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L’acteur et activiste américain Mark Ruffalo s’est adressé aux eurodéputées afin de les dissuader de donner leur aval à la quatrième liste des Projets d’intérêt commun. Ceux-ci doivent permettre le financement d’infrastructures visant à renforcer l’interconnexion énergétique au sein de l’Union, mais aussi à acheminer du gaz liquéfié américain.

«Ne gaspillez pas votre argent avec du GNL américain»: les mots de l’acteur hollywoodien Mark Ruffalo ont de quoi interpeller, qui plus est lors d’une conférence de presse organisée le 5 février au sein du Parlement européen par l’ONG Health and Environment Alliance (HEAL). L’acteur, connu dans le monde pour avoir incarné Hulk dans les films de Marvel, mais également outre-Atlantique pour son activisme écologiste, y présentait le film «Dark Waters», dans lequel il incarne Rob Bilott, un avocat bien réel, qui s’était dressé face au géant américain de la chimie Dupont afin de faire reconnaître sa responsabilité dans la pollution massive des eaux de Virginie du Nord.

La Star hollywoodienne adresse alors un message aux Parlementaires européens, à la veille d’un vote devant valider la quatrième liste des Projets d’intérêt commun (PIC). Adoptée le 31 janvier par la Commission européenne, cette liste regroupe 151 projets identifiés par Bruxelles comme étant prioritaires en matière d’interconnexion des infrastructures énergétiques, tant au sein de l’UE qu’avec des pays voisins, notamment afin d’assurer une diversification des approvisionnements de l’Union. Or, pour Mark Ruffalo, 55 de ces projets permettront l’acheminement en Europe du GNL américain, un produit majoritairement issu de la fraction hydraulique, plus de la moitié des réserves de gaz du pays étant constituées de gaz de schiste.

«Ce sera du gaz de schiste, extrait chez nous par fracturation, cela va empoisonner notre peuple», assène-t-il à l’Assemblée européenne.

Des projets qu’il estime être à «l’antithèse» du «Green deal» européen, ce plan d’investissement massif (25% du budget de l’UE) devant permettre à l’Union d’atteindre «la neutralité carbone en 2050», comme l’avait présenté Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne responsable du fameux «Green deal».

«Ce que ma communauté, qui sera empoisonnée par vos besoins en gaz naturel, vous demande de faire, c’est de mettre ces projets à la poubelle, de les abandonner et de mettre cet argent dans de vrais projets énergétiques renouvelables et propres!»

En effet, les PIC sont financés à hauteur de 50% par les fonds publics européens, en somme l’argent des contribuables. «Parce que je vous le promets, nous allons empêcher ce gaz de quitter notre pays. Nous sommes déjà en train de l’interdire, vous gaspillez donc votre argent», ajoute l’acteur.

Un tiers des PIC dédiés à l’acheminement du gaz de schiste américain? Francis Perrin, Chercheur associé au Policy Center for the New South et directeur de recherche à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) tient à nuancer la situation. En effet,

Contrairement aux Pipelines, où «vous ne pouvez importer du gaz qu’à partir du pays qui est à l’autre bout du tuyau», les terminaux de GNL permettent d’importer du gaz de «plusieurs sources, y compris –mais pas uniquement– des États-Unis», détaille Francis Perrin a micro de Sputnik.

Une flexibilité recherchée par la Commission européenne. Ainsi, sur la côte atlantique, de futurs terminaux pourraient-ils autant permettre de recevoir le gaz liquéfié acheminé par les méthaniers venus des États-Unis que d’Amérique latine, de Norvège, de Russie, voire de Méditerranée, estime le directeur de recherche. S’il est indéniable que les Américains auront leur part dans le mix énergétique européen, «d’autres pays auront aussi une carte à jouer», estime Francis Perrin.

Parmi ces pays, on trouve aussi des États membres de l’UE. En effet, si les PIC tendent à empêcher toute pénurie énergétique dans pays de l’UE, les projets d’investissement ne se limitent pas à ces derniers. Comme le souligne Francis Perrin, ils comprennent aussi les projets de gazoduc en provenance d’Azerbaïdjan, passant par la Géorgie et la Turquie ou encore EastMed, un gazoduc qui à l’horizon 2025 devrait approvisionner le sud de l’Europe depuis Israël et Chypre. Des pays au large desquels d’importantes ressources gazières ont été récemment découvertes.

«Chypre, pays membre de l’UE deviendra à terme un pays producteur et exportateur de gaz», précise Francis Perrin.

Un recours au GNL qui est également sollicité par l’Union européenne, car celui-ci s’avère être la moins polluante des énergies fossiles en termes d’émissions de dioxyde de carbone. Nombreuses sont les centrales fonctionnant encore au charbon au sein de l’UE. S’orienter vers le gaz naturel constitue déjà un effort, dont l’appréciation dépend de deux visions «radicalement opposées» de ce que doit être la transition énergétique sur le vieux continent.

En effet, l’accent mis par la Commission européenne dans le développement de terminaux GNL tend à prouver que l’on n’entend pas se passer des énergies fossiles à moyen, voire long terme, concède Francis Perrin.

«Tout dépend de la façon dont vous considérez l’avenir du gaz naturel dans le mix énergétique européen et, au-delà d’ailleurs, dans le mix énergétique mondial,» résume-t-il.

Quel que soit l’objectif que doit atteindre l’UE en matière de réduction de ses émissions de gaz a effet de serre, n’y a-t-il pas un paradoxe? En effet, alors que l’Europe semble –pour l’heure– décidée à ouvrir ses bras au gaz américain, les méthodes avec lesquelles est extrait celui-ci sont interdites en Europe et tout particulièrement en France.

Paris n’accorde plus de permis d’exploration pétrolière et gazière depuis l’entrée en vigueur d’une loi votée fin 2017 et le Parlement a décidé l’arrêt de toute production de gaz et de pétrole –conventionnel ou non– sur son territoire à l’horizon 2040. Une loi qui en renforçait une première, votée en 2011, sous Nicolas Sarkozy, interdisant purement et simplement le recours à la fracturation hydraulique.

En somme, alors qu’on interdit le recours à la fracturation hydraulique et à l’exploitation des hydrocarbures en France, on autorise leur importation, quelles que soient leurs méthodes de production. «On peut y voir là une contradiction, une hypocrisie», à moins d’estimer qu’au-delà de la différence dans les méthodes d’extraction, le gaz utilisé en bout de course reste le même, qu’il ait été extrait conventionnellement ou non.

Quoi qu’il en soit, il semble donc que Mark Ruffalo a peu de chances d’être entendu. Soulignant que les Européens ne constitueront pas le seul marché à l’export des États-Unis en matière de gaz, Francis Perrin souligne que Donald Trump a poussé la Chine à s’engager à acheter plus de gaz.

«Les États-Unis sont le premier producteur de gaz, devant la Russie. Ils ont commencé à exporter du GNL il y a à peine quelques années, en 2016, et ils vont devenir dans les prochaines années l’un des trois plus gros exportateurs mondiaux de GNL […] Quels que soient les propos et les alertes lancées devant le Parlement européen ou dans d’autres enceintes, la montée en puissance du GNL américain va se poursuivre dans les prochaines années au plan mondial. […] Donc nous sommes face à un phénomène, quelle que soit la façon dont on le juge, qui est absolument majeur: cette montée en puissance américaine.»

Notons qu’aucun projet permettant d’une manière ou d’une autre l’acheminement de gaz russe en Europe n’a été retenu par la Commission européenne. Notre intervenant rappelle que la Russie représente déjà le principal pourvoyeur énergétique de l’UE et que ces PIC sont censés, justement, mener à une multiplication des fournisseurs.

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Tags:
énergie, Commission européenne, Union européenne (UE)
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