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    La chute des bourses américaines: à qui la faute?

    © Sputnik . Natalia Seliverstova
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    Le marché boursier américain a subi une chute soudaine mercredi, marquant une baisse record depuis plusieurs mois. Cet effondrement s'est répercuté sur les bourses asiatiques et les plateformes commerciales européennes, et a même attiré dans son sillage les marchés des matières premières.

    Avec la chute des bourses américaines les prévisions sur le caractère inévitable d'une nouvelle crise mondiale commencent-elles à se réaliser?

    Une chute globale

    La chute des indices boursiers américains qui a commencé mercredi est la plus importante que la marché a été amené à subir depuis des mois. Le Dow Jones a fléchi de 3,15% — la dernière fois qu'il avait connu une telle baisse remonte à février, quand des robots hors de contrôle avaient organisé une vente massive et non autorisée d'actions.

    L'indice S&P 500 a diminué jusqu'à son minimum depuis trois mois, et celui des compagnies de hautes technologies NASDAQ 100 a perdu 4,4% — la plus forte baisse depuis juin 2016. Le site économique américain MarketWatch est catégorique: «Nous avons assisté au pire début de semestre en bourse depuis deux ans.»

    L'effondrement des marchés américains a entraîné la baisse la plus importante de ces derniers mois sur les plateformes asiatiques. Les actions ont perdu 3 à 4% au Japon, en Australie et à Singapour, alors que l'indice Shanghai composite, qui reflète la valeur des plus grandes compagnies chinoises, et le taïwanais Taiex, ont fléchi de presque 6%.

    Jeudi, avec l'ouverture des échanges, la chute s'est répercutée sur les bourses russe et européennes, mais de manière modérée. L'indice MICEX a perdu 2,5% et les bourses européennes 1 à 2%.

    Les marchés des matières premières n'y ont pas échappé non plus: le baril de Brent, qui encore mardi était vendu à plus de 85 dollars, s'échange à présent pour moins de 82 dollars.

    Une conséquence de la politique de Trump?

    La principale raison de cette vente massive d'actions est l'approche du bilan trimestriel: à partir de vendredi, les plus grandes compagnies américaines publient leurs résultats du troisième trimestre. Les investisseurs sont persuadés qu'ils n'annoncent rien de bon.

    Les prévisions les plus pessimistes concernent les hautes technologies, dont les actions sont manifestement surestimées. Les plus grands perdants sont donc les représentants de l'industrie des technologies de l'information: les actions ont chuté de 8,47% pour Twitter, de 8,38% pour Netflix, de 4,63% pour Apple et de 3,76% pour Intel.

    Cependant, comme l'indique la baisse des indices industriels Dow Jones et S&P 500 (qui reflètent la valeur des entreprises dans les secteurs économiques traditionnels), il ne s'agit pas seulement d'un dégonflement de la bulle technologique. Les principales craintes des investisseurs sont liées à la politique commerciale de Donald Trump.

    Il est clair dès à présent que les taxes d'importation sur l'acier et l'aluminium ont conduit à l'augmentation des frais des producteurs américains, allant de Coca-Cola, dont les dépenses pour les canettes en aluminium ont augmenté, au fabricant d'électroménager Whirpool.

    Par ailleurs, les entreprises américaines auraient été encore plus touchées par les restrictions décrétées par Washington contre les compagnies étrangères et les guerres commerciales contre la Chine. Et notamment par les sanctions contre les plus grandes entreprises russes.

    Les sanctions contre la compagnie russe Rusal ont engendré une forte hausse des prix de l'alumine: le prix de cette manière première qui sert à fabriquer l'aluminium a augmenté mi-septembre de 60% par rapport à l'an dernier.

    Comme l'indiquent les analystes de CRU Research, la hausse du prix de l'alumine n'a pas encore débouché sur l'augmentation des prix de l'aluminium, c'est pourquoi la sidérurgie essuie systématiquement des pertes.

    Ainsi, le bénéfice net de l'américaine Alcoa au premier semestre a baissé d'un quart. Il y a fort à parier que le bilan du troisième trimestre sera encore plus mauvais, car durant l'été le prix de l'aluminium a chuté de presque 15%.

    Un autre grand producteur américain d'aluminium primaire, Century Aluminium, avait averti encore en août que l'augmentation du prix de l'alumine provoquerait au troisième trimestre une diminution de ses revenus d'environ 40 milliards de dollars.

    La Chine entre en jeu

    L'agriculture américaine traverse une période non moins difficile. Avec l'adoption des taxes américaines sur les produits chinois, Pékin a considérablement réduit ses importations de produits agricoles américains.

