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Présidentielle 2020 aux États-Unis (113)
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La tension et l’incompréhension montent aux États-Unis alors qu’un candidat demande d’arrêter le décompte des voix, tandis que l’autre exige qu’elles soient toutes comptées. Au micro de Sputnik, Renan-Abhinav Moog, expert des États-Unis à la fondation Jean Jaurès, revient sur le scrutin le plus chaotique depuis l’élection de George Bush en 2000.

Contrairement à l’élection de 2016, celle de 2020 est en train de se jouer sur un fil. Un scénario qui ne présage rien de bon pour l’union américaine. Les divisions étaient déjà nombreuses avant le scrutin, elles semblent s’aggraver.

Le monde retient donc encore son souffle, alors que, du côté Démocrate comme Républicain, les échanges se font de plus en plus martiaux. Alors que Donald Trump était en position favorable dans l’État clef de Pennsylvanie, il a tenté de faire arrêter le décompte des votes, soupçonnant des fraudes dans les votes par correspondance qui continuaient à affluer. De son côté, l’équipe de Biden est montée au créneau pour qu’absolument chaque vote soit compté.

Tension extrême autour des résultats

Pour y voir plus clair, Sputnik France a tendu son micro à Renan-Abhinav Moog, expert des États-Unis auprès de la fondation Jean Jaurès. Selon lui, l’hypothèse d’un vainqueur désigné à l’issue d’une décision de la Cour suprême est tout à fait probable, en particulier quand on observe la communication du Président Trump et de son équipe depuis le soir du 3 novembre. Une telle offensive ne devrait même pas apparaître comme une surprise:

«Donald Trump et son cercle rapproché sont prêts à aller jusqu’à la Cour suprême. Il en parlait même avant l’élection. S’il décidait d’y aller, personne ne l’en dissuaderait.»

Un scénario qui ne fait pourtant pas l’unanimité «au sein de “l’establishment” Républicain, pour qui les choses sont légèrement différentes», poursuit le chercheur. Idem pour la position de Donald Trump sur le fait d’arrêter de compter les votes dans plusieurs États, y compris –étonnamment– certains où il est en tête. Certains Républicains comme le membre du congrès Adam Kinzinger ou la sénatrice Lisa Murkowski, «commencent d’ailleurs à être un peu gênés par la tournure que prend le scrutin.» Mais depuis qu’il s’est lancé en politique, le Président sortant n’a eu cure de bousculer les Républicains les plus centristes.

​Ces derniers renâclent à s’identifier avec la stratégie de Donald Trump qui consiste à demander l’arrêt du décompte des voix.

«Aux États-Unis, il y a tout de même un grand respect pour les Institutions, pour le processus électoral. Le fait de remettre en cause des votes qui ont été –jusqu’à preuve du contraire– légalement émis met mal à l’aise certaines individualités du côté Républicain et de la classe politique en général. Et pourtant, il me semble assez inévitable côté Républicain que le dossier aille jusqu’à la Cour suprême si Donald Trump n’est pas déclaré vainqueur», juge Renan-Abhinav Moog.

Pour illustrer son propos sur le respect des Institutions, ce dernier prend d’ailleurs l’exemple d’Al Gore lors de l’élection en 2000 qui l’opposait à George W. Bush Jr: Lors de ce scrutin extrêmement serré, la Cour suprême avait interrompu le recompte des voix dans l’État de Floride, où l’écart était initialement de 0,5%. Le candidat démocrate Al Gore avait alors concédé sa défaite «alors qu’il y avait matière à se battre, au nom de l’union de la nation et du respect des Institutions», analyse l’expert de la fondation Jean Jaurès.

Les Démocrates aussi prêts à aller devant la Cour suprême

Mais attention, malgré la perception parfois biaisée que l’on peut avoir depuis l’Europe, le recours à la Cour suprême en cas de défaite ne serait pas uniquement propre à Trump et son camp, estime Renan-Abhinav Moog:

«Côté Démocrate, si jamais le résultat était défavorable à Biden, je suis aussi convaincu, compte tenu de la campagne que l’on vient de vivre, qu’ils feraient la même chose et emmèneraient le dossier devant la Cour suprême.»

Une situation qui ne présage rien de bon pour la santé démocratique des États… aujourd’hui difficilement Unis.

Des violences en vue?

Compte tenu du niveau de polarisation extrêmement élevé, un cycle électoral qui durerait trop longtemps pourrait avoir des conséquences dramatiques, juge Renan-Abhinav Moog:

«Il y a un nombre important de personnes qui sont des militants extrêmes et qui sont prêts à faire des actions qui soient beaucoup plus violentes que faire un siège devant des bureaux de vote. Personne ne peut prédire l’avenir, mais l’hypothèse qu’il y ait des actions violentes semble assez forte.»  

Et pour lui, il n’y a pas d’un côté le camp du Bien et de l’autre le camp du Mal.

​Les franges les plus extrêmes des deux partis sont clairement capables et déterminées à semer le chaos dans l’espace public et en arriver à la violence. D’autant qu’ils en ont les moyens.

«Il y a des deux côtés des gens qui sont farouchement opposés au candidat qui n’est pas le leur et ils sont prêts à le manifester de façon très visible et très violente», constate l’expert des États-Unis.  

Une dualité des éléments violents qu’il est important de rappeler, car «en France, on a souvent à se focaliser sur les partisans les plus à droite de Donald Trump, mais il y a aussi une partie de militant anti-Trump qui est prête à manifester de façon très violente contre une réélection de Trump, qu’ils ne considèrent déjà pas comme leur Président», avertit-il.

Dossier:
Présidentielle 2020 aux États-Unis (113)

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Joe Biden, Donald Trump, présidentielle américaine 2020
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