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Saïd Chengriha, le chef d’État-major de l’armée algérienne, a été reçu à Moscou sur invitation de son homologue russe. La rencontre s’est tenue dans le cadre de la conférence de Moscou sur la sécurité internationale. Une visite de haut niveau qui illustre les profonds liens unissant les deux pays. Analyse.

«Il y a une alliance stratégique historique entre l’Algérie et la Russie», explique à Sputnik Brahim Oumansour, chercheur associé à l’IRIS, spécialiste du Maghreb et du Moyen-Orient

Le général de corps d'armée Saïd Chanegriha, chef d'état-major de l'Armée nationale populaire (ANP) algérienne
© Photo / Sputnik via le Ministère Algérien de la Défense Nationale
Et selon toute vraisemblance, cette alliance devrait continuer pour un moment. Saïd Chengriha, chef d’État-major de l’armée algérienne, a entamé le 21 juin une visite officielle de trois jours en Russie, «sur invitation de Monsieur le Général d’Armée Choïgou Sergueï Koujouguévitch, ministre de la Défense de la Fédération de Russie», précise le ministère algérien de la Défense. Celui-ci participe à la conférence de Moscou sur la sécurité internationale organisée du 22 au 24 juin.   

«Cette invitation marque une nouvelle fois le haut niveau de coopération entre les deux pays», souligne notre interlocuteur.

Une coopération fonctionnelle axée principalement autour du commerce des armes. «Depuis la période soviétique, l’Algérie a toujours été un friand client d’armes russes.» Brahim Oumansour rappelle qu’avant même que l’Algérie ne devienne un pays souverain, le gouvernement soviétique était un soutien concret de la lutte du peuple algérien pour son indépendance.   

Coup de pouce de Moscou pour moderniser l’armée algérienne

La Russie est aujourd’hui le premier fournisseur d’armes d’Alger, qui a augmenté ses importations de 64% entre 2016 et 2020. C’est d’ailleurs le meilleur client du continent en matière d’armes russes. En 2018, l’Algérie acquérait «la moitié des armes russes» exportées vers l’Afrique. En 2020, elle a acheté pour près de deux milliards de dollars de ces dernières, selon le site d’information RBC, citant les autorités douanières. En octobre 2020, le pays maghrébin a notamment reçu le premier lot des chasseurs MiG-29M/M2.

Les armes dont dispose aujourd’hui l’Algérie sont parmi les plus performantes de l’arsenal militaire commercial russe: elle détient des missiles Iskander-E ou encore des systèmes de défense antimissiles S-300.

«La coopération militaire ne s’arrête pas à l’achat d’armes. Il y a une importante collaboration en matière de formation. La Russie a accompagné la modernisation de l’armée tout au long des années 2000», précise le chercheur associé à l’IRIS.

En 2006, à l’occasion de la visite présidentielle en Algérie, première dans l’histoire des relations bilatérales, Vladimir Poutine a renforcé le partenariat stratégique signé entre l’Algérie et la Russie en 2001 à Moscou. Il effaçait également la dette militaire algérienne de 4,7 milliards de dollars.

Instabilité régionale

Une coopération militaire étroite et des importations massives qui pourraient étonner étant donné que l’Algérie est un pays en paix, et ce depuis plusieurs décennies, mais qui est compréhensible à la lumière des menaces régionales, surtout terroristes, auxquelles il fait face.

«La situation au Proche-Orient et les conflits militaires dans les pays voisins sont parmi les raisons qui font que l’Algérie achète beaucoup d’armes russes depuis des années», expliquait à Sputnik l’ambassadeur russe à Alger, Igor Beliaïev.

Sur son flanc est, l’Algérie doit effectivement transiger avec une Libye voisine en guerre civile depuis l’intervention de l’Otan en 2011 qui a décomposé le pays. Et sur son flanc sud, elle fait face à l’instabilité chronique dans le Sahara. Une situation qui inquiète d’autant plus depuis le retrait de la force Barkhane qui faisait, dans la limite de ses moyens, office de gendarme régional.

Cette étroite coopération permet également à la Russie d’avoir un partenaire fiable dans une région où il est parfois compliqué de naviguer, analyse Brahim Oumansour.  

«La conférence de Moscou, à laquelle participe le chef d’État-major algérien, s’inscrit dans un contexte régional instable et tendu du point de vue algérien», explique-t-il en commentant l’actuelle visite de Saïd Chengriha en Russie.

Moscou «compte de son côté sur la coopération avec Alger dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et la stabilisation régionale», poursuit le chercheur. 

Coopération civile

En particulier pour ce qui concerne la Libye, «le dossier sera très certainement évoqué entre les deux partis».

«Les terroristes migrent d’une région à une autre et présentent une menace pour la sécurité de l’Algérie et de la Russie. Voilà pourquoi nos deux pays luttent ensemble contre le terrorisme. L’Algérie a rejoint la base des données sur les terroristes élaborée par le Service fédéral de sécurité russe (FSB)», confiait à Sputnik le diplomate russe à Alger en 2018.

L’étroitesse des liens qui unissent les deux pays ne s’arrêtent cependant pas aux affaires militaires et sécuritaires. Dans le civil aussi, Alger et Moscou entretiennent de fructueuses relations.   

Parmi les plus importants dossiers bilatéraux, «Moscou coopère avec Alger sur le nucléaire civil», cite en exemple Brahim Oumansour. En avril 2016, les deux pays ont signé un mémorandum d’accords en vue d’une collaboration dans le domaine de l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. Cette déclaration d’intention prévoit notamment la construction d’une centrale nucléaire civile, qui devrait être inaugurée vers 2025.

La Russie se place également sur d’autres marchés civils algériens. Alger a récemment rejeté une cargaison française de 27.000 tonnes de blé pour non-conformité avec les exigences sanitaires. C’est Moscou qui devrait prochainement exporter 28.000 tonnes de blé à destination de l’Algérie, un des plus importants importateurs de céréales au monde. Un exemple parmi tant d’autres qui illustre la proximité entre les deux pays.   

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Tags:
Algérie, Russie, armements, ventes d'armes, S-300, nucléaire
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