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    Tariq Ramadan, légitime pour parler d’islamophobie? «Oui, un escroc qui parle d’une escroquerie, pourquoi pas…»

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    Tariq Ramadan continue de susciter la polémique. Le petit-fils du fondateur des Frères musulmans doit tenir une conférence ce vendredi 29 novembre dans l’Essonne sur l’islamophobie. Une perspective qui provoque une levée de boucliers des élus locaux. Sputnik a demandé à Fatiha Boudjahlat, militante féministe, sa réaction à ce propos.

    Mis en examen pour deux viols, objet de cinq plaintes en France et en Suisse, Tariq Ramadan tente petit à petit de revenir dans le champ politique, ce qui ne plaît pas à tout le monde.

    Après sa rentrée médiatique au micro de RMC début septembre, la tenue d’une conférence de l’islamologue à Saint-Germain-lès-Corbeil, dans l’Essonne, a suscité un tollé sur les réseaux sociaux. Le maire Yann Petel (DVD) et la député LREM, Marie Guevenoux, appellent ainsi le préfet du département à interdire la manifestation, prévue le vendredi 29 novembre. Celle-ci juge que les propos du professeur de sciences islamiques sur «l’islam, sur la laïcité, l’égalité entre les hommes et les femmes» sont ambigus et dangereux, ce qui selon elle, comporte «de trop grands risques de trouble à l’ordre public».

    ​Quelques jours après la très controversée manifestation contre l’islamophobie, le thème de cette conférence, «face à l’Islamophobie et aux injustices: Résister avec foi et intelligence», organisée par la librairie Albouraq dans une salle pouvant accueillir 1.000 personnes, pose également question. Tariq Ramadan avait déjà provoqué un scandale en mars dernier à Saint-Denis en s’invitant à une réunion sur les violences faites aux femmes. La municipalité avait dénoncé «une provocation inacceptable».

    Après les révélations sur ses frasques sexuelles, celui qui détenait une certaine aura auprès des musulmans en France est-il encore crédible et écouté de ses coreligionnaires? L’interdiction de cette manifestation ne risquerait-elle pas de victimiser davantage le mis en examen? Sputnik a interrogé la militante féministe et laïque, Fatiha Boudjahlat qui déplore son discours, en rappelant qu’il est toutefois difficile d’interdire sa parole.

    Sputnik France: Tariq Ramadan est-il légitime pour parler d’islamophobie?

    Fatiha Boudjahlat: «À partir du moment où je considère que l’islamophobie est un piège et quelque chose qui ne devrait même pas exister, oui, il est dans son rôle de prédicateur de la submersion de la France et du modèle républicain. Est-ce qu’il est légitime vis-à-vis de la communauté musulmane? L’islam est un système presbytero-synodal comme les protestants, il n’y a pas de clergé. Donc après tout, n’importe qui peut communiquer. Là où c’est indigne, c’est que Ramadan va encore essayer de faire croire que la France est opposée à l’islam, que la France est hostile aux musulmans en faisant croire que lui-même est victime de cette opposition, de ce conflit. Ce que l’on reproche à Ramadan, ce n’est pas d’être musulman, ce n’est même pas d’être islamiste, parce que l’on a droit d’être radical en France, on a le droit d’être islamiste, c’est qu’il est poursuivi pour viol et violences. Donc, est-ce qu’il est légitime vis-à-vis de nous pour parler d’islamophobie? Oui, un escroc qui parle d’une escroquerie, pourquoi pas…»

    Sputnik France: L’image de Tariq Ramadan a-t-elle été ternie auprès des musulmans?

    Fatiha Boudjahlat: «C’est depuis les années 1990 que ses cassettes se distribuaient notamment à Lyon, Villeurbanne et à Paris. Donc c’était vraiment une star, quelqu’un de coquet, qui parlait français, c’était très nouveau, et qui a pu donner cette image d’intellectuel –donc de modernité– d’un courant pourtant extrêmement conservateur. Il avait une vie internationale, professeur alors que sa chaire a été achetée par le Qatar, ce qui lui a permis de défendre un côté très conservateur.

    Maintenant, il s’est passé un double phénomène très habituel chez les religieux. Il a fauté, il a péché, il a menti puis il a reconnu effectivement qu’il avait trompé sa femme, avec des femmes très peu vertueuses comme il dirait, avec des pratiques pas très orthodoxes. Et là d’avoir dit pardon, c’est le côté born again des religieux, je demande le pardon, seul Dieu peut me juger.

    Le type qui passe son temps à juger les femmes, lui dit que seul Dieu peut le juger, donc les musulmans vont lui pardonner et vont le voir comme la preuve qu’on peut expier. Comme la preuve qu’on peut aller de l’avant et que Dieu peut pardonner. Dans les deux côtés, il est gagnant. Il était gagnant quand il avait l’air d’un saint et il est gagnant maintenant qu’il a l’air d’être un pécheur.»   

    Sputnik France: Faut-il interdire cette conférence de Tariq Ramadan?

    Fatiha Boudjahlat: «C’est une question de fond assez fondamentale. Moi, j’aurais été pour l’interdire de territoire français, comme son frère Hani Ramadan, qui est interdit de tenir conférence en France à cause de ses propos. Tariq Ramadan est un peu plus subtil que son frère Hani, il dit à peu près les mêmes choses, mais de manière plus subtile. Le problème pour Ramadan, c’est qu’il est franco-suisse par sa femme Iman, donc il a tout à fait le droit d’être en France. Et en France, on a le droit d’être con, on a le droit d’être radical, on a le droit d’être un salaud. Donc on ne peut pas interdire au préalable systématiquement a priori ses conférences.

    On a eu le même problème avec Dieudonné. Là où je trouve ça assez intéressant finalement, c’est que j’aimerais beaucoup que les femmes qui ont manifesté pour #NousToutes et surtout les copines de Caroline de Haas, aillent manifester devant la salle où se tiendra sa conférence pour montrer qu’elles ne sont pas hypocrites. Les mêmes qui iront manifester pour empêcher Bertrand Cantat de se produire –et moi j’en ferais volontiers partie–, alors qu’il a été reconnu coupable et qu’il a purgé sa peine. Je serais aussi pour qu’elles y aillent, parce qu’il faut croire à la parole des victimes et qu’il y a plusieurs victimes qui l’ont accusé de viol. Est-ce qu’il faut l’interdire? Hélas, non. On a un système de droit, mais il faut le combattre. Combattre, c’est manifester.

    Ces élus qui veulent interdire sa venue sont dans leur rôle. Je pose une question: qui a loué la salle pour lui, qui l’a fait venir? Et ces gens qui l’ont fait venir, ne touchent-ils pas des subventions municipales par ailleurs? Il faut enquêter autour de toute la constellation Ramadan. Laissons-le parler, manifestons, faisons des happenings comme avait fait une femen de se produire devant lui les seins nus. Il était terrorisé parce qu’une femme libre, ça doit le terroriser. Mais l’interdire, on ne peut pas dans l’État de droit. Il a fallu des années qu’on puisse trouver un petit argument pour interdire un spectacle de Dieudonné. On est dans un régime de droit. Les ennemis de la liberté profitent de notre liberté, mais on ne va pas renoncer à notre liberté à cause de ces gens-là. Mais il faut le combattre et que les femmes se réunissent devant la salle pour dire ce qu’il est, c’est-à-dire un prédateur.»

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