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À quelques encablures d’un «no deal», le Royaume-Uni et l’UE se sont mis d’accord sur les conditions commerciales post-Brexit. Dorénavant, les deux entités auront un accès réciproque à leurs marchés, sans droits de douane ni quotas. L’économiste Henri Sterdyniak revient pour Sputnik sur les conséquences de cet accord.

«Nous allons devenir un voisin amical, le meilleur ami et allié que l'UE pourrait avoir, travaillant main dans la main quand nos valeurs et intérêts coïncident, tout en respectant le désir souverain du peuple britannique de vivre sous ses propres lois.»

Devant le Parlement britannique, Boris Johnson, Premier ministre, s’est félicité de l’accord post-Brexit. En effet, après de très longues négociations, Bruxelles et Londres ont fini par s’entendre sur les conditions qui régiront leurs échanges commerciaux après leur rupture. Le texte entrera en vigueur le 1er janvier, mais son application reste néanmoins provisoire, en attendant le vote du Parlement européen qui devrait intervenir au premier trimestre 2021.

Une victoire pour les Britanniques?

Dorénavant, ce partenariat commercial permettra un accès réciproque sans droits de douane ni quotas aux marchés de l'UE et du Royaume-Uni. Avec un marché européen de 450 millions de consommateurs, les Britanniques sont-ils les grands gagnants du deal post-Brexit?

Pour Henri Sterdyniak, directeur du département Économie de la mondialisation de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), les deux parties ont avant tout signé un compromis. Même s’il concède: «D’un côté, les grands gagnants sont les personnes qui voulaient effectivement que le Royaume-Uni retrouve sa souveraineté politique.» Et pour cause, «cela permet au Royaume-Uni d’avoir la maîtrise de sa politique, notamment en matière d’immigration, et également de pouvoir continuer à vendre sur le marché unique européen dans des conditions relativement satisfaisantes», détaille l’économiste.

«Néanmoins, de l’autre côté, l’Union européenne a montré son unité, donc elle n’a pas tout perdu dans la négociation», nuance Henri Sterdyniak.

Cette liberté retrouvée des Britanniques pourrait-elle avoir des conséquences sur l’économie européenne? Pour notre interlocuteur, «cela n’aura pas de grand impact», si ce n’est un «petit effet négatif, car il y aura des barrières non tarifaires», mais «c’est quand même extrêmement marginal», relativise-t-il. En cas de no deal, l’instauration de barrières tarifaires aurait pu avoir «un impact très négatif sur le PIB du Royaume-Uni». Dans une interview donnée à La Croix, l’économiste Meredith Crowley indiquait que le gouvernement britannique estimait en 2018 que la chute du PIB se situerait entre 7,6% et 9,3% sur dix ans en cas de non-accord, contre 4,9% en cas d’accord.

«Or, pour l’Union européenne, dans les travaux les plus pessimistes, on parle d’un impact négatif de l’ordre de 0,7 point de PIB. Compte tenu de la crise de la COVID, personne ne s’en apercevra.»

Du côté français, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, avait estimé à 0,1 point de PIB le coût du Brexit avec ou sans accord. La Banque de France tablait, quant à elle, sur une baisse de 0,2 point de PIB, soit un peu plus de 4 milliards d'euros.

Après le départ du Royaume-Uni, d’autres à venir?

Au-delà des comptes d’apothicaire, d’un point de vue politique, l’épilogue positif de ce Brexit pourrait-il donner des idées aux pays souhaitant recouvrer leur souveraineté? «Oui dans l’absolu», confirme Henry Sterdyniak. Cependant, il prévient: «Cette sortie n’a pas été facile, les négociations ont été longues et difficiles.» Par ailleurs, «le Royaume-Uni ne pourra pas faire n’importe quoi comme un grand choc libéral, même si on ne sait pas s’ils en avaient l’intention», affirme l’économiste.

«L’Union européenne conservera un droit de regard sur la législation britannique. Si, par hasard, les Anglais voulaient faire du dumping en matière salariale, sociale ou réglementaire, l’UE pourrait réagir», prévient Henri Sterdyniak.

En outre, le membre de l’OFCE rappelle que le Royaume-Uni était contributeur net à l’Union européenne donc versait de l’argent.

«Dans le cas de la Pologne ou de la Hongrie, le problème c’est qu’ils perdraient des fonds que l’UE leur fournit. C’est pourquoi la situation du Royaume-Uni était tout à fait particulière de ce point de vue-là», conclut Henri Sterdyniak.

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