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En marge de délicates négociations avec Washington, Islamabad a réitéré son opposition à l’ouverture d’une base américaine après le retrait des troupes d’Afghanistan. Une position motivée en particulier par les liens d’Islamabad avec la Chine, mais aussi par la relation privilégiée qu’entretient le Pakistan avec les talibans*. Explications.

«Il n’est pas question que le Pakistan leur donne [aux États-Unis, ndlr] des bases, nous devons garder à l’esprit nos propres intérêts», a affirmé le 7 juin le ministre des Affaires étrangères pakistanais, en réponse à un article du New York Times paru le même jour affirmant que des négociations pour l’installation d’une ou plusieurs bases américaines dans son pays étaient en cours.

Le temps presse pour Washington. Avec plus de 50% de ses troupes et de ses capacités militaires désormais hors d’Afghanistan, les États-Unis n’auront au 11 septembre 2021 plus aucun pied-à-terre militaire dans le pays. Or, la menace d’une prise par les talibans* du pouvoir en Afghanistan menace à mesure que les GI’s se retirent. Et ce, du propre aveu de la CIA.

La fameuse agence américaine et le renseignement militaire américain cherchent donc désespérément un pays avoisinant susceptible d’accueillir une base aérienne depuis laquelle Washington pourrait récupérer du renseignement, surveiller et frapper si besoin est, les talibans*. Problème: les États-Unis n’ont guère d’amis dans la région.

Les USA, isolés dans la région

À l’ouest de l’Afghanistan se trouve l’Iran qui, pour des raisons évidentes, n’acceptera jamais une base américaine sur son sol. De même pour les anciennes républiques soviétiques au nord de l’Afghanistan, telles que le Tadjikistan, le Turkménistan ou encore l’Ouzbékistan. Comme l’explique le New York Times, celles-ci mettraient en péril une relation fonctionnelle avec Moscou en accueillant de telles installations militaires américaines, sans en tirer de grand bénéfice.

Reste le Pakistan, où Washington n’a plus de bases depuis qu’ils en ont été expulsés en 2011, à cause des différends concernant leurs approches respectives de la lutte antiterroriste. C’est pourtant sur ce dernier pays que les Américains souhaitent jeter leur dévolu, faute de quoi, la base la plus proche serait celle située aux Émirats arabes unis, à quelque 1.688 kilomètres à vol d’oiseau.

En effet, «cette base ne peut être qu’au Pakistan. Cela leur permettrait de soutenir par voie aérienne les opérations terrestres de l’armée afghane et de contrecarrer l’arrivée au pouvoir des talibans*», explique le général Alain Lamballe, spécialiste de l’Asie du Sud au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) et contributeur à Asie 21.

L’effort américain serait pourtant peine perdue, selon lui. Les Pakistanais regardent non plus vers l’Occident, mais vers l’Orient. Une nouvelle direction géopolitique qui dicte ses choix stratégiques.

«La priorité du Pakistan est désormais sa relation avec la Chine. Cela a d’ailleurs influé sur la décision pakistanaise. Les Chinois ne tiennent absolument pas à ce que les Américains aient une base dans la région et surtout pas au Pakistan», explique le général.

En effet, le Pakistan est devenu ces dernières années l’un des piliers du projet chinois des nouvelles routes de la soie. La Chine a déjà investi des milliards de dollars dans les infrastructures pakistanaises, en particulier dans celles des transports (autoroutes, ports).

Le Pakistan ne veut froisser ni la Chine ni les talibans*…

Au total, Pékin a promis d’investir quelque 60 milliards de dollars dans le pays. Au-delà du volet économique, la «plus grande armée du monde» prête également main-forte au Pakistan dans son conflit de basse intensité avec l’Inde, au Cachemire.

Il n’est donc pas question pour Islamabad, qui reçoit des milliards et de l’aide militaire des Chinois, de leur tourner le dos offrant une base opérationnelle à Washington. D’autant que, sans même prendre en compte la variable chinoise, il n’est pas garanti qu’installer une base américaine préserve les intérêts sécuritaires pakistanais.

«Les Pakistanais sont extrêmement inquiets de la situation en Afghanistan, car ils ne savent pas comment va se faire l’arrivée probable des talibans* au pouvoir», prévient le général.

Jusqu’ici, Islamabad entretenait des relations privilégiées avec les talibans* afghans, «ce qui leur assure une frontière occidentale calme, leur permettant de concentrer leurs forces à la frontière est avec l’Inde.» Là non plus, pas question d’irriter les alliés «étudiants en religion» qui pourraient bientôt être au pouvoir en accueillant une base de l’ennemi héréditaire des djihadistes.

… Mais souhaite conserver des liens avec Washington

Malgré ce refus d’accueillir une base américaine, le spécialiste de l’Asie du Sud estime que les Pakistanais «se demandent comment ne pas trop mécontenter les Américains.» D’où la poursuite de négociations.

Les deux pays restent effectivement des alliés sur le papier, en particulier dans la lutte antiterroriste, même si leurs objectifs en Afghanistan sont diamétralement opposés. Pour notre interlocuteur d’ailleurs, «ce refus n’aura pas de répercussion» importante sur les relations entre Washington et Islamabad.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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Tags:
CIA, base militaire, talibans, Taliban, Afghanistan, États-Unis, Pakistan
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