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Israël et le Liban négocient pour la cinquième fois le découpage de leurs frontières maritimes. Face à l’échec des pourparlers, le Liban joue la surenchère afin d’avoir plus de marge de manœuvre. Mais pour Mounir Rabih, journaliste à L’Orient Le Jour, la résolution de ce contentieux passe nécessairement par l’accord sur le nucléaire iranien.

Décidément, entre Tel-Aviv et Beyrouth il y a de l’eau dans le gaz.

Le 4 mai dernier a débuté le cinquième tour des négociations indirectes à Naqoura, à l’extrême sud du Liban, pour délimiter les frontières maritimes entre le Liban et Israël. Sous l’égide des Nations unies et avec la médiation des États-Unis, les deux parties devaient trouver un accord. Or, les deux ennemis revendiquent la même zone économique exclusive (ZEE), riche en hydrocarbures offshore. Cette zone permet en effet à l’État côtier de disposer d’un droit souverain pour explorer et exploiter les fonds marins et leur sous-sol.

«Avant toute chose, les frontières maritimes sud sont un dossier stratégique pour le Liban et pour la région», résume Mounir Rabih, journaliste au quotidien libanais L’Orient Le Jour.

Des implications régionales qui vont bien au-delà de la Méditerranée orientale, selon l’analyste politique: «tout dépend des négociations entre Américains et Iraniens», précise-t-il. Ainsi, la résolution de ce contentieux frontalier maritime entre Israël et le Liban se jouerait donc en partie dans les négociations sur le nucléaire iranien.

Le Liban au cœur des négociations entre Américains et Iraniens?

Américains et Iraniens négocient indirectement à Vienne d’une possible réactivation de l’accord sur le nucléaire. Or, d’un côté comme de l’autre, les conditions sine qua non sont posées. L’Iran demande la levée totale des sanctions économiques, alors que les États-Unis veulent l’assurance que Téhéran cessera l’enrichissement de son uranium, son programme de missile balistique et ces actions «déstabilisatrices» en Irak, au Yémen, en Syrie et accessoirement au Liban.

Compte tenu des liens avérés entre l’Iran et le pays du Cèdre par l’intermédiaire du Hezbollah, il est fort à parier que le dossier libanais soit sur la table: «tout est lié au Moyen-Orient», souligne Mounir Rabih. Et c’est peu dire, Beyrouth attend en effet beaucoup d’un accord sur le nucléaire, qui lui permettrait d’avancer sur plusieurs dossiers, y compris «sur les questions relatives aux litiges frontaliers avec Israël», pense le journaliste. En effet, un retour à l’accord signifierait notamment la fin des sanctions économiques contre des entreprises détenues par le Hezbollah et donc une probable reprise économique.

«Il y a bien évidemment un rapport entre les négociations en cours entre l’Iran et les Américains et le problème maritime entre Tel-Aviv et Beyrouth. Et il est fort probable qu’une fois qu’il y aura un accord sur le dossier du nucléaire, il y aura un accord entre Israéliens et Libanais», estime le chroniqueur de L’Orient Le Jour.

«La médiation américaine sur ce dossier est une monnaie d’échange avec Israël vis-à-vis du dossier sur le nucléaire iranien», ajoute-t-il. Ainsi, les États-Unis favoriseraient Israël sur ce contentieux pour avoir l’assurance que Tel-Aviv cesse de provoquer l’Iran dans l’espoir de faire capoter l’accord. Pourtant, le Liban n’a pas dit son dernier mot et miserait sur la surenchère territoriale pour augmenter sa marge de manœuvre dans les négociations en cours avec Israël.

Le Liban revendique le même gaz qu’Israël

Englué dans une crise économique sans précédent, le pays du Cèdre a plus que jamais besoin de ces ressources pétrolières et gazières. En apparence, le Président Michel Aoun a déclaré que le Liban voulait «continuer à maintenir la stabilité et la sécurité dans la région», tout en plaidant pour rendre les frontières maritimes conformes «aux lois et réglementations internationales».

Du côté d’Israël, les enjeux sont aussi considérables. Et il peut, pour garantir ses intérêts, compter sur son meilleur allié: «Les États-Unis suivent de près ce dossier, car il est essentiel pour la sécurité et la prospérité de l’État hébreu», souligne Mounir Rabih au micro de Sputnik. Un avantage substantiel, puisque Washington est médiateur dans ce dossier.

Mais indépendamment de la position américaine, la délégation libanaise revendique aujourd’hui une zone supplémentaire de 1.430 km² située dans le tracé actuel des frontières maritimes israéliennes. En effet, lors des dernières négociations entre les deux parties en octobre dernier, les pourparlers se focalisaient sur une zone contestée de 860 km². Selon un accord trouvé en 2012 par le diplomate américain Frédéric Hof, 55% de cette zone était attribuée au Liban et le reste à Israël. Mais depuis, les relations se sont refroidies entre Américains et Libanais. Washington a sanctionné plusieurs personnalités politiques dont le gendre du Président Gebran Bassil. Pour riposter, le camp libanais a alors fait monter les enchères.

Frontières maritimes Liban Israël

De son côté, le ministre israélien de l’Énergie avait déclaré qu’Israël «envisageait la reprise des pourparlers, mais sur la base du territoire déjà délimité et qui fait litige.» En d’autres termes, en raison de la nouvelle posture libanaise, un accord semble impossible.

«Quand la délégation libanaise a débuté les négociations, ils ont sorti toutes les cartes maritimes pour défendre leur nouvelle position: la ligne 29 qui correspond à 2.290 km². Le général Aoun a déclaré à sa délégation qu’il y avait une ligne rouge à ne pas dépasser, à savoir la ligne 23 et de ne concéder aucun millimètre de ces 860 km².»

Une surenchère qui pourrait bien coûter cher à Beyrouth, estime le journaliste libanais:

«Les Américains refusent catégoriquement de reconnaître le tracé libanais. Et côté israélien, ils veulent accélérer les négociations et ne souhaitent pas tergiverser, car ils ont déjà commencé des travaux dans cette zone.»

En effet, Israël a déjà entamé les travaux de prospection dans les eaux nouvellement revendiquées par le Liban, par le biais d’une compagnie grecque. Finalement, dans ce jeu complexe des négociations et malgré les revendications maximalistes de Beyrouth, le pays du Cèdre risque d’être le grand perdant de ce billard à plusieurs bandes.

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Tags:
pétrole, Iran, Israël, Liban
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