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Après les deux déplacements d’Emmanuel Macron au Liban, comment le peuple libanais voit-il ces interventions dans sa politique intérieure, qui font suite à l’explosion qui a dévasté Beyrouth le 4 août dernier? Fadi Assaf, ancien conseiller du Président du Liban, dévoile la réalité du terrain pour le Désordre mondial.

La France et l’Europe favoriseraient-elles un changement de régime «en douceur» au Liban, sous prétexte d’aide humanitaire? À la suite de l’explosion dévastatrice au port de Beyrouth, le 4 août dernier, qui a fait 177 morts et a des milliers de blessés, Emmanuel Macron s’est déjà rendu deux fois dans la ville, non seulement pour apporter son soutien aux Libanais, mais aussi pour exercer une pression réformatrice sur le gouvernement libanais.

La France et l’Europe favoriseraient-elles un changement de régime «en douceur» au Liban, sous prétexte d’aide humanitaire? À la suite de l’explosion dévastatrice au port de Beyrouth, le 4 août dernier, qui a fait 177 morts et a des milliers de blessés, Emmanuel Macron s’est déjà rendu deux fois dans la ville, non seulement pour apporter son soutien aux Libanais, mais aussi pour exercer une pression réformatrice sur le gouvernement libanais.

C’est le principe même de la «Stratégie du choc» de Naomi Klein (elle-même une variante de la «fenêtre d’Overton»), un principe selon lequel les crises (catastrophes naturelles, attentats, crises économiques, etc.) modifient ce que les gens jugent acceptable dans une société.

Mais comment le peuple libanais perçoit-il les voyages du Président de la République, comme une aide ou une ingérence? Et dans quel sens la pression française s’applique-t-elle? Macron a passé les deux dernières semaines à pousser la classe politique libanaise à former un nouveau gouvernement. L’Union européenne a abondé dans ce sens en conditionnant tout versement ultérieur d’aide humanitaire à la présence un gouvernement libanais «crédible».

À quoi ressemblerait un gouvernement acceptable pour la France et l’UE? Les Libanais partagent-ils cette vision? Fadi Assaf, ancien conseiller du Président du Liban et consultant en relations internationales, revient sur la manière dont la première visite de Macron a été perçue par l’opinion publique sur place:

«La première était une réaction populaire très favorable à la présence française. Il faut considérer quand même que les dirigeants libanais n’ont pas osé descendre dans la rue, alors qu’un Président étranger, français, est quand même allé à la rencontre des Libanais traumatisés par ce drame. Donc l’accueil a été très favorable la première fois.»

Le second séjour d’Emmanuel Macron au Liban a été bien différent. Fadi Assaf nous en rappelle le contexte et explique en quoi la réaction des Libanais a évolué d’une fois sur l’autre:

«Plus tard, lorsqu’il est revenu pour commémorer –parce que c’était prévu d’avance– le centenaire de la proclamation du Grand Liban, il est surtout allé voir la classe politique pour essayer de vendre son nouveau contrat politique. Là, l’accueil populaire est devenu un petit peu plus susceptible à son égard. On commençait à soupçonner une volonté du Président Macron de sauver ou de réhabiliter la classe politique [libanaise, nldr]. En réalité, il n’en est rien. Les visites du Président Macron et l’élan de solidarité de la France et des Français vis-à-vis du Liban et des Libanais sont quelque chose d’exceptionnel. On n’a pas vu ça chez les pays arabes voisins.»

L’assistance internationale actuelle dans cette période de crise suffit-elle? Fadi Assaf dévoile le dessous des cartes géopolitique derrière une aide à géométrie variable:

«Le gros des aides ne vient que de quatre ou cinq parties. Par exemple, les pays arabes vraiment traînent des pieds. Ils ont des raisons plutôt géopolitiques pour traîner des pieds. C’est quand même regrettable, puisque plus les pays arabes qui comptent –comme l’Arabie saoudite, notamment, et les Émirats arabes unis– hésitent à revenir au Liban, plus cette place qui devrait être la leur auprès des Libanais est concurrencée, occupée par d’autres rivaux, notamment la Turquie, l’Iran, et d’autres.»

Et le peuple libanais, à qui s’en prend-il pour la catastrophe du port de Beyrouth? Pour l’ancien conseiller du Président du Liban et consultant en relations internationales, la réponse est claire:

«Généralement, les plus avertis accusent le système. Tout le système. Ce système archaïque, qui est basé sur la répartition du pouvoir entre des familles politiques mafieuses. Donc, c’est un système qui se repose sur une institutionnalisation de la corruption, qui empêche que soient demandés des comptes à la classe politique.»

Cette fois-ci, l’ingérence étrangère serait peut-être donc aussi une opportunité, puisque pour l’expert, les enjeux pour le Liban, qui fait face à de multiples crises, sont critiques:

«Le Liban est sérieusement menacé de devenir un État failli ou défaillant. Il l’est déjà. Et au-delà de cela, on peut redouter quand même que le Liban et le projet du Liban, qui a aujourd’hui 100 ans, ne finissent par disparaître, de perdre sa raison d’être, qui est d’assurer la protection des minorités qui y vivent, de leur donner la sécurité, de leur donner une ouverture vers le monde occidental tout en étant ouvert sur le monde arabe. On est en train d’être isolés. S’il faut trouver quelque chose de “bien” –et je regrette l’expression– à cette explosion, c’est quand même un peu d’avoir sorti le Liban de son isolement.»

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Tags:
Arabie Saoudite, Hezbollah, Émirats Arabes Unis, France, Liban
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