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    VLADIMIR POUTINE ET GEORGE W.BUSH RENFORCENT LE PARTENARIAT STRATEGIQUE

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    Moscou, 22 septembre (par Vladimir Simonov, RIA Novosti). Après le 11 septembre 2001, George W.Bush et Vladimir Poutine ont été, somme toute, les deux premiers dirigeants à comprendre que ce terrible instant d'apocalypse avait irrémédiablement modifié la notion même de sécurité internationale. Désormais la protection de toute nation, fût-elle de troisième grandeur, dépend non plus de la quantité d'ogives nucléaires stockées dans ses dépôts souterrains, mais de sa disposition à collaborer avec les autres pays en vue de faire face aux nouveaux défis, surtout au danger terroriste.

    Ayant pris conscience de cette chose, Moscou et Washington ont immédiatement changé le caractère de la diplomatie bilatérale.

    La nouvelle formule se lit déjà dans le Traité sur la réduction des potentiels stratégiques offensifs, signé lors de la rencontre que les deux présidents avaient eue au mois de mai de l'année dernière. Ce document succinct, dépourvu de détails, n'a rien de commun avec les épais dossiers du genre START-1, où la suspicion réciproque se lisait entre les lignes.

    Le traité de mai semble dire: "C'est vrai, nous possédons une kyrielle d'ogives insensément tournées les unes vers les autres. C'est une ineptie. Seulement s'en est une autre de dépenser des années à concerter les détails concernant les délais et les façons de réduire leur nombre. Alors faisons-nous confiance, signons un document sommaire et consacrons-nous à l'essentiel. Verser dans la paperasserie, ce serait faire le jeu du terrorisme international.

    Dans un certain sens, le Traité "De la réduction des potentiels stratégiques offensifs" a peut-être même une portée moins grande que la Déclaration conjointe sur les nouveaux rapports stratégiques, un autre document lui aussi signé par Vladimir Poutine et George W.Bush au cours de leur rencontre de mai. C'est en quelque sorte le serment de la Russie et des Etats-Unis d'unir leurs forces dans la bataille contre les nouveaux défis globaux: terrorisme, armes de destruction massive, trafic de stupéfiants et autre criminalité transnationale.

    Moscou et Washington ont également convenu de coopérer dans le domaine de la défense antimissile sans attendre qu'un quelconque régime psychopathique accède aux missiles de grande portée. La déclaration s'achève sur un appel à accroître les investissements et à développer le commerce et les contacts entre les gens.

    On peut se risquer à dire qu'il s'agit là du premier document sécuritaire du partenariat à long terme de la Russie et des Etats-Unis. Au cours de la rencontre qu'ils auront vendredi et samedi à Camp David, les deux dirigeants auront l'occasion de faire le point sur son efficience.

    LES DIVERGENCES SUR L'IRAK PEUVENT ETRE SURMONTEES Pour l'instant l'ordre du jour des pourparlers se résume à l'espoir "d'approfondir la coopération dans le règlement des problèmes communs du XXI-e siècle". Toutefois, il est bien évident que le dialogue Poutine-Bush ne pourra pas faire l'impasse sur la contradiction essentielle qui assombrit les relations russo-américaines, à savoir l'Irak. La position antipodique des deux pays sur la guerre en Irak a évolué en désaccord sur les moyens à mettre en oeuvre pour sortir de la crise d'après-conflit dans laquelle la machine de guerre des Etats-Unis s'est engluée.

    Cette issue, elle passe uniquement par une extension des attributions de l'ONU en Irak. Mais dans quelle mesure et à quelles conditions?

    Le projet américain de résolution du Conseil de sécurité, préconisant l'envoi en Irak de casques bleus onusiens, est au fond une reconnaissance par les Etats-Unis du fiasco de leur idée de sauver le monde tout seul. Les Irakiens refusent de considérer l'occupation comme une libération. Pour eux, les Américains ont détruit quelque chose de très précieux, à savoir l'Etat irakien, en même temps que le régime de Saddam Hussein. Les frontières irakiennes sont curieusement grandes ouvertes, les combattants islamiques affluent dans la capitale, des soldats américains tombent sous leurs balles ou, pris de panique, mitraillent des noces irakiennes.

