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Alors que les affrontements entre Palestiniens et Israël se poursuivent, les tensions augmentent à la frontière libano-israélienne. Le Hezbollah est pourtant resté jusqu’à présent étonnamment silencieux. Scarlett Haddad, journaliste à L’Orient Le Jour, décortique la stratégie du parti chiite, sur fond de négociations autour du nucléaire iranien.

Mais où est le Hezbollah? Pourtant si prompt à prendre des positions très fermes à l’égard de son ennemi israélien, le parti chiite est étonnamment discret depuis le début des affrontements entre le Hamas et l’État hébreu le 10 mai.

Toutefois, les tensions semblent augmenter à la frontière israélo-libanaise. Quatre roquettes ont été tirées depuis le Liban vers Israël ce 19 mai. Le service presse de l’armée israélienne a annoncé avoir riposté. Selon Tsahal, une roquette aurait été interceptée, deux autres auraient atterri en mer et la dernière serait tombée sur un terrain dégagé. Ce n’est pas la première attaque depuis le Liban ces derniers jours.

Craignant une guerre sur plusieurs fronts, Tsahal a envoyé en représailles des drones, des fusées éclairantes et tire des obus sur le territoire libanais. Dans un communiqué, l’armée israélienne a par ailleurs menacé le Liban d’agir avec encore plus de fermeté: «l’armée israélienne considère toute tentative d’atteinte à la souveraineté territoriale d’Israël avec la plus grande sévérité et continuera d’opérer à couvert ou à découvert dans ce secteur.»

Faisant office d’intermédiaire entre les deux pays, Andrea Tenenti, porte-parole de la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban), a déclaré avoir «exhorté les parties à faire preuve de la plus grande retenue afin d’éviter toute escalade.» Le Hezbollah n’a pourtant pas encore commenté ces tirs de projectiles ni leur origine.

«Le Hezbollah ne considère pas qu’il faille entraîner le Liban dans un énième conflit. Les roquettes tirées par des factions palestiniennes présentes au Liban ne sont pas compromettantes pour autant. Le Hezbollah est serein pour le moment», commente au micro de Sputnik Scarlett Haddad, journaliste et analyste politique libanaise à L’Orient Le Jour.

Selon elle, le parti de Dieu jouerait la carte du pragmatisme, bien qu’il a tout de même perdu un membre dans des frappes israéliennes le 14 mai. Mohammad Kassem Tahhan, âgé de 21 ans, a été tué alors qu’il participait à une manifestation à la frontière israélienne, organisée pour protester contre les bombardements de la bande de Gaza. Son décès a donné lieu à des funérailles dans le sud du pays. Brandissant des drapeaux du Hezbollah libanais et palestinien, des centaines de partisans et sympathisants du parti chiite ont scandé des chants militants: «vers Jérusalem nous allons, des martyrs par millions». Mais derrière ces paroles pour le moins guerrières, le Hezbollah resterait prudent et suivrait les directives de Téhéran.

La Palestine, une carte à jouer pour l’Iran?

Les liens entre l’Iran et le parti libanais sont en effet avérés et assumés. Le Hezbollah n’agirait jamais sans le feu vert de son parrain iranien, dont la priorité est le succès des négociations avec les États-Unis sur le nucléaire et la levée totale des sanctions. De ce fait, toute implication du parti chiite libanais contre Israël, principal allié de Washington dans la région, pourrait entraver les discussions en cours.

De plus, les modérés iraniens, avec à leur tête le Président Hassan Rohani et son ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, profiteraient politiquement d’un accord signé avant les Présidentielles de juin prochain. L’accord permettrait surtout à l’Iran et ses alliés de sortir de l’asphyxie des sanctions économiques. Pour Scarlett Haddad, la situation en Palestine est également une carte que pourrait jouer l’Iran dans les négociations sur son nucléaire.

«Plus les Palestiniens résistent, plus l’Iran pourra jouer la Palestine dans les négociations. Aujourd’hui, on le voit, le Hezbollah n’a pas à intervenir, la résistance palestinienne s’en sort très bien sur le terrain. C’est un échec d’Israël, il n’y a pas eu de victoire express comme il le souhaitait», souligne-t-elle.

Et c’est peu dire, les combattants palestiniens surprennent par leur résilience. Depuis le 10 mai, ils envoient plusieurs centaines de missiles par jour sur Israël. Ceux-ci atteignent même Tel-Aviv, pourtant au centre du pays. Mais indépendamment des négociations sur le nucléaire iranien, le Hezbollah interviendrait tout de même indirectement dans le conflit, estime la journaliste de L’Orient Le Jour.

Apprendre à fabriquer des missiles, une aide précieuse

«La résistance palestinienne est le fruit du Hezbollah et de l’Iran», avance-t-elle. Depuis la guerre de 2014 entre le Hamas et l’armée israélienne, le groupe palestinien aurait amélioré ses capacités militaires avec l’aide des gardiens de la révolution iranienne et des membres du Hezbollah. Ils auraient ainsi aidé à l’autonomisation des factions palestiniennes. Les combattants de l’enclave gazaouie ont en effet doublé leur puissance de feu en sept ans. Pendant longtemps, un arsenal militaire a transité par des réseaux de contrebande à la frontière égyptienne. Compte tenu du durcissement du blocus israélo-égyptien sur la bande de Gaza en 2018, les Iraniens auraient formé des ingénieurs militaires du Hamas sur place.

«Aujourd’hui, le Hamas et le Jihad islamique fabriquent des missiles de manière artisanale, et ce, grâce à l’axe de la résistance qui a fourni une aide précieuse. Pendant que toute la région avait les yeux rivés sur la Syrie, les Palestiniens en ont tiré profit pour moderniser leur armement», explique Scarlett Haddad.

Mais si le Hezbollah ne s’implique pas directement, c’est aussi parce que le sujet est délicat au Liban: «malgré la solidarité envers le peuple palestinien, le sujet divise la société libanaise», souligne Scarlett Haddad. Et pour cause, les Libanais ont en souvenir la guerre de 2006. Le pays avait été ravagé. L’armée israélienne avait ciblé consciencieusement les infrastructures du Liban: routes, centrales d’électricité, centrales d’eau, ponts. «Les Libanais n’ont pas besoin de ça aujourd’hui», ajoute-t-elle. Le pays du Cèdre traverse une crise économique sans précédent, un conflit face à Israël risquerait donc de lui être fatal. Pour la journaliste, le Hezbollah semble l’avoir bien compris.

«Il n’y aura jamais de consensus sur le Hezbollah au Liban. Donc si le parti doit entrer en guerre, il le fera. Mais pour l’instant, le parti chiite agit intelligemment et discrètement pour éviter des troubles en interne», conclut-elle.

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