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    Ariane 6

    100e vol d’Ariane 5, et déjà Ariane 6 pour contrer «la concurrence faussée» de SpaceX

    © AFP 2018 John Macdougall
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    Elliot Lelievre
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    SpaceX a chamboulé l’industrie spatiale et pourtant, Ariane, la figure de proue des Européens dans le domaine, pèse pour «près de 50% du marché». À l’occasion du 100e lancement d’Ariane 5, Sputnik a interrogé Jean-Marc Astorg, directeur des lanceurs au CNES sur les enjeux stratégiques et économiques des lanceurs européens.

    Le 25 septembre a été un jour de fête pour l'industrie spatiale européenne, qui célébrait le 100e lancement d'Ariane 5 depuis la base de Kourou, en Guyane française. Le lanceur, l'un des plus fiables au monde, effectuait son 78e vol réussi consécutif pour envoyer deux satellites en orbite. À cette occasion, Sputnik s'est entretenu avec Jean-Marc Astorg, directeur des lanceurs au Centre national d'études spatiales (CNES), afin de mieux comprendre les enjeux économiques et stratégiques du programme Ariane.

    «Ariane 5 est resté le premier lanceur sur le marché mondial pendant plus de 20 ans. Ça a été un énorme succès, c'est encore un énorme succès, puisqu'on lance à peu près 50% du marché mondial des satellites», se félicite Jean-Marc Astorg.

    Une part de marché menacée par l'irruption de SpaceX ces dernières années. En 2017, la compagnie d'Elon Musk a effectué 18 tirs de lanceurs, tous réussis et a engagé une guerre sur les prix, traditionnellement élevés, de l'industrie spatiale.

    «La concurrence est de plus en plus sévère, notamment la concurrence venue des États-Unis. C'est pour cela que nous avons voulu développer en 2014 Ariane 6, un lanceur beaucoup moins cher qu'Ariane 5, pour rester compétitifs. La carrière d'Ariane 5, si honorable soit-elle, va se terminer en 2022-2023. Elle sera remplacée par Ariane 6 qui nous permettra, je l'espère, de redevenir leader sur le marché mondial», explique le responsable des lanceurs au CNES.

    Car si Ariane 5 a été (en partie) détrônée, c'est parce que le lanceur européen est trop cher face à la nouvelle concurrence des entreprises privées ayant fait irruption dans le domaine spatial. Et, de l'avis de Jean-Marc Astorg, certaines pratiques frôlent la concurrence déloyale:

    «Aujourd'hui, notre concurrent principal fait des offres sur le marché commercial, en concurrence avec Ariane, et il fait des offres pour les institutionnels américains, qui sont deux fois plus chères que sur le marché commercial. En Europe, nous n'avons pas cette politique-là et nous traitons tous nos clients avec la même politique de prix. C'est une concurrence assez faussée par rapport à SpaceX.»

    En surfacturant les lancements effectués pour le compte de l'administration américaine, SpaceX pourrait donc se permettre de baisser ses prix pour ses autres clients et en acceptant de payer plus cher, Washington subventionnerait discrètement son industrie spatiale. Pour autant, Jean-Marc Astorg estime que ce n'est pas le seul levier que les États-Unis utilisent pour soutenir SpaceX:

    «Il y a une loi qui interdit à un satellite construit à plus de 50% sur le marché américain d'être lancé par un lanceur qui n'est pas américain. On voit bien qu'on a un petit problème de règles de concurrence qui ne sont pas les mêmes partout.»

    Une protection juridique sans équivalent en Europe, observe le directeur des lanceurs du CNES:

    «De facto, les satellites français sont lancés sur Ariane, les satellites allemands également, mais il y a un certain nombre de pays qui lancent de temps en temps leurs satellites sur d'autres lanceurs qu'Ariane ou Vega et il serait souhaitable d'avoir des règles de préférence européenne inscrite dans la loi pour les lanceurs.»

    Pour compenser cette perte de compétitivité, Ariane 6 aura des coûts inférieurs de 40 à 50% par rapport à Ariane 5. Une telle baisse de coûts est rendue possible grâce aux nouvelles technologies comme l'impression de pièces en 3D au lieu de soudures, mais aussi à l'intégration horizontale (le fait d'assembler les différentes composantes de la fusée à l'horizontale plutôt qu'à la verticale) ou encore à la redéfinition des modèles de sous-traitance inspirée des secteurs aérien et automobile.

    «Aujourd'hui sur Ariane 5, pour mettre 1 kg en orbite géostationnaire, ça coûte environ 20.000 dollars. Sur Ariane 6, ça coûtera 10.000 dollars, soit deux fois moins en kilogrammes mis sur orbite géostationnaire.»

    La recherche de baisse des coûts a tout de même quelques effets négatifs pour le programme Ariane. Interrogé sur la raison qui a poussé l'Europe à ne pas miser sur la réutilisation des lanceurs, comme le fait SpaceX, Jean-Marc Astorg explique que c'était incompatible avec le temps de développement et les contraintes sur les prix:

    «Nous sommes bien conscients que la réutilisation est quelque chose qui demande des efforts très importants pour être maîtrisée. Ça coûtait très cher et ce que nous avons décidé quand nous avons conçu Ariane 6 en 2014, c'est d'avoir un lanceur qui arrive sur le marché en 2020. Nous avons donc misé sur des technologies sûres pour avoir un lanceur disponible en 2020 beaucoup moins cher qu'Ariane 5.»

    L'industrie spatiale est essentielle du point de vue stratégique pour assurer l'indépendance de l'Europe en lui permettant de mettre en orbite des satellites nécessaires pour de nombreux domaines, allant des communications au militaire. Et, à en croire Jean-Marc Astorg, Ariane 6 offrira les garanties nécessaires au vieux continent:

    «Avec ce lanceur-là et avec Véga, on offre une gamme de lancements de satellite qui permet de couvrir toutes les missions, y compris des missions de satellites militaires. C'est un système de transport universel.»

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