    Pour le Kremlin, dans ce contexte les Nations Unies ne sauraient se cantonner au rôle purement technique de fournisseur de forces de paix qui partageraient avec les troupes américaines le fardeau du rétablissement de l'ordre. L'ONU doit assumer la gestion de l'Irak. Sa participation à l'aménagement du pays doit être réelle, substantielle et centrale.

    Le président Bush entendra approximativement ces considérations de la bouche de son hôte. Dans le même temps, comme il ressort clairement de l'interview accordée par Vladimir Poutine à des médias américains la veille de s'envoler à destination des Etats-Unis, le président russe ne juge pas insurmontables les contradictions sur l'Irak.

    Effectivement, la position de la Russie apparaît même plus libérale que celle occupée par certains autres membres permanents du Conseil de sécurité qui rejettent le projet américain de résolution. Ainsi, Vladimir Poutine admet possible un règlement en Irak avec la présence de troupes américaines mais aussi ne voit aucune hérésie à ce que la force de paix soit placée sous commandement américain. Peu importe celui qui commande. Ce qui est essentiel, c'est que le commandant soit investi par un mandat de l'ONU.

    Il semble aussi que le président russe ne partage pas la hâte avec laquelle certaines capitales souhaiteraient donner la souveraineté au peuple irakien. La chose est incontestablement souhaitable, Vladimir Poutine est d'accord là-dessus. Seulement elle lui semble compliquée aujourd'hui par de nouveaux aspects, en particulier par l'afflux en Irak d'extrémistes islamiques.

    Dans l'ensemble, il sera agréable à George W.Bush d'apprendre qu'à un moment où le désenchantement gagne les Américains, où le nombre de cercueils de soldats ramenés aux Etats-Unis ne cesse de croître et où le déficit budgétaire frise la barre des 500 milliards de dollars, son "ami Vladimir" regarde le noeud irakien avec optimisme. "Nous nous sommes entendus au sujet de l'Afghanistan, a dit Vladimir Poutine. Alors pourquoi ne nous entendrions-nous pas sur cette question?" En effet, ces dernières semaines ont montré que la prise de conscience par Moscou et Washington de leur responsabilité commune dans la riposte aux nouveaux défis les aidera à éliminer ou tout au moins à soigner les anciens et douloureux foyers de contradictions bilatérales.

    Il semble ainsi que les Etats-Unis soient moins énervés par la collaboration de la Russie et de l'Iran dans le domaine de l'électronucléaire. L'administration américaine a beaucoup apprécié le soutien de la Russie à la résolution modérée de l'Agence internationale de l'énergie atomique sur l'Iran, adoptée le 12 septembre par le Conseil des gouverneurs de cette organisation.

    Moscou a beaucoup oeuvré pour que dans la résolution il ne reste plus ni ultimatums, ni accusations. Le document ne fait que refléter l'appréhension légitime de l'AIEA: l'Iran agit de manière pas très transparente et devrait atténuer la tension qui s'est fait jour dans la coopération avec l'agence. Pendant ce temps, les pourparlers de la Russie et de l'Iran au sujet du retour du combustible nucléaire brûlé en sont arrivés à un stade avancé. Il y a quelque jours le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Kissliak, a laissé entendre que le Traité pourrait être signé assez rapidement.

    Aujourd'hui les Etats-Unis devraient être aussi moins enclins à reprocher à la Russie le problème iranien depuis que les services de renseignement russes ont révélé que bon nombre de compagnies occidentales collaboraient depuis longtemps et fructueusement avec l'Iran dans le domaine des technologies nucléaires, dont celles à double usage. Bien que ces données doivent encore être vérifiées, Vladimir Poutine est prêt à les communiquer à ses partenaires, dont les Etats-Unis.

    Sur toile de fond de ces révélations plutôt piquantes, artificielle apparaît la manoeuvre des autorités américaines qui se sont brusquement mises à accuser le Bureau d'études d'appareils de mesure et de contrôle d'avoir vendu à l'Iran un lot de matériels de guerre. Il est curieux que les sanctions à l'égard de la société de Toula aient été prises justement la veille de la venue de Vladimir Poutine aux Etats-Unis. L'Amérique perd l'Iran en tant que marché juteux et dans la lutte concurrentielle furieuse elle ne recule devant rien.

    RAPPROCHEMENT AUTOUR DE L'ENERGIE

    L'économie sera un autre thème important débattu au sommet de Camp-David au même titre que l'Irak, l'Iran et la philosophie générale de la lutte antiterroriste.

    Ici les positions de Vladimir Poutine sont bien plus solides qu'auparavant. Il ne manquera pas de rappeler à George W.Bush qu'au cours des huit premiers mois de l'année le taux de croissance économique en Russie a été de 6,9 pour cent. L'objectif de doubler le produit intérieur brut en dix ans ne semble plus aussi chimérique. Il est important aussi qu'en ce qui concerne l'attrait du climat d'investissement, la Russie est passée dans le registre international de la dix-septième à la huitième place et qu'elle est désormais le septième plus important fournisseur de brut des Etats-Unis.

    Le Deuxième forum énergétique russo-américain s'est justement ouvert à Saint-Pétersbourg la veille de la visite de Vladimir Poutine aux Etats-Unis. Cela confirme une vérité pas encore saisie jusqu'au bout mais néanmoins très importante: les objectifs et les tâches des Etats-Unis et de la Russie dans le secteur énergétique coïncident de plus en plus.

    Le sommet pétersbourgeois a remis sur le devant de la scène le Dialogue énergétique commercial russo-américain (DECRA), organe permanent des énergéticiens privés, coprésidé par la Chambre de commerce américaine et l'Union russe des industriels et des entrepreneurs. Le DECRA ne pouvait tomber plus à pic. Après la plus grave panne de courant jamais connue par l'Amérique, celle-ci commence à miser très sérieusement sur ses potentialités.

    En effet, cette panne avait coïncidé aux Etats-Unis avec une crise des prix du gaz naturel. Jusqu'ici le Canada était le principal fournisseur de gaz à son voisin nord-américain, mais dans cinq ou six ans il ne sera plus à même d'exporter ce combustible. Au cours de la seule année écoulée, ses prix ont doublé aux Etats-Unis. Or, 95 pour cent des centrales électriques américaines sont alimentées au gaz. Sur cette toile de fond, la Russie, qui est déjà le plus gros fournisseur de gaz de l'Europe, se présente pour les Etats-Unis aussi comme la source la plus prometteuse de ce produit énergétique.

    L'Amérique appréhende aussi de devenir l'otage de crises dans les pays où elle se procure le pétrole. Aux yeux de Washington, La Russie pourrait faire contrepoids à l'OPEP. C'est la raison pour laquelle aux Etats-Unis on prête tellement d'attention à l'intention de quatre compagnies privées russes de construire un pipeline pétrogazier entre la Sibérie Occidentale et Mourmansk. Si ce port était modernisé, le brut pourrait être acheminé de Mourmansk aux Etats-Unis à un prix correspondant approximativement à celui du baril provenant des pays du Proche-Orient. D'autres idées pas moins audacieuses existent aussi...

    L'essentiel, c'est que la politique ne vienne pas mettre le bâton dans les roues de l'économie. Il ne faudrait pas que Dieu confère à la coopération économique russo-américaine la lenteur avec laquelle le Congrès des Etats-Unis s'apprête à annuler, comme cela l'a été mille fois promis, le regrettable Jackson-Vanik. Introduit voici trente ans pour sanctionner la Russie coupable d'empêcher les Juifs d'immigrer, il maintien toujours le commerce bilatéral tantôt dans des fers, tantôt dans des oeillères..

    Les présidents Vladimir Poutine et George W.Bush n'auront que l'embarras du choix des thèmes à aborder durant les deux jours qu'ils passeront ensemble dans le magnifique décor boisé de Camp David.

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