    Depuis fin mai, les prix du marché du soja ont baissé de 18% (leur plus bas niveau depuis dix ans) et de 12% pour le maïs. Le prix du blé a diminué de 5% en Amérique, et celui du porc de 29%. Par conséquent, le bilan des compagnies agricoles ne devrait pas non plus réjouir les investisseurs.

    Le début du mois d'octobre a également déçu ceux qui se tournent traditionnellement vers les actions des compagnies pétrolières et gazières. Ces derniers mois, les tarifs mondiaux des hydrocarbures augmentaient — et avec eux un certain optimisme.

    Mais les guerres commerciales ont encore tout gâché: la semaine dernière a été annoncée la suspension des fournitures pétrolières américaines en Chine et mardi dernier, Reuters a annoncé que la Chine avait suspendu ses achats de gaz naturel liquéfié (GNL) aux USA. Cela a entraîné un risque de surproduction sur le marché gazier américain, et donc d'effondrement inévitable des prix du gaz.

    «Cela fait longtemps que les investisseurs craignent que les guerres commerciales affectent les revenus des compagnies, et c'est ce qui pourrait se produire aujourd'hui», écrit l'agence Bloomberg.

    La situation est d'autant plus dangereuse dans un contexte d'augmentation du coût des emprunts à cause de l'augmentation du taux directeur de la Réserve fédérale (Fed) et de la hausse du rendement des obligations américaines.

    En d'autres termes, les compagnies américaines n'ont plus la possibilité de faire appel aux emprunts bon marché: les crédits deviennent plus coûteux à cause de la politique de la Fed. Les emprunts via l'émission d'obligations valent de plus en plus cher car le rendement des obligations publiques augmente: le rendement des obligations sur 10 ans a atteint 3,26% mardi — un record depuis sept ans.

    «L'argent bon marché était un combustible pour les actions, les investisseurs y effectuaient leurs placements depuis deux ans parce que c'était la seule opération qui assurait un bon rendement sur le marché. Désormais, les investisseurs préfèrent retirer leur argent à cause du calendrier plus agressif des taux directeur de la Fed. C'était attendu depuis longtemps, mais la fuite vient seulement de commencer», explique Stephen Innes, analyste d'Oanda Corporation.

    Crise ou changement?

    Les analystes sont partagés. Les optimistes sont persuadés que nous avons affaire à un changement éphémère et que c'est le moment propice pour acheter activement les actions qui ont perdu de la valeur. C'est notamment la position officielle de l'administration américaine.

    Depuis que le chute des indices boursiers a été rapportée au président américain Donald Trump, l'administration de la Maison blanche a publié un communiqué indiquant qu'il ne s'agissait que d'un «simple changement sur le marché orienté à la hausse».

    «C'est probablement un phénomène sain. La baisse des actions va s'arrêter et l'économie américaine restera forte», affirme Washington.

    Les pessimistes pensent que l'effondrement qui s'est produit marque le début d'une nouvelle grande crise, qui suit un cycle économique de dix ans pratiquement inévitable après les crises de 1997-1998 et 2007-2008.

    Les analystes de la compagnie d'investissement américaine Phoenix Capital dans un rapport intitulé «Avertissement: nous nous trouvons dans la même situation que fin 2007» déclarent que l'indice boursier S&P 500 augmente depuis plusieurs mois indépendamment des indicateurs de l'état de l'économie réelle, qui sont en baisse.

    Ainsi, la construction de logements chute depuis le début de l'année et depuis juin, c'est le cas de la demande en cuivre, le métal qui, selon Phoenix Capital, «est le plus lié aujourd'hui à la croissance économique». Le prix du bois de sciage chute depuis cinq mois consécutifs.

    «Nous voyons que bien que même si le prix des actions reste très élevé, les actifs liés à la hausse de l'économie réelle ont chuté», concluent les analystes de la compagnie d'investissement américaine.

    Et de conclure: «Les chiffres indiquent que le système financier des USA se trouvent actuellement dans le même état que fin 2007. Nous savons tous ce qui suivra».

    D'ici deux semaines, après la publication du bilan des plus grandes compagnies américaines, nous saurons qui, des pessimistes ou des optimistes, avait raison.

    Si leurs résultats s'avéraient meilleurs que les attentes des analystes, les investisseurs pourraient réinvestir dans les actions en gonflant davantage la bulle du marché.

    Sinon, un long déclin commencerait sur le marché et il serait plus difficile pour les compagnies d'attirer des financements supplémentaires.

    En fin de compte, une grande compagnie serait confrontée à un manque de liquidités. Ce qui pourrait constituer le même déclencheur d'une vaste crise mondiale que la faillite de Lehman Brothers en 2008.

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