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    Justin Trudeau

    Trudeau plus que jamais dans la tourmente: après le dialogue, la fermeté

    © AFP 2019 Lars Hagberg
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    Depuis l'éclatement du scandale d'ingérence lié à SNC-Lavalin, Justin Trudeau doit composer avec des voix dissidentes au sein de son propre parti. Après avoir joué la carte du dialogue, il a décidé de rappeler à l'ordre son entourage. Le Premier ministre canadien vient de renvoyer deux ex-ministres de son parti. Sputnik revient sur ces événements.

    Justin Trudeau peine vraiment à sortir de la crise dans laquelle il est plongé depuis presque deux mois. Le 7 février dernier, la presse révélait que le bureau du Premier ministre avait fait pression sur l'ancienne ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould. Le bureau de Trudeau a incité Mme Wilson-Raybould à trouver un règlement à l'amiable avec la firme d'ingénierie SNC-Lavalin, accusée de corruption en Libye. Plusieurs analystes estiment que Trudeau s'est ingéré dans les affaires du pouvoir judiciaire.

    La situation de Trudeau ne s'est guère améliorée depuis. Le 7 mars dernier, Trudeau a admis avoir constaté une «érosion de confiance» entre son bureau et Mme Wilson-Raybould. Cependant, il a affirmé qu'il n'y avait jamais eu de «pressions inappropriées». Une version qui a été contestée à son tour par la principale intéressée.

    Le 29 mars, Jody Wilson-Raybould a dévoilé l'enregistrement d'une conversation téléphonique qu'elle a eue avec l'ancien greffier du Conseil privé, Michael Wernick. Après avoir livré à quelques reprises sa version des faits, l'ex-ministre rebelle est revenue à la charge. Enregistrée à l'insu de l'ancien chef de la fonction publique, la conversation était censée asséner un coup fatal à Trudeau. «Inadmissible»: c'est le mot employé par Trudeau pour qualifier le stratagème de son ancienne ministre.

    Un enregistrement compromettant

    Mme Wilson-Raybould estime avoir perdu son prestigieux poste de ministre de la Justice pour avoir refusé d'intervenir en faveur de SNC-Lavalin. Durant l'enregistrement, l'ancienne ministre informe M. Wernick qu'elle voit un risque d'ingérence dans les pressions du Premier ministre. Quant à son interlocuteur, on peut l'entendre mentionner que Justin Trudeau est «très décidé» à trouver une solution hors des prétoires pour la firme.

    Avant cet ultime coup de tonnerre, la stratégie du Premier ministre a consisté à calmer le jeu en invitant les membres de son parti au dialogue. À plusieurs reprises depuis le début de la crise, Justin Trudeau est intervenu dans les médias, sans jamais vraiment rabrouer les voix dissidentes de son propre parti. Cette stratégie n'a pas eu l'effet escompté. Au contraire, la division du Parti libéral est devenue de plus en plus évidente.
    Il faut dire que l'image féministe de Trudeau l'a empêché de recadrer Mme Wilson-Raybould et l'ex-ministre Jane Philpott, qui s'est rangée derrière elle. Ces dernières semaines, le Premier ministre a été accusé d'être un «faux féministe» par des députés de l'opposition. On lui reproche de museler la voix de femmes compétentes, alors qu'il a promis d'accorder davantage de pouvoir aux femmes au sein du gouvernement. Les adversaires de Trudeau utilisent son image pour la retourner contre lui.

    Le féminisme de Trudeau remis en question

    La sortie de la conversation jugée compromettante est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase pour Trudeau. Ce dernier a décidé de changer complètement de stratégie et de remettre à l'ordre les deux ex-ministres rebelles. Le 2 avril, il a décidé d'expulser Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott, membres du Parti libéral. Le Premier ministre semble maintenant déterminé à rebâtir l'unité de sa formation. S'il tablait auparavant sur le dialogue, il semble dorénavant miser sur la discipline.

    «Depuis le début, j'ai abordé cette situation avec patience et compréhension. Ma logique était que le vrai changement est difficile, il nécessite de la patience et de la compréhension. Mais être membre d'un caucus comporte à la fois des droits et des responsabilités», a affirmé Trudeau pour justifier sa décision.

    Les deux ex-ministres n'ont pas tardé à réagir à leur expulsion.

    «Je garde la tête haute et je peux me regarder dans le miroir en sachant que j'ai fait ce que je devais faire et ce qui devait être fait en fonction des principes et des valeurs qui doivent toujours transcender le parti. Je n'ai pas de regrets. J'ai dit la vérité comme je continuerai à le faire», a affirmé Jody Wilson-Raybould après son renvoi du groupe parlementaire.

    L'ex-ministre Jane Philpott juge également que son expulsion est injustifiée. Sa collègue et elle ne seraient pour rien dans la crise que traverse Trudeau.

    «On m'a accusée de manquer de loyauté et de vouloir renverser le Premier ministre. Ces attaques sont basées sur des faussetés et des mensonges. Je n'ai pas initié la crise à laquelle le parti ou le Premier ministre sont actuellement confrontés. Jody Wilson-Raybould non plus», a déclaré Jane Philpott.

    S'il veut espérer remporter l'élection fédérale prévue à l'automne prochain, il est évident que Justin Trudeau devra rapidement reconstruire l'image de son parti. Pour regagner la confiance des électeurs, le Premier ministre devra faire preuve d'un très grand leadership. Sans quoi, il est probable que les Conservateurs l'emporteront.

    Tags:
    groupe parlementaire, crise politique, féminisme, expulsions, justice, corruption, SNC-Lavalin, Parti libéral du Canada (PLC), Michael Wernick, Jody Wilson-Raybould, Jane Philpott, Justin Trudeau, Canada
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