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Lors de la séance d'ouverture du 33e sommet de l’Union africaine, le Président égyptien a proposé de créer une force antiterroriste continentale. L’annonce d’Abdel Fattah al-Sissi sonne comme une volonté de concurrencer l’Algérie, considérée comme leader de la lutte contre le terrorisme en Afrique.

Le maréchal Abdel Fattah al-Sissi a voulu marquer les esprits dans son discours du 33e sommet ordinaire de l’Union africaine qui s’est ouvert dimanche à Addis-Abeba. Le chef de l’État égyptien a fait part de sa volonté d’organiser sommet africain au Caire pour discuter de la formation «d'une force antiterroriste africaine». «L’Égypte est prête à accueillir ce sommet africain extraordinaire à la fois par son sens des responsabilités et sa conviction de l’importance d’une telle force pour établir la paix et la sécurité en Afrique», a déclaré le Président égyptien.

Selon lui, les aspects organisationnels de sa proposition devront être débattus au sein de deux instances de l’UA: le Conseil de paix et de sécurité et le Comité technique spécialisé sur la défense, la sûreté et la sécurité. Pour Abdelkader Abderrahmane, chercheur en géopolitique et consultant international sur les questions de paix et de sécurité en Afrique, le maréchal al-Sissi tente d’imposer son leadership à travers cette offre.

«L’Égypte a transmis la présidence tournante de l’Union africaine à l’Afrique du Sud lors de ce sommet. La proposition d’al-Sissi d’abriter un sommet extraordinaire lui permettra de rester au-devant de la scène de l’organisation continentale. L’ambition de l’Égypte, il faut également la lier à son implication en Libye. Mais on constate que cette tentative de montée en puissance du Président égyptien intervient au moment où nous assistons au retour de l’Algérie au sein de l’Union africaine et également dans le règlement de la crise libyenne», a indiqué à Sputnik Abdelkader Abderrahmane.

Il faut dire qu’avec son projet de force antiterroriste africaine, le Président Abdel Fattah al-Sissi piétine les plates-bandes des Algériens. Le capital expertise en matière de lutte contre ce phénomène, qui s’est forgé durant la décennie 90, a été présenté à la communauté internationale au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Au sein de l’Union africaine, l’Algérie a contribué activement à la création d’instruments dédiés à l’antiterrorisme. Il s’agit notamment du Centre africain d’études et de recherches sur le terrorisme (CAERT), inauguré en 2004, dont la mission est de centraliser l’information sur les activités terroristes et d’accompagner les États à développer des stratégies de contre-terrorisme. Ce centre a permis, en 2010, de créer l’Unité de fusion et de liaison (UFL) dont les missions consistent à assurer le partage de renseignements et la coordination de l’action de lutte contre le terrorisme et sa propagande, et contre le crime organisé entre l’Algérie, la Mauritanie, le Niger, le Burkina Faso, la Libye, le Mali, le Tchad et le Nigeria. Les sièges du CAERT et de l’UFL sont à Alger. L’UA dispose également de ses «Casques bleus», la Force africaine en attente (FAA) qui est une composante de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA). «L’alerte rapide et la prévention des conflits» est une des principales missions de l’APSA.

Au sein des instances de l’UA, l’Algérie est très présente à travers le poste de Commissaire à la paix et la sécurité (CPS). Depuis sa création, celui-ci a toujours été occupé par un diplomate algérien: Saïd Djinnit a été le premier (2001-2008), puis Ramtane Lamamra (2008-2013) et Smaïl Chergui (2013 à ce jour).

Par ailleurs, en matière de coopération sécuritaire, l’organisation continentale a mis en place plusieurs entités qui lui permettent de couvrir nombre d’aspects de la lutte antiterroriste. Il s’agit du Comité des services de sécurité et de renseignements africains (Cissa), du Comité technique spécialisé de la défense et de la sûreté et la sécurité (CTSDSS) et du Mécanisme de coopération policière africaine (Afripol). La force antiterroriste telle que l’imagine Abdel Fattah al-Sissi ressemble plus à une unité opérationnelle qui interviendrait, par exemple, lors de prise d’otages.

«C’est un projet très complexe à mettre en œuvre car une telle force devra être composée de militaires de diverses nationalités. En plus des problèmes d’interopérabilité, il faudra gérer des questions plus sensibles. Un militaire algérien pourrait travailler avec un homologue tunisien, mais sera-t-il aussi efficace aux côtés d’un soldat marocain ou égyptien? Au sein de l’Union africaine, des pays formulent énormément de propositions qui peuvent paraître intéressantes mais qui, en réalité, sont irréalisables», note Abdelkader Abderrahmane. 

L’intervention de cette force devra également prendre en compte les aspects de souveraineté des États sur les lieux de déploiement. À titre d’exemple, qui autorisera cette unité spécialisée à intervenir pour lutter contre des cellules de Daesh dans un pays comme la Libye où l’autorité politique est revendiquée par deux parties? Il faudra attendre la tenue du sommet extraordinaire du Caire pour en savoir plus sur le projet du Président Abdel Fattah al-Sissi. À condition, bien sûr, que l’Union africaine donne son accord.

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Tags:
Algérie, Egypte, lutte antiterroriste, Abdel Fattah al-Sissi
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