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Énergivore, empreinte carbone importante: alors que le bitcoin vient de battre un record en atteignant les 62.800 dollars, des chercheurs dénoncent les conséquences écologiques du «minage» de cette cryptomonnaie, activité inhérente à sa production. Deux spécialistes nuancent pourtant son impact environnemental au micro de Sputnik.

Le bitcoin, un gouffre énergétique? Selon une étude réalisée par des chercheurs chinois, publié dans Nature communications, la consommation d’énergie et les émissions de carbone associées au «minage» de bitcoins (procédé de validation informatique des transactions) pourraient fortement augmenter ces prochaines années. En effet, la plus célèbre cryptomonnaie continue de battre tous les records. À l’heure, où sont écrites ces lignes, le bitcoin vient de franchir le cap des 62.800 dollars (52.850 euros).

Ainsi, rien que pour la Chine, la consommation d’électricité pourrait atteindre 297 TWh d’ici 2024. En termes d’empreinte carbone, celle-ci produirait 130 millions de tonnes de CO2 chaque année. Plus que la production totale des émissions de gaz à effet de serre de la République tchèque en 2016. En effet, dans le cas de la Chine, qui représente 65% de l’activité de minage, 40% de l’électricité utilisée est produite par des centrales à charbon. D’ailleurs, une autre étude publiée en 2018 dans la revue Nature Climate Change indiquait que si le bitcoin était utilisé massivement, il pourrait provoquer une hausse de la température mondiale de 2 °C en 16 ans.

Une activité particulièrement attractive… et énergivore

Comme l’explique Julien Béranger, spécialiste des cryptomonnaies, avec des cours à la hausse, les mineurs sont de plus en plus nombreux à se lancer dans la compétition, entraînant une complexification des opérations, sans compter que le protocole sur lequel repose le bitcoin (BTC) est très énergivore.

«Le bitcoin utilise le “proof-of-work”, c’est-à-dire que vous avez des milliers d’ordinateurs qui essaient d’obtenir la récompense pour chaque bloc résolu, qui est de 6,25 BTC, soit 330.000 euros toutes les dix minutes pour celui qui gagne. Néanmoins, d’autres perdent, ils ont donc consommé de l’électricité simplement pour avoir essayé de remporter la récompense», résume Julien Béranger.

Faudrait-il envisager un autre protocole? Peu de chance, car la philosophie du bitcoin repose sur ce dernier, souligne Julien Béranger. Il garantit la décentralisation de cette monnaie numérique, un principe fondamental pour ses utilisateurs. Cependant, l’expert rappelle que toutes les cryptos ne reposent pas sur le «proof-of-work», à l’image d’ethereum (ETH) qui devrait d’ici fin 2021 passer au «proof-of-skate», moins énergivore. En clair, les mineurs ne se livrent plus une compétition acharnée pour la résolution d’un bloc, mais participent à ce processus de validation en «mettant en jeu de la valeur, une caution de 32 ETH (59.500 euros)» donc «il y a moins besoin de puissance de calcul», détaille Julien Béranger.

Contacté par Sputnik, Frédéric Ocana, consultant en chaîne de blocs, dénonce quant à lui le traitement médiatique du bitcoin, notamment sur la question environnementale. Pour lui, «cela fait le buzz, c’est sulfureux, sensationnel, de dire qu’il pollue, les médias aiment bien.» Frédéric Ocana estime qu’il est nécessaire de faire preuve de mesure.

Vers la transition écologique du minage?

Si de son côté, le Cambridge bitcoin electricity consumption index (CBECI) indique que la consommation annuelle du bitcoin pourrait atteindre 128 TWh (térawatt-heure), soit 0,6% de la production électrique mondiale, cela reste plus «modéré par rapport à d’autres technologies, comme l’air conditionné et les ventilateurs qui consomment 2.000 TWh par an», soulignait George Kamiya, analyste à l’Agence internationale de l’énergie (AIE), cité par l’AFP.

«Le bitcoin a au moins une vertu, c’est qu’il faut trouver l’énergie la moins chère, et la moins chère, c’est bien souvent les énergies renouvelables que tu ne peux pas stocker», avance Frédéric Ocana.

D’après une étude du CCAF, 76% des mineurs utilisent les énergies renouvelables. Ainsi, pour les activités de minage, 62% ont recours à l’hydraulique, 17% l’éolien et 15% le solaire. Néanmoins, ces mineurs n’utilisent pas exclusivement des ressources renouvelables. Par conséquent, seuls 39% de l’énergie consommée provient de ces ressources. Une hausse puisqu’en 2018, cette part s’élevait à 20%.

Capture d'écran, rapport du CCAF sur la répartition des sources d'énergie utilisées pour le minage
© Photo / Capture d'écran // Rapport CCAF
Capture d'écran, rapport du CCAF sur la répartition des sources d'énergie utilisées pour le minage

En outre, Frédéric Ocana observe que le minage met en exergue la problématique des «mix énergétiques» des pays qui accueillent les mineurs. Ainsi, 70% d’entre eux situés en Europe et 66% des nord-américains utilisent des énergies renouvelables, contre 25% des mineurs résidant en Asie-Pacifique.

Frédéric Ocana affirme donc que les choses évoluent positivement et n’oublie pas de souligner que les monnaies fiduciaires sont loin d’être un modèle de vertu.

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Tags:
environnement, cryptomonnaie, Bitcoin
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