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Après le Royaume-Uni, la France exprimerait sa méfiance vis-à-vis de Huawei, pour déployer son réseau 5 G. Si Paris souhaite se passer progressivement du géant chinois des équipements télécoms, a-t-il les moyens de sa politique? Yannick Harrel, spécialiste en cyberstratégie, dévoile le dessous des cartes à Sputnik.

La France se mettra-t-elle en ordre de bataille pour faire barrage aux équipements 5G commercialisés par le producteur chinois Huawei? Bien que Bruno Le Maire ait assuré qu’il n’y avait aucune discrimination vis-à-vis du géant chinois, des sources de Reuters affirment le contraire: les opérateurs télécoms français ne pourraient pas obtenir de prorogation de leurs autorisations si elles continuent à s’équiper auprès de Huawei.

Une information qui tombe dix jours après que le ministre britannique de la Culture et du Numérique a annoncé, dans l’intérêt de sécurité nationale, l’interdiction de l’achat de nouveaux équipements Huawei dès la fin 2020 et le retrait des équipements existants d’ici à 2027.

Absence d’alternative technologique

Admettant que «les Français ont toujours été réticents», Yannick Harrel, spécialiste en cyberstratégie, rappelle que Guillaume Poupard, directeur de l’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), avait déjà mis en garde les acteurs français des télécoms:

«On donne huit ans pour quitter Huawei, mais pour l’instant, on n’a pas d’alternative pour la 5G en Europe», rappelle Yannick Harrel.

Citant Bouygues et Altice (SFR), qui pourraient opposer leur force technologique au Chinois, l’expert donne également l’exemple de Nokia et d’Ericsson, tout en suggérant de regarder de plus près «qui est présent dans le capital» de ces compagnies. «Je ne serais pas surpris d’y trouver un fonds d’investissement chinois», souffle-t-il.

«Pour la France, ce n’est pas nouveau. On voit bien qu’on ne demande pas de stopper en 2021, mais en 2028. Sauf que les Chinois vont tenter d’autres moyens de pénétrer le marché européen et français, en particulier, comme via les fameux centres de recherche et de développement», analyse M. Harrel.

L’expert reste «sceptique» sur le fait qu’en huit ans, la France puisse se doter d’une industrie 5G «capable de rivaliser» avec celle des Chinois, qui ont déjà «dépensé des milliards de dollars pour atteindre leur niveau actuel». Il souligne que «les seuls qui s’y opposent, Orange, Nokia et Ericsson», ne sont pas des solutions purement françaises.

Dessous géopolitiques du revirement britannique

Même si «la Maison-Blanche fait pression sur les pays occidentaux» qui voudraient passer chez Huawei «depuis de très nombreux mois», cette pression «s’inscrit dans une vision plus large de rééquilibrage des relations sino-américaines», explique l’expert.

«Donald Trump a très bien compris que le danger pour les États-Unis vient de Chine, en tant que concurrent technologique le plus avancé dans le monde, précise l’expert. La Chine offre des équipements de haute technologie à la Grande-Bretagne, aux États-Unis et à l’Allemagne, à des coûts que ces pays ne peuvent pas contrer.»

Néanmoins, la rapidité du revirement surprend quelque peu M. Harrel, puisqu’«il y a tout juste quelques semaines», Huawei s’apprêtait à ouvrir en Grande-Bretagne un centre de recherches et de développement sur les télécommunications, pour un montant d’un milliard de livres sterling. «Il y a des pressions de Washington, mais je pense que c’est lié à l’affaire de Hong Kong», suppose Yannick Harrel.

Après le «non» à Huawei, à qui dire «oui»?

L’expert admet que le désir d’endiguer la présence de la technologie made in China a pour but de renforcer la souveraineté industrielle européenne. Mais il appelle à regarder «dans le détail, qui parmi les Européens peuvent» en être la base.

«Cela met en exergue le fait qu’il y a un saut technologique qui n’est pas fait par les Européens ni par les Américains, dans une moindre mesure, constate Yannick Harrel, parce que c’est NTT DoCoMo qui est le plus avancé au Japon, Samsung en Corée du Sud, et le reste, c’est Huawei et ZTE pour la Chine.»

Bien qu’utiliser une technologie chinoise présente «des risques, comme toute technologie non nationale», la 5G de Huawei aurait un avantage: «être efficace» et prête à une utilisation immédiate, «bénéficiant d’années de recherche et de développement». D’après l’interlocuteur de Sputnik, «on ne peut pas aller très loin sans la 5G» si on rêve de véhicules autonomes, d’industries 4.0, de robotisation et d’intelligence artificielle.

«La France a choisi une solution médiane: non interdire, mais exclure à terme. Mais il peut s’en passer des choses, en huit ans. Est-ce qu’à ce moment, une industrie des télécommunications française ou européenne existera? Pas sûr. Sans oublier que les Chinois sont très doués au niveau diplomatique: s’ils ne peuvent pas passer par ce chemin, ils en emprunteront un autre. On pourrait voir apparaître des opérateurs nationaux mineurs, c’est-à-dire, des sous-traitants», conclut l’expert en cyberstratégie.

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Tags:
Angleterre, Huawei, France, technologie 5G
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