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Le COVID-19 en Europe (261)
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Certains pays ferment leurs frontières avec l’Italie, premier pays européen à prendre des mesures draconiennes afin de tenter d’endiguer la progression du coronavirus. Le tourisme italien, secteur important de l’économie du pays, risque un effondrement dont il mettrait du temps à se remettre.

Le centre de Milan est désert. Les pigeons sont cloués au sol. Le clapotis des canaux vénitiens ne distrait que de rares passants. Turin tourne au ralenti. Dans les rues les habitants gardent leurs distances. Là où, quelques mois auparavant, on se plaignait d’un trop-plein du tourisme de masse. Les rues et les places d’habitude noires de monde sont désormais claires et aérées. Les touristes ne viennent plus. Un signe qui ne trompe pas pour l’une des plus importantes destinations du tourisme international, avec ses 58 millions de visiteurs par an qui rapportent près de 13,2% au PIB transalpin.

Luca Patane, président de Confturismo, association des professionnels du tourisme italien, tire la sonnette d'alarme. Suite aux dernières dispositions du gouvernement qui a interdit les voyages, sauf «pour des besoins professionnels avérés ou des cas nécessaires», pour lutter contre la propagation du coronavirus, Confturismo met à jour les prévisions de fréquentation touristique pour le trimestre mars-avril-mai. Il faut s’attendre à un l'effondrement des entrées de plus de 45 millions, avec une perte d'au moins 11 milliards d'euros.

«[On constate, ndlr] une chute du taux de fréquentation dans les hôtels de Milan de 85 à 10%. L'été sera également négatif», alerte Luca Patane, président de Confturismo.

Une dure réalité se dessine pour les employés de ce secteur qui représente près de 11% du marché du travail italien, soit 2,7 millions de travailleurs. Cette armée, aux petits soins des touristes venus entre autres admirer les 155 sites du patrimoine mondial de l'UNESCO (plus que dans tout autre pays du monde), est renforcée en période estivale par des saisonniers.

Le secteur touristique attend des aides gouvernementales

Le premier décret édité par le gouvernement concernait essentiellement les aides aux entreprises touristiques tombant dans les zones rouges. Désormais, cette classification est désuète, puisque toute l’Italie «voit rouge» et les annulations concernent l'ensemble du territoire national, du nord au sud. Les professionnels du tourisme attendent des «mesures immédiates» en faveur de l'ensemble de la chaîne touristique et donc «non seulement des hôtels, mais aussi de l'ensemble du système italien non hôtelier». Dans un entretien à Sputnik, Vittorio Messina, président de l’Assoturismo Confesercenti, fait part de ses attentes: un moratoire sur les hypothèques, un régime spécial d’impôts, des droits et taxes et «une plus grande facilité d'accès au crédit pour que les entreprises du secteur touristique ne souffrent pas de manque de la liquidité».

«C'est une situation d'urgence car du jour au lendemain, nous nous sommes retrouvés sans réservation, raconte Vittorio Messina à Sputnik. La première semaine, nous avons eu des centres avec des annulations jusqu'à 80%. D’hôtels pleins, nous sommes passés aux hôtels vides du jour au lendemain».

L'Italie représente 5,6% du marché mondial du tourisme et désormais, les professionnels du secteur attendent un soutien étatique. Ses villes d'art — Florence, Venise, Milan et Rome — accueillent les visiteurs 365 jours par an. Les stations de ski en hiver et les sites balnéaires en été attirent de nombreux amateurs.

«Les entreprises doivent être sauvegardées […] pour ensuite reprendre le tourisme et accueillir des touristes du monde entier», conclut Vittorio Messina.

Mais certains experts parlent du risque que des étrangers ne se rendent tout simplement pas en Italie cette année. Et là, la facture risque d’être salée, bien que difficile à estimer pour le moment.

Florence est déserte, Val d’Aosta «ne dispose que d'un hôpital»

Le maire de Florence Dario Nardella s’est mis en «isolement volontaire» et proclame l'importance «pour tout le monde» de rester chez soi. Florence est étonnamment vide en cette douce période printanière:

«Là où nous avions 267 bus touristiques par jour, on en voit arriver cinq», constate Dario Nardella.

En cette période du ski, la situation s'aggrave aussi pour le tourisme intérieur italien. Hier, vers 18 heures, 15 personnes ont été testées positives dans le Val d'Aoste et les autorités dissuadaient les nouveaux voyageurs d'arriver. «J'invite les touristes encore présents dans la vallée d'Aoste à rentrer chez eux», a déclaré Mauro Baccega, conseiller régional de la santé devenu porte-parole des autorités locales.

«Notre région ne dispose que d'un hôpital, explique-t-il  à l’agence de presse italienne ANSA, et il est incapable de soigner d'autres personnes que les résidents».

Suite aux nouvelles mesures introduites par le gouvernement, la compagnie italienne Costa Croisières a décidé d’interrompre ses voyages en Méditerranée jusqu'au 3 avril. «Les croisières en cours ne s'arrêteront dans les ports italiens que pour permettre aux passagers de débarquer et de rentrer chez eux, sans faire d'excursions ni de nouveaux embarquements», écrit la société dans un communiqué sur son site. Et même si les mordus de croisières à bord des paquebots de plusieurs étages peuvent jouir d’un crédit offert par la compagnie pour une future croisière, même si les habitants des villes côtières se réjouissent de ne plus voir ces monstres sacrés passer devant leurs fenêtres, l’entreprise qui emploie 19.000 personnes devrait se serrer la ceinture, si ça dure…

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pandémie, virus, Covid-19, tourisme, Italie
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