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Le groupe néerlandais Veon a décidé de vendre à l’État algérien ses actifs au sein de l’opérateur de téléphonie mobile Djezzy. Dirigé par des investisseurs russes à travers Alfa Group, Veon a indiqué que ce désengagement lui permettrait de se concentrer sur ses «marchés principaux».

L’opérateur de téléphonie mobile Djezzy s’apprête, une nouvelle fois, à changer de main. Jeudi 2 juillet 2021, le groupe Veon, qui détient 45,57 % d’Omnium Telecom Algérie SpA, société détentrice de la marque Djezzy, a annoncé officiellement vendre ses actifs au Fonds national d’investissement. Le FNI, qui représente l’État algérien, disposera donc de la quasi-totalité du capital de l’opérateur. Le communiqué de presse de Veon précise que la cession se déroulera au terme d’une évaluation «de la juste valeur» des actifs.

«L'exercice de l'option déclenche un processus en vertu duquel une évaluation par un tiers est entreprise pour déterminer la juste valeur marchande à laquelle le transfert doit avoir lieu. Cette étape importante rationalisera davantage les opérations de VEON, permettant une meilleure concentration sur nos marchés principaux», détaille ce communiqué. Le groupe est particulièrement présent en Russie, en Asie centrale et du Sud. 

Motus

Sputnik a contacté la direction des relations publiques de Veon dans l’objectif de connaître les raisons de ce retrait d’Algérie, pays présenté sur le site du groupe néerlandais comme le «second plus important marché de consommation d’Afrique». Aucune suite n'a été donnée à ce mail. Du côté de Djezzy, la direction a rendu publiques les précisions du PDG Matthieu Galvani:

«Nous n’avons aucun commentaire à faire sur une décision d’actionnaires. En tant que Direction, nous restons pleinement engagés pour assurer la continuité du business pour poursuivre le développement digital de l’entreprise et améliorer la qualité de service pour nos clients qui demeurent au cœur de la stratégie de l’entreprise. Pour plus d’explications, je vous invite à contacter le Fonds National d’Investissement (FNI) et le groupe Veon». 

«Retrait prévisible»

Propriété d’Alfa Group, l’un des principaux conglomérats financier-industriels russes, fondé par l’homme d’affaires russo-israélien Mikhaïl Maratovitch Fridman, Veon avait prévu de quitter l’Algérie depuis près de deux ans. C’est ce qu’affirme une source proche des milieux d’affaires algérois contactée par Sputnik. «Ce retrait était prévisible car le secteur de la téléphonie mobile connaît une récession depuis la crise économique. C’est une des répercussions de la baisse du pouvoir d’achat», précise cette source qui a requis l’anonymat. Selon elle, deux importants opérateurs du Golfe étaient en concurrence pour reprendre ces actifs.

«Veon avait engagé des négociations avec l’opérateur émirati Etisalat et le groupe saoudien Saudi Telecom Company (STC). Les deux géants du Golfe étaient en concurrence pour la reprise des actifs de VEON, leur objectif étant de se positionner face à Ooredoo, leur rival qatari, dans un pays très sensible comme l’Algérie. Finalement, Djezzy n’étant plus rentable, Etisalat et STC ont préféré éviter le marché algérien d’où la décision de Veon de vendre ses actions au Fonds national d’investissement», récapitule la même source.

Le gouvernement algérien se retrouve donc dans l’obligation de racheter ces actions et il est certain que Veon ne lui fera aucun cadeau. Djezzy a été créée en 2001 par le groupe égyptien Global Telecom Holding (GTH), suite à la vente de la première licence de téléphonie mobile par l’État algérien. Mais les relations entre les responsables politiques algériens et les frères Sawiris, propriétaires de Global Telecom Holding, ont fini par se dégrader. En 2010, Naguib Sawiris opère une fusion avec Vimpelcom (ancienne dénomination de Veon), contre le gré des autorités algériennes. S’ensuivra une longue bataille juridique engagée par l’État algérien qui a abouti, en 2014, au rachat de 51% du capital de l’opérateur Djezzy par le Fonds national d’investissement pour la somme de 2,643 milliards de dollars.

​Là encore, le gouvernement va donc remettre la main à la poche. Sauf que le contexte économique a totalement changé; il sera donc difficile de s’acquitter d’une somme similaire.

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Tags:
Algérie, téléphonie mobile
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