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Dans le Minnesota, une policière a tué un jeune homme noir, Daunte Wright. L’incident suscite beaucoup moins d’attaques à l’encontre de la Maison-Blanche que ne l’avait fait la mort de George Floyd. Gérald Olivier, spécialiste des États-Unis, explique au micro de Sputnik les raisons de ce deux poids, deux mesures.

« Donald Trump était Président lors de la mort de George Floyd. Créer de l’instabilité pouvait servir les intérêts de l’opposition», juge le spécialiste de la politique américaine Gérald Olivier, auteur de «Sur la route… de la Maison-Blanche» (éd. Jean Picollec). 

Effectivement, la mort de Daunte Wright, un homme de couleur abattu par la police dans la banlieue de Minneapolis lors d'un contrôle routier ce 11 avril ne mobilise pas les foules pour le moment. Doit-on y voir la conséquence d’un parti pris de la presse US?

«Trop tôt pour porter un jugement»

Le jeune homme a pourtant été tué à bout portant par une policière qui affirme avoir utilisé son arme de service par mégarde, l’ayant confondue avec son Taser.

​Selon les rapports de la police, le jeune Wright a d'abord été arrêté pour avoir roulé avec des plaques minéralogiques périmées. Puis les policiers ont remarqué des désodorisants accrochés à son rétroviseur, ce qui est illégal dans le Minnesota, car susceptible de gêner la vue du conducteur! Enfin, selon un communiqué publié ultérieurement par le département de police du Brooklyn Center, après un examen plus approfondi, les agents ont appris durant l’interpellation que Daunte Wright faisait l’objet d’un mandat d’arrêt.

Faut-il donc redouter un déchaînement de violences semblable à celui qui a suivi la mort de George Floyd? Il est «trop tôt pour porter un jugement sur la réaction populaire à ces deux événements, car la mort de Daunte Wright est trop proche», temporise Gérald Olivier. Les faits sont effectivement récents. La vidéo de la mort du jeune homme vient d’être rendue publique ce lundi 12 mars.    

De plus, «on sait que Wright a refusé de se laisser arrêter, ce qui est un délit, et qu’il est mort alors que les policiers lui portaient secours… De plus, les émeutes de dimanche à Minneapolis sont un léger écho aux émeutes de l’an passé après le décès de George Floyd. Toutefois, la tension demeure palpable», résume notre interlocuteur.

Des manifestations et des émeutes ont bien eu lieu à Minneapolis. Des protestations à plus basse intensité ont agité d’autres villes comme Oakland en Californie ou Portland en Oregon… Elles émanaient de petits groupes. Rien de comparable avec la mort de George Floyd. Selon le New York Times, entre 15 et 26 millions de personnes avaient alors envahi les rues. Elles avaient manifesté dans plus de 2.000 villes et villages des cinquante États américains.

​Aussi, «il ne faut pas oublier qu’a lieu actuellement à Minneapolis le procès de Derrick Chauvin, accusé du meurtre de George Floyd. L’attention de la population est focalisée sur ce procès. Les groupes comme Black lives matter en attendent les conclusions pour réagir. Et l’on sent bien que, pour les jurés, il y a une obligation de condamner, sous peine de provoquer des émeutes», précise le chercheur associé à l’Institut prospective & sécurité en Europe (IPSE).

Trump, coupable idéal?

Il n’en demeure pas moins vrai que les attaques à l’encontre de la Maison-Blanche, à l’heure où cet article est écrit, n’ont rien à voir avec le déferlement de critiques qui s’est abattu sur Donald Trump. Ce dernier étant accusé d’aggraver les violences policières. En particulier à l’encontre des minorités. Ainsi, le groupe de réflexion Center for American Progress Action Fund, un institut progressiste Outre-atlantique, a mis en cause la «rhétorique inflammable» du Président Trump.  

«Voter pour Trump vous rend responsable de la mort de George Floyd.»

L’ancien occupant du bureau ovale avait pourtant tenu un discours quasi identique à celui que Joe Biden diffuse en réaction à la mort de Daunte Wright. «Ce qu’il s’est passé» dimanche à Brooklyn Center «est vraiment tragique, mais je pense qu’il faut attendre de voir ce que nous dira l’enquête», a-t-il déclaré aux journalistes. «En attendant, je veux le redire clairement: il n’y a absolument aucune justification, aucune, aux pillages. Les manifestations pacifiques» sont «compréhensibles», a-t-il ajouté.

Le quarante-cinquième Président des États-Unis avait pour sa part déclaré: «La mort de George Floyd dans les rues de Minneapolis est une grave tragédie.» Mais il avait ajouté que sa mémoire était «déshonorée par les émeutiers, les pilleurs et les anarchistes». Il avait appelé de ses vœux «la réconciliation, pas la haine; la justice, pas le chaos».

Les médias mainstream évitent «de mettre Joe Biden dans l’embarras»

Bref, ces violences policières continuent d’exister à des niveaux graves avant et après Trump. Gérald Olivier y voit la preuve que les attaques à l’égard de ce dernier durant la séquence George Floyd n’étaient pas dénuées d’arrière-pensées politiques.

«C’est une évidence. Donald Trump n’a jamais été la source de ces tensions [raciales], je dirais au contraire qu’il en a été la cible. Elles avaient pour objectif de le faire tomber. Ce n’est pas Donald Trump qui a divisé l’Amérique, c’est la gauche», estime le chercheur.

Pour notre interlocuteur, il n’est pas ici question de défendre un Président plutôt qu’un autre. Gérald Olivier souhaite plutôt mettre en lumière le traitement à géométrie variable dont fait preuve une partie importante de la presse américaine face à deux incidents tragiques.  

«Pour quiconque suit le théâtre politique américain au quotidien, il est évident que le Président Biden est protégé par la presse. Les médias mainstream, aussi bien télé que papier, évitent autant que possible de mettre Joe Biden dans l’embarras», explique Gérald Olivier.

«Souvenez-vous de la conférence de presse qu’il a tenue le 25 mars à la Maison-Blanche», rappelle-t-il. «Il n’a rien dit qui soit consistant. Il a eu du mal à finir certaines de ses phrases. Il a perdu le fil de sa pensée en cours de phrase. Il n’a pris les questions que de journalistes pré-désignés et tous favorables aux idées démocrates… Eh bien, les médias n’ont rien trouvé à y redire!» conclut le chercheur.

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Tags:
Joe Biden, violences policières, police, racisme, Black Lives Matter, États-Unis
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