croire que la renégociation de l’ALENA, cet accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis, est au point mort. Les Canadiens peinent vraiment à s’entendre avec les Américains.

    Pour le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, le gouvernement Trudeau utilise une très mauvaise stratégie. Il livre son analyse à Sputnik. Le Canada est-il en passe de faire moins bien que le Mexique? Alors que ce dernier a réussi à s'entendre avec les États-Unis sur un accord de libre-échange destiné à renouveler l'ALENA, les négociations sont au point mort entre Ottawa et Washington.

    Alors que les administrations Trump et Trudeau semblent incapables de conclure un accord, le 25 septembre, Justin Trudeau a affirmé qu'il croyait que le Canada pourrait élaborer une entente sur la base du traité conclu entre les États-Unis et le Mexique. Un point de vue optimiste, car le Canada se bat contre la montre. Fixée par les États-Unis, la date butoir des négociations arrive à grands pas. Le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, pense que les négociateurs pourraient manquer de temps.

    Sans grande surprise, c'est encore la gestion de l'offre qui reste la pomme de discorde entre les deux pays. Comme nous l'avons déjà indiqué, la gestion de l'offre consiste essentiellement à protéger les producteurs de lait, de poulet et d'œufs du Canada. En gros, ce système fixe les prix de base et détermine les quantités à produire.

    La gestion de l'offre est une mesure protectionniste qui freine les importations américaines dans ce secteur de l'alimentation. Certains pensent que son abolition entraînerait la disparition de producteurs canadiens qui seraient alors trop menacés par la concurrence. Le gouvernement Trudeau tient mordicus à ce système, alors que l'administration Trump souhaite que le Canada l'abandonne.

    Canada-États-Unis: des négociations au point mort

    Pour le député et chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, le Canada devrait abandonner ce système au plus vite. Dans l'intérêt des Canadiens comme des Américains.

    Interrogé par Sputnik, Maxime Bernier a sévèrement critiqué la position intraitable de ses adversaires sur ce dossier. Il pense aussi que la stratégie globale de Trudeau est fondamentalement mauvaise face aux Américains. Le 20 septembre dernier, ce nouveau le chef du Parti populaire (un nouveau parti de droite) se levait d'ailleurs à la Chambre des Communes, à Ottawa, pour en faire part à ses collègues. Une intervention qui a fortement fait réagir.

    «Lorsqu'on est député, on a l'occasion de demander le consentement unanime de la Chambre sur des sujets précis et c'est ce que j'ai fait [le 20 septembre dernier, ndlr]. Je me suis levé en Chambre pour que l'on puisse parler de l'abolition de la gestion de l'offre dans le cadre des négociations de libre-échange avec les Américains. Abolir la gestion de l'offre, parce que les Américains le demandent depuis au moins six mois, dans l'intérêt des consommateurs canadiens, pour qu'ils paient moitié moins cher leurs œufs, leur poulet et leur lait.»

    Maxime Bernier a rappelé que 20% de l'économie canadienne dépendait directement de ses relations commerciales avec les États-Unis. Selon lui, le gouvernement libéral de Trudeau n'est donc pas en position de négocier davantage. Il croit même que ce gouvernement travaille contre les intérêts du peuple canadien.

    «Les parlementaires canadiens sont déconnectés de la réalité des gens, et c'est ce que le Parti populaire du Canada veut faire, travailler pour les gens. En défendant la gestion de l'offre à la table de négociation, le gouvernement actuel travaille contre les intérêts de plus de 35 millions de consommateurs canadiens. À la place, il défend le privilège de 13.000 producteurs protégés par le système.»

    Le chef du Parti populaire se défend de favoriser les Américains au détriment des Canadiens. Selon lui, un accord duquel serait exclue la gestion de l'offre serait «gagnant-gagnant»:

    «Ce n'est pas l'administration américaine que je soutiens, mais les consommateurs canadiens. En nous demandant de nous débarrasser de ce système-là, les Américains nous rendent un service, dans leur intérêt et dans notre intérêt», a affirmé le chef du Parti populaire à Sputnik.

    Outre la question de la gestion de l'offre, Maxime Bernier accuse Justin Trudeau de s'être servi des négociations pour renforcer son propre électorat. Il croit que le Premier ministre a tenté d'imposer son agenda «progressiste» aux Américains, ce qui leur aurait fortement déplu. Au lieu de se concentrer sur l'économie, Trudeau et son équipe n'arrêteraient pas «d'indisposer constamment les Américains» en exhibant des valeurs contraires à celles de Donald Trump.

    «Le gouvernement libéral fait de la politique avec les négociations depuis le début. Le Canada se tire dans le pied en essayant de parler d'identité de genre, de changement climatique, etc., avec l'administration Trump. Quand on s'assoit à une table de négociation pour parler de libre-échange, on parle d'abolir des barrières commerciales qui entravent les échanges entre le Canada et les États-Unis. Ce n'est pas la place pour parler d'autres sujets», s'est insurgé M. Bernier.

    Le chef du Parti populaire s'est montré auprès de Spuntik très réservé sur l'issue des négociations. Il croit que le gouvernement Trudeau s'est montré particulièrement maladroit ces derniers mois. Il pense aussi que la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a multiplié les erreurs stratégiques:

    «La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, est allée assister à une conférence durant laquelle Trump a été traité de tyran. Si elle s'assoit ensuite à la table pour essayer de négocier, quelle sera la réaction des Américains? Juste le fait d'y aller, c'est un manque de jugement de sa part, car c'est elle qui représente le Canada», a conclu M. Bernier.

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    Tags:
    libre-échange, Justin Trudeau, Donald Trump, Canada, États-Unis